Archives de catégorie : Ligne du jour (textes en chantier)

atelier et mise en chantier de textes personnels, journaliers, de peu de mots, qui suivent sujets, rythmes et formes au gré des humeurs. Variant les tons, les registres, alternant prose pure et poésie, s’affranchissant de toute attente, de toute contrainte y compris de publication, allant de l’humour léger ou délirant au sérieux le plus grave,  en passant par le conte pour enfants. Bref, ne s’interdisant rien, surtout ne s’obligeant à rien, jamais. L’art ne sert-il à rompre les mécaniques, notamment celles de la pensée ? (  le sens de cet atelier lui-même évolue, dévoilant peu à peu des attentes implicites.) Voilà pourquoi l’on s’abstiendra ici de toute définition, l’oiseau n’aime pas les définitions qui dressent autant de cages. Voilà au fond comment nos textes se fabriquent. Ici ils sont proposés dans leur premier jet, et s’assument donc tels qu’ils sont à ce stade — encore inaboutis. L’idée est de travailler sur le lieu alchimique de l’écrit, en observant l’artisanat des forges depuis l’épreuve initiale jusqu’à l’étape ultime. Cette dernière d’ailleurs peut signifier l’effacement pur et simple du texte (je coupe beaucoup). Souvent, l’on assiste à une métamorphose totale. Une écriture au cœur du chantier, c’est exactement cela…

Textes qui montrent l’imperfection, pour mieux rendre à la matière le geste de la main, la valeur inaliénable d’artisanat vivant de chaque phrase, enfin la correspondance entre les mots et les choses.

De prime abord posées dans une discontinuité, il arrive (ou non) que ces lignes se rassemblent peu à peu naturellement, au sein d’un canevas rendu visible par le jeu des récurrences, des oppositions, de la sérendipité.

Sylvie-E. Saliceti 31 03 2020

Orihuela | Sylvie-E. Saliceti

 

I.M.
à Miguel Hernandez

Pour Rachel,

 

 

il pleut de l’espace et du temps
un troupeau de sel
dans la tête
un pays d’éclairs fertiles & d’armes
rouillées
au pays des romanceros
dans le compagnonnage des clapiers
et fumiers d’engrais
le jeune berger parle en jetant la poignée des secondes sur l’aire à blé où la mort
joue avec les brebis
il jette les graines du givre clos
dans le mince sillon des terres tranquilles
d’Orihuela

dans son cœur poussent les olives
hautaines
d’un arbre noueux élevé non par un seigneur
mais par ses mains calleuses qui ont arraché aux ténèbres
l’olivier
en plein ciel rouge –

sous les figuiers de barbarie
asseyons-nous dit-il
sur la petite place des soleils verts
au bord des sentes rafraîchies de pupilles de grenadiers
là où les vers vif-argent dans la terre rongent les mûres
asseyons-nous et chantons
la chanson des yeux noirs et des gitans aux pelisses de métal.

Sylvie-E. Saliceti 25 avril 2020

 

Elegia
Auteur : Miguel Hernandez
Compositeur, interprète : Joan Manuel Serrat

 

 

Sylvie-E. Saliceti | Altamira

 

 

On enterre le crâne du bison au pied
du précipice
on enterre le cœur du bison dans la prairie des grands espaces

on devine l’os de l’oiseau dans la pupille
du chat
le félin enterre le bec et les plumes, quelque part, dans la fosse du ciel

il y a des milliers de crânes d’hommes sous le gravier des villes
derrière la lumière qui délave
les grilles rouillées

la vipère s’abrite sous la montagne
le venin se crache hors de la bouche
la pierre s’en retourne avec l’insulte

le cœur d’une femme est caché où personne ne le trouve.

Sylvie-E. Saliceti 14 mai 2020

 

 

Mark Knopfler & Evelyn Glennie - Altamira recto

Altamira
Mark Knopfler & Evelyn Glennie

 

Mark Knopfler & Evelyn Glennie - Altamira verso

Bol du pèlerin | Sylvie-E. Saliceti

 

Ce bol presque blanc, voisinant avec une boîte, un vase, une bouteille : ne le dirait-on pas mieux fait qu’aucun autre pour que le pèlerin l’emporte dans ses bagages et y recueille, à l’étape, au «puits du Vivant qui voit», de quoi se désaltérer? Même, ou surtout, le pèlerin immobile, celui qui a fini par ne se déplacer plus qu’en pensée, si ses pieds ne le portent plus ?

