Archives de catégorie : [SCULPTURES]

Gens de ma terre | Amália Rodrigues par Mariza

 

 

 

Gens de ma Terre
C’est le mien et c’est le vôtre, ce fado,
Destinée qui nous amarre,
Bien qu’il puisse être refusé
Aux cordes d’une guitare

 

 

Qu’une femme se mette à chanter était très mal vu au début du XXe siècle. D’autant que le fado est, à l’instar du blues ou du tango, une musique maudite, qui a poussé dans les bas-fonds. Est-il d’origine arabe, emprunte-t-il son tempo au mouvement des vagues ou résulte-t-il d’un brassage de musiques rurales portugaises et de traditions africaines ou brésiliennes arrivées avec les bateaux ? Ce qui est sûr, c’est que ce style s’est épanoui dans les quartiers populaires de Lisbonne à la fin du XIXe siècle.

Amália Rodrigues, qui excellait dans l’improvisation ornementée, sut très vite s’imposer comme l’âme du fado et l’ambassadrice d’un peuple. Sa voix torturée enflait, se cassait, se faisait âpre et caressante, portée par les notes cristallines de la viola, guitare à douze cordes héritée du cistre de la Renaissance.

Éliane Azoulay sur Amália Rodrigues.

 

   Amalia Rodrigues, Sculpture de bois Porto Novembre 2019
Photographie S.-E. Saliceti.

 

O Gente Da Minha Terra
Auteur : Amalia Rodriguez
Interprète : Mariza

 

 

 

 

 

Roberto Bolaño | Les chiens romantiques

 

 

 

Les Chiens romantiques
(Bêtes fantastiques Marc Chagall)

Photographie S.-E.S.2019

 

Les chiens romantiques

En ce temps-là j’avais vingt ans
et j’étais fou.
J’avais perdu un pays
mais j’avais gagné un rêve.
Et si j’avais ce rêve
le reste était sans importance.
Travailler ou prier
ou étudier à l’aube
auprès des chiens romantiques.
Et le rêve vivait dans le vide de mon esprit.
Une chambre en bois,
dans la pénombre,
dans l’un des poumons du tropique.
Et parfois je retournais en moi
et je rendais visite au rêve : statue qui s’éternise
en des pensées liquides,
un ver blanc qui se tord
dans l’amour.
Un amour le mors aux dents.
Un rêve dans un autre rêve.
Et le cauchemar me disait : tu grandiras.
Tu t’éloigneras des images de la douleur et du labyrinthe
et tu oublieras.
Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.
Je suis ici, ai-je dit, avec les chiens romantiques
et c’est ici que je vais rester.

Roberto Bolaño, Les chiens romantiques, Poèmes 1980-1998, traduit par Roberto Amutio, Éditions Christian Bourgois, 2012.