Christian Hubin (extraits)

 

 

Que vous dire
Sinon qu’il est toujours minuit
Que vous dire
Sinon que nous peuplons la terre
De miracles furtifs et de feux allumés
Où dansent les grands chiens bergers de notre exode

Il y a tant de lunes
Que nous avons éteintes

Que vous dire
Sinon que l’homme est un vertige
Un doigt qui fait le tour du cadran de la nuit
Et pousse les aiguilles
Pour hâter l’aube

Que vous dire
Sinon qu’un mot peut être Dieu
Et que chaque poème est un matin qu’on croise
Un inconnu la nuit
Qui vous donne du feu.

*

Ne prendre la parole que pour se déprendre – de soi, de la parole, de l’illusion de toute prise sur le monde. Ce n’est pas pour parler que j’écris, mais pour entendre, ou plutôt, être capable d’entendre (A. Ramos Rosa). Ecrire est une autre manière de se taire, déserté pour que résonne – quoi ? accordé à la gloire de s’abolir (Audiberti).

Christian Hubin, Parlant seul, Collection en lisant en écrivant, José Corti, 1993, p159.

*

[…] ces lieux qu’un hasard prémédité tout à coup nous désigne (…) Je suis ici pour chercher un passage. Pour que de l’origine à cet instant où je regarde autour de moi, les grands jets temporels m’aient porté avec le magma et le terreau jusqu’à cet endroit précis, devant ce tas de pierres et d’humus – pour que je tente de les voir.

 Christian Hubin, Venant, José Corti, 2002, pp.22/23.

 

 

 

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