Philippe Jaccottet, Le bol du pèlerin

 

 

Sommes-nous ces bols vides de Morandi ?

Nous ne pensons à rien quand survient ce don au creux de l’oreille. Confidence du souffle, le silence grandit l’espace où résonne l’univers. Fraternité d’une voix sans visage : sur la page invisible, les gouttes, minuscules gemmes de diamant, à peine une  pluie d’encre, une nuit constellée dans la blancheur de nos vies de papier.

Traverser. Se laisser traverser. Entendre la musique intérieure.

Comme le violoniste jouant dans le sens de la veine du bois, les livres épousent la courbe des arbres. Nous n’écrivons pas nos livres. Ils s’écrivent seuls. Les écrivains, copistes fidèles, font à peine mieux que traduire ce que disent les branches : l’alphabet muet des chênes et des vignes, la litanie des oiseaux, le battement du sang au centre de la nuit, la parole qui murmure à l’arrière du silence.

Les mots ne meurent pas. Venus d’un autre espace, d’un autre temps, ils nous reviennent après avoir traversé l’univers.

La solitude, l’abîme, la lumière. Il suffit d’un peu d’attention, la justesse se frôle, se laisse approcher — caresse d’un adagio pour hautbois de Bach.

 

Sylvie-E. Saliceti, Bois Luzy 7 février 2019.

 

 

Giorgio Morandi, Natura morta, 1936, Mamiano di Traversetolo (Parma) © Fondazione Magnani Rocca

Adagio du Concerto pour hautbois en ré mineur
Piano Anne Queffélec

Sylvie-E. Saliceti | Où est la maison du poète?

 

Je poursuis une quête singulière. Je cherche, et ce que je cherche qui le sait ? Quel philosophe pourrait l’expliquer ? L’instinct le sait. Le lutin et le feu follet de la demeure le savent. Les éclats de la lame dans l’écorce ont frôlé l’énigme. Les coups de court poignard dégainés, et la couleur rouge qui embrase la mer. Je cherche non pas ce qui parle. Mais ce feu or et noir qui chante. Le lieu fantasque où les poissons d’argent brûlent. Où les gazelles matinales vont au marché. L’endroit des mots vieillots et des violettes. Les fumées. Le diamant, la rouille et le visage. De pays en pays, de ville en ville, de place en place, je pourchasse le mystère de La Madone du pavillon. Et aussi bien une ritournelle au rythme de bailaora médiévale surgie dans la poitrine. Et les hanches des danseuses d’un quartier sévillan, à Jerez de la Frontera, ou dans la ville de Cadix et ses puertos. Je savoure le chant profond quand le style s’ignore. Le cliquetis d’étincelles aux chaînes remuantes des sonorités noires. La voix du folkloriste, de l’érudit et du mystère grec. La voix de sang et de vieille culture depuis le sol remontant dans le corps — vers la gorge, ce tempo à fleur de peau qui caresse la plante des pieds …

Je cherche en vérité quelque chose d’insaisissable. Je cherche la maison du poète … Est-elle la maison de deux mille pigeons noirs auxquels je tends le sang et les cerises ? Celle du soleil en haillons dans le palais ? Les deux flammes aux cornes de l’Alhambra ? La robe sombre du toro de la ganaderia, tendue entre les berges du Darro sur lesquelles jadis les chercheurs de pépites secouaient les tamis ? Cette demeure, est-elle la terre que tu portes autour de ta taille ?

D’un jardin vers un autre, je longe la route des grenadiers. Chaque soir, tel un gitan je cherche un endroit pour dormir. Je vais comme l’eau, je gonfle les ruisseaux. Jusque-là je marche avec trois fois rien en poche. Le pain, la grenade et le livre.

Seul maître de ma maison. Ce que je possède, je l’aime plus que tout. Je ne le justifie pas. Et si vraiment je devais m’en séparer, tiens : je te le donne. Prends. On ne négocie pas ses passions. On ne vend pas son ombre.

