M. Mesplé-Lassalle | Du fond de mon désert

 

**

*

J’écris d’un lieu gravé au mitan de mon ventre. Une croisée de vies en croisade de vide.

C’est un lieu de silence et de foisonnements. Ceux des voix entendues, des regards, des absences, des désirs, des blessures, des attentes et des fulgurances. De la vie en bataille, du sang qui pulse et danse, de mes yeux assoiffés qui mangent la lumière. Et des questions. Et des ébauches de réponses.

Où que j’aille, où que j’erre, de Pointe-à-Pitre à Port-au-Prince, de l’île  Maurice au désert bleu, des flamboyants à la poussière, de mon image à moi, de moi à mon image, il n’y a de vrai que ce lieu. Un poème imparfait aux vers crépusculaires.

On n’écrit jamais que de soi. Le reste n’est qu’apparence, enrobage de la peur, épiderme du vide. Comme la lame de mon assertion.

Je n’ai plus de pays couleur de certitude. J’emporte mes frontières dans le creux de mes hanches et la voix des aimés. Ai-je jamais su dire à quel point je les aime ceux qui sont mes villages, mes rues et mes châteaux? Le mot n’est pas crédible, il ne sait qu’effleurer. Un miracle parfois a goût de faribole. Et je ne sais pas jouer.

Je n’écris jamais que de moi, de l’envers du décor, en attente de la chute.

Je vous écrirai du fond de mon désert. Ce sera aussi faux, ce sera aussi vrai. De la blondeur en plus, du sable dans la bouche. Et je vous dirai pour le puits…

Monique Mesplé-Lassalle,  Revue Riveneuve Continents, Avril 2009, p. 262.

 

**

*

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.