François Cheng | Pourtant il nous reste à célébrer

 

 

Pourtant il nous reste encore à célébrer
comme tu le fais
Célébrer ce qui, jailli d’entre nous
tend encore vers la vie ouverte
Ce qui d’entre les chairs meurtries, crie mémoire
Ce qui, d’entre les sangs versés, crie justice
Seule voie en vérité où nous pourrions encore
honorer les souffrants et les morts

Chacun de nous est finitude
L’infini est ce qui naît d’entre nous
fait d’inattendus et d’inespérés
Célébrer l’au-delà du désir, l’au-delà de soi
Seule voie en vérité où nous pourrions encore
tenir l’initiale promesse
Célébrer le fruit, plus que le fruit même
mais la saveur infinie
Célébrer le mot, plus que le mot même
mais l’infinie résonance
Célébrer l’aube des noms réinventés
Célébrer le soir des regards croisés
Célébrer la nuit au visage émacié
Des mourants qui n’espèrent plus rien
mais qui attendent tout de nous
En nous l’à-jamais-perdu
Que nous tentons de retourner en offrande
Seule voie où la vie s’offrira sans fin
paumes ouvertes

François Cheng, A l’orient de tout, Œuvres poétiques, Poésie/Gallimard, 2010, p. 322.

 

 

 

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