Sylvie-E. Saliceti 10 avril 2020

federico-garcia-lorca
Federico Garcia Lorca

Gacela del mercado matutino
Auteur : F.Garcia Lorca
Compositeur, interprète : Nilda Fernandez

Oreille musicale | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Il faut une certaine oreille musicale
pour entendre rire le grand architecte ou sangloter
le diable pour une fois
sincère
pour sourire sur la chanson triste de Verlaine
pour entendre les mots hier lancés au fond de l’eau
revenir murmurer par-dessus
notre épaule

pour écouter l’enfant et son grand secret
pour comprendre la langue du chat et du chapardeur de thon
pour déceler dans un graffiti du métro la phrase d’un prophète

il faut être un compositeur-né
pour écrire la partition du temps qui passe jusqu’au soupir
ultime qui éteint la flamme
pour apprendre à discerner la respiration de l’alouette et le bruit sec
des os dans le sac
pour sentir ce qui pulse là dans la poitrine
du côté gauche —
toute la beauté rythmée de la vie

la fumée
les miroirs
le corbeau et l’abeille

il n’y a guère que l’oreille absolue du musicien pour trouver la note juste de l’orage
le tempo de la joie
l’algorithme de la lumière
et l’ordre mathématique du monde.

 

Sylvie-E. Saliceti  23 avril 2020

Smoke and Mirrors
Auteur, interprète : Agnes Caroline Thaarup Obel

Rose-Croix | Sylvie-E. Saliceti

 

I.M. à Saint-Pol-Roux,

ceci est la couleur de mes rêves
les couleurs rougeoyantes et métalliques de Corte Real —
les pays vaincus à l’aube            les clochards du palais
les noces
alchimiques du fer vieilli sous la flamme fraîche
quand l’oiseau fait son nid sur l’échiquier
de neige

ceci est la besace solitaire de l’homme jadis parti très loin
enfin de retour parmi les siens

qu’il vienne, le chevalier de Rose-Croix
parmi les habitants des mouillages et les pêcheurs
de Camaret
qu’il revienne vers la liturgie de la mer
sous le ciel sans pluie crevassé de plaines
sèches

qu’il approche d’ici avec son cœur d’étoffe pourpre griffé
du geste d’ordre
qu’il revienne, fort de ce qu’il porte encore — le rêve simple aux os brisés
contre les douves de Coecilian.

Sylvie-E. Saliceti 30 03 2020 /juin 2021

corte real pays vaincus

Rose-Croix
Auteur, compositeur : Tanguy de Nomazy
Interprètes : Corte Real

Un orage d’avril | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Peindre, est-ce aimer à nouveau ? Avec cette peinture de la bâtisse où se devine, en arrière, le petit pré où l’on courait, les souvenirs reviennent. Nos voix d’enfant résonnent, claires au bord de la source, jusqu’à l’intérieur de la maison. Tu es partie, et la langue des oiseaux est restée. Depuis leur chant est là, toujours sur la branche. La mémoire est intacte. Elle a poussé entre le mandarinier et la menthe. À travers la toile déchirée du ciel surgissent la prairie, les moulins, les papetiers, et le lavoir aux fougères. Ton village est là, dans ce carré vert de l’esprit. Tu dévales la pente comme Lenz. Du fond des ravins montent les chants. Haletante, tu laisses entrer l’orage en toi. L’éclair. Dans la poitrine. Le son perpétuel de la cascade d’eau . Les pas des petits animaux, en cavalcade sur les pierres polies par la rivière. Les bruits de la forêt.

Tu dévales plus vite. À travers les arbres. Les jardins. La lumière déverse son or dans les ruelles du village. Quelqu’un traverse sous la pluie battante, d’un pas bizarrement très lent.
Tu dévales ce carré du pré, tu dévales le brin d’herbe du carré du pré, tu dévales le souffle du brin d’herbe du carré du pré. Tout s’enfuit en tous sens. Sous l’orage, il y a l’âne qui tintinnabule près du chien andalou, il y a le fou avec son poisson noué à l’estomac, il y a des mots qui nagent ainsi que des petites truites de feu, l’eau, la fraîcheur … Les algues flottantes carillonnent d’éclats d’Abri de Maras, il y a le bruit de la plus vieille corde du monde sur une pierre, la voile minuscule de ton bateau de papier sur l’eau, les diables pilés comme des pépins verts, l’envergure intelligente du blé, chaque chose dans un seul brin d’herbe tient sa tête droite, tout et son contraire, rien n’est de trop. L’herbe boit la pluie. Tu dévales et dévales sans fin, ouvrant un chemin entre les têtes des épis.  Tout est à la juste mesure, à hauteur d’enfance. Le monde a la rondeur d’un grain d’orge. Tu sectionnes une tige de blé, la prends entre tes dents. L’univers est petit; il dépasse de ta lèvre.

