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Romancero gitan

Passés les mûres sauvages,
Les épines et les joncs,
Elle a défait ses cheveux,
Aplani pour nous la rive.
J’ai enlevé ma cravate.
Elle a enlevé sa robe.
Moi, ceinture et revolver,
Elle, ses quatre corsages.
Odorant nard, coquillages,
Rien ne se peut voir si fin.
Ni le miroir sous la lune
N’éblouit de cet éclat.
Ses cuisses, qui m’échappaient
Comme des poissons surpris,
C’était le feu tout entier,
Et aussi la fraîcheur même.
Cette nuit-là, j’ai couru
Dans le meilleur des chemins,
Montant pouliche de nacre,
Sans étriers et sans brides.
Je n’ose dire, étant homme,
Les choses qu’elle m’a dites.
Le grand jour de la raison
M’incite à plus de réserve.
Je la ramenai salie
Par les baisers et le sable.
Contre le vent bataillaient
Les iris et leurs épées.

Federico García Lorca, Romancero gitan, Traduit de l’espagnol et annoté par Alice Becker-Ho, édition bilingue, Points/Poésie, 2008, p 37 à 39.

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