E.E. Cummings | Sous le ciel de Paris 2


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Pour moi, Paris représentait précisément et complètement cette dualité homogène : cette transcendance consentante, ce vivre et ce mourir supérieurs à la mort et à la vie. Là où — du seul fait de devenir une gigantesque improbabilité — New York avait réduit le genre humain à une tribu de pygmées. Paris ( en chaque forme et geste et avenue et recoin de son être ) n’avait pas cessé d’exprimer l’humain de l’humanité. Partout je sentais la miraculeuse présence, non pas simplement d’hommes, femmes ou enfants, mais d’êtres vivants; et que je puisse à peine comprendre leur langue semblait sans importance, puisque la vérité de notre être-en-vie momentanément partagé instaurait une indéfectible communion. Alors que ( au contact haineux de cette folie nommée La Guerre) un monde hier en train de se lever et de se démener retombait en mille morceaux flétris, l’amour se levait dans mon coeur comme un soleil et la beauté fleurissait dans ma vie comme une étoile. Désormais, enfin et avant tout, j’étais moi-même : un citoyen circonstanciel de l’éternité; un parmi tous les êtres humains nés ou non nés.

E.E. Cummings, Paris, Poésie/Seghers, Édition bilingue, Traduit de l’anglais et présenté par Jacques Demarcq, 2014, pp.18-21.

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Auteur : Jean Dréjac
Compositeur :Hubert Giraud
Interprètes : Zaz & Pablo Alborán

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