Quand tu rentreras ce soir, tu feras sécher la Terre au-dessus du poêle.

Sylvie-E. Saliceti, 14 avril 2020 / Avril 2021- Village de l’enfance.

 

Gavotte
Compositeur : Pachelbel
Violon : Amandine Beyer

 

 

 

Sylvie-E. Saliceti | Le soleil est un illusionniste

 

 

Marc Chagall
Rabbin de Vitebsk

le soleil est un illusionniste
il sort de sa manche mon cœur
il le gaspille

le soleil incendie la barque qui traverse d’un versant de la montagne à l’autre où se hèlent
les solitudes mûries sur les hauteurs
à flanc de coteaux
dans le brasier des arbres à grenades
et les parfums
des mandariniers
des sophoras

le vieil astre s’allume
il s’éteint
et c’est un crépuscule
et c’est une aube
magicien métaphysique de l’espace et du temps
il entre dans le logis par la fenêtre
à dos de moineau
pour la célébration du soir
le soleil est un psalmiste habillé avec les franges de la vieille loi du Tanakh
le soleil se balance sous le petit châle de prière taillé dans l’écorce de la terre.

Sylvie-E. Saliceti 2 mai 2020

Le soleil est un psalmiste Phot. S.-E.S.

Le soleil s’est éteint
Auteur : Sergueï Essenine
Compositeur, interprète : Elena Frolova

 

 

 

 

Chandelle dans la nuit | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Pour Angélique Ionatos

 

les poètes sont les chandelles dans la nuit
d’Athènes
l’archer de gaieté noire scintille au fond des vallées
de Strefi et d’Ardittou
en plein minuit sous la déloyale concurrence de Vénus
le désespoir tremble moins que la mer
diamantine
tu passes le puits de juillet — portant le panier
des chants grecs
les oliviers et les lunes de fer

tu traverses dans un lieu affranchi de la géographie
un territoire immense pour le petit luth
la corbeille que le maçon
accroche
au clou de la maison
et puis ce fameux potager coloré qui embaume Archiloque et Héraclite

tu traverses mais voilà : quelqu’un prend peur devant les îles
pleines de lumière
peur devant l’espace de l’Égée —

l’oiseau de pluie perché sur l’étoile de paille entre alors

par la fenêtre
il trouve refuge dans ton cou
le cycle de l’eau s’achève et rien ne manque
la poésie habite sur ton épaule
la beauté ne fait pas le deuil des soleils à venir
le moineau dans la main, je longe
le petit mur bordé de mûriers qui écorchent les jambes.

 

Sylvie-E. Saliceti 29 avril 2020

ionatos

O kyklos to nerou Le cycle de l’eau
Auteur : Dimitra Manda
Compositeur : Mikis Theodorakis
Interprète : Angélique Ionatos

Qasida des deux palombes obscures | Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

Le mot que tu cherches, et s’il dormait, paisible sur un seuil, un oiseau aussi tranquille que les neuf vies du chat ? Ce mot, appelle-le blasphème ou arilles enfoncés dans la bouche du roi. Ou fleuve Tartessos. Apelle-le chanson du cavalier sous la lune des brigands. Chante la qasida des deux palombes obscures. Casida de las palomas oscuras, aussitôt la sépulture de l’homme est portée par l’oiseau aux plumes de sa traîne, ou celles de sa gorge. Ce mot, appelle-le ville qui s’éteint. Appelle-le comme bon te semble. Mais ce mot, ne l’appelle pas tristesse. Ce mot, appelle-le paradis clos. Appelle-le grenade.

Tout ce temps passé à chercher un mot perdu. C’est à rendre fou, ou infiniment sage. Toute une vie à retrouver à travers la ville sans sommeil un jeune dieu au visage fatigué.

