Chûya Nakahara | La voix de la vie


 

 

 

LA VOIX DE LA VIE

Tout pâlit à la lumière du soleil
— Salomon

I

Bach, Mozart, pour moi désormais quel ennui !
Et ce jazz trop joyeux, vieux, farceur, quel ennui, quel ennui !
Moi, je vis tel un pont de fer sous un ciel couvert d’après la pluie.
Et ce qui déferle sur moi à tout moment, c’est une extrême solitude.

Ce n’est pas que dans cette solitude règne un calme absolu.
Je cherche quelque chose, oui sans cesse je cherche quelque chose.
Dans une forme effroyable d’immobilité, mais effroyablement agité.
(…)

Mais, ce que je cherche je ne sais ce que c’est, et ne l’ai jamais su.
S’agit-il de deux choses ? Non, d’une seule et même chose, je crois.
Mais ce que je cherche, je ne sais ce que c’est et ne l’ai jamais su.
De même que je n’ai jamais su non plus le chemin ardu qui pouvait y conduire.

Parfois comme si je me moquais de moi-même, je me pose la question,
Est-ce une femme ? Des douceurs ? La gloire ?
Mais mon coeur se met aussitôt à crier : non non, ni ceci, ni cela, ni ceci ni cela !
Serait-ce alors la chanson du ciel, cette chanson dont, au matin, on entend l’écho dans les hauteurs du ciel ?

Chûya Nakahara, Poèmes, Traduction du japonais, postface, notes, chronologie, bibliographie par Yves-Marie Allioux, Préface par Kitagawa Tôru, Éditions Philippe Picquier, 2018, pp.56/57.

 

 

 

 

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