Variations sur la chanson con !

 

 

Dix-sept « con »

Dans les années 1950, le Comité d’écoute de la radiodiffusion française censure avec rigueur toute utilisation de certains mots dans les chansons susceptibles d’être programmées à l’antenne. Le mot «con » suffit à bannir une chanson, comme Georges Brassens en a fait l’expérience avec «Marinette» et son «J’avais l’air d’un con ma mère», interdits en juillet 1956. Après avoir découvert dans un cabaret de la rive gauche les chansons de Guy Béart, Juliette Gréco va lui demander de lui présenter toutes ses compositions. Il lui propose donc «Chandernagor», «Qu’on est bien », «Les Lunettes », mais aussi une de ses premières chansons, qui est l’adaptation d’un poème de Raymond Queneau, et qui s’intitule «Complainte». Le texte est noir, très noir : «Je ne connaîtrai jamais/Le bonheur sur terre/Je suis bien trop con/Tout me fait souffrir/Et tout est misère/Pour moi/Pauvre con.». Dix-sept fois le mot « con » dans une seule chanson ! Guy Béart n’a jamais osé enregistrer ni chanter sur scène cette «Complainte». Mais Gréco l’enregistre et la chante à sa rentrée à l’Olympia. Le disque «Juliette Gréco chante Guy Béart» sort en septembre 1957 avec la mention «interdit aux moins de seize ans» et «Complainte » est, comme prévu, censurée.

 

Bertrand Dicale, Les miscellanées de la chanson française, Éditions Fedjaine, 2009, p. 55/118.

Chanson con !
Auteur, compositeur, interprète : Juliette

 

 

 

 

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