Sylvie-E. Saliceti 21  avril 2020

 

Casida de las palomas oscuras par Marta Gomez
Auteur : Federico Garcia Lorca

Casida de las palomas oscuras par Carlos Cano Version Divan del Tamarit
Auteur : Federico Garcia Lorca

 

 

Quasheba, Quasheba | Sylvie-E. Saliceti

 

 

native daughters 2

All God’s children need travelling shoes, tous les enfants de dieu ont besoin de chaussures de marche.
Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Tous les enfants s’en vont avec beaucoup de choses à dire, et un seul parle pour tout un pays. Enfants de la rivière Tallahatchie et des lacs. Enfants des plaines d’altitudes. Enfants de Barbados. Tous avec des chaussures de marche s’en vont. Vers où ? Pour trouver quoi ? Personne ne sait. Tous cherchent sans relâche ce mot aussi petit qu’un arille sur la langue. Ils chantent les chansons des femmes d’ici. Partout, le temps de risquer une vie, ils marchent. Et les racines de la musique grandissent en eux. Marching each and every day, March down freedom highway. Marchez chaque jour, tous les jours sur la route de la liberté, marchez …

 

Tu mets les chaussures du voyage, parce qu’il y a quelque part un mot. On ignore quel mot. Est-ce une voix dans un champ de coton ? La lumière blanche et l’obscurité de ton sang ? Une insulte ?  La première loi gravée dans un monolithe de basalte noir extrait des montagnes du Zagros ? Un mot comme Quasheba ?

Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Dans chaque lieu où tu vas, ce que tu vois suffirait pour avoir pitié des pierres. Heureux celui qui a entendu le rhythm and blues, le bluegrass, le gospel, et la soul. Ne crois pas que ceci se passe au sud des États-Unis. Il arrive la même chose sur toute la surface de la Terre. Quelque part et partout, il y a ce mot. On ignore lequel. On ne sait ni pourquoi ni comment cela advint, toujours est-il que ce mot est perdu.

 

Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Il y a un mot perdu. Rhiannon Giddens chante. Le sang et l’or des fleuves s’en vont. Voilà pourquoi on a besoin des chaussures de marche.

 

Sylvie-E. Saliceti 19 avril 2020

 

 

native daughters 1

Quasheba, Quasheba
Our Native Daughters
Rhiannon Giddens
Allison Russell
Leyla McCalla

La grenade | Sylvie-E. Saliceti

 

Sous l’arbre rouge, tu es là Sohrâb je te vois.
En une vision parfois un homme voit toute sa vie. Quand il se donne une fois tel qu’en lui-même, dans cet instant si pleinement présent il s’est donné pour toujours. Où qu’il aille désormais, on le découvre. Et même après sa mort, sous la terre qui l’a ensevelie, il continue d’être ensoleillé.

Tu ouvres une grenade et, en train de détacher les graines juteuses, tu dis qu’il serait bon que les graines soient visibles aussi dans le cœur des gens.

Moi j’ai donné le nom de grenade à cette terre.

Sylvie-E. Saliceti  27 03 2020

La grenade
Auteur, compositeur, interprète : Clara Luciani

 

[Ligne du jour] Trois clefs

 

 

 

le millet
la lumière dans la jarre
le temps qui déborde

trois conquêtes hors des mains

 

le pavot la mémoire
le nom des choses
la loi sur la montagne

trois mondes brisés auxquels vous ne parlerez plus

 

la grille de parole
l’herbe couvrant la source
les barreaux du soleil pour le bec de l’oiseau

trois clefs libres de toute porte

 

 Sylvie-E. Saliceti 17 mars 2020

[Ligne du jour] Suite N° 5 pour violoncelle seul

 

suite N° 5 pour violoncelle seul

 

elle joue la suite N° 5 pour violoncelle seul

dans une pièce vide en apparence

mais en réalité bondée de spectateurs agités

le silence à grand bruit  joue à entrer et sortir

avec l’oiseau par la fenêtre

l’ami est venu avec l’ennemi

la forêt est venue avec le récit du feu

l’ombre change de place à chaque pizzicato

 quelqu’un raconte

les mille et une nuits sauf la dernière

Aleph arrive bras dessus bras dessous avec Guimel

Zéro devise avec Infini

Czeslaw expose un traité de théologie

à Bukowski qui insulte l’amour ce chien de l’enfer

ce violoncelle seul en définitive est très accompagné

une foule de gens vont et viennent sans gêne

quel ramdam !

même les quatre évangélistes ne tiennent pas en place

même  le compositeur Bach en personne va et vient dans l’hésitation

 de l’archet

même Jean-Sébastien le cinquième évangéliste est là.

 

 

15 mars 2020 Sylvie-E. Saliceti