Archives de catégorie : Vinau (Thomas )

Courir après le monde | Thomas Vinau et Gaël Faye

 

Thomas Vinau Nos-cheveux-blanchiront-avec-nos-yeux

J’ai l’impression d’être de plus en plus loin de ce que je vois. De plus en plus loin à l’intérieur de moi. De capter la réalité à la longue-vue. C’est classique. On se dit tiens il pleut, et il fait déjà beau. On se dit, je l’aime, elle est déjà partie. On se dit c’était bien, c’est fini. À croire que vivre équivaut à s’éloigner lentement du monde. À lui courir après.

Thomas Vinau, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Alma éditeur, 2011, p.8.

 

 

À trop courir
Auteur, interprète : Gaël Faye
Compositeurs : Bill Withers, Guillaume Poncelet

La poésie n’est pas ce que l’on imagine | P. & A. Ionatos


 

 

Où l’on parle de vie, de vie comme la pierre unique taillée dans la matière dense de la langue. « C’est la langue que nous parlons, c’est la langue qui nous sculpte », nous dit T. Vinau.

En écho de cette appréhension de la langue comme une architecture intime, voici encore ce chant allégorique, magnifique d’ A. et P. Ionatos, qui hissent la poésie au rang d’initiation : « sauvez-la du renard, vous n’en avez pas d’autre ».

Sylvie-E. Saliceti

Il était poète
E. Lemaire/Angélique Ionatos, 1975
Interprète : Angélique et Photis Ionatos
Album : Il faut que je te dise
 

 

 

 

 

Tu seras pas plus con après avoir lu ce poème | Thomas Vinau


 
 
 
 
 
 

Tu seras pas plus con après avoir lu ce poème

Eoraptor
est un petit prédateur
faisant partie
des dinosaures
sauropodomorphes
basaux
qui vivait
en Argentine
voici 230 millions
d’années
probablement
un des plus anciens
au monde
son nom signifie
«Voleur d’aube»

Thomas Vinau, C’est un beau jour pour ne pas mourir, 365 poèmes sous la main, Le Castor Astral, 2019, p.406.

 
 
 
 
 
 
 

76 Clochards Célestes de Thomas Vinau | Daniel Darc

 

 

Ces 76 portraits de clochards célestes rassemblent des personnalités fulgurantes, plurielles, riches ; artistes, écrivains, poètes, jazzmen, chanteurs :  Whitman, Lester Young, Mario Rigoni Stern, Francis Bacon, Nicolas Bouvier, Dado, Billie Holiday, Roger Gilbert-Lecomte, André Laude, Thierry Metz, Norge, Jean-Claude Pirotte, Jules Renard, Miroslav Tichý…

Le trait commun semble résider dans la tendresse, le choix de se placer à la manière de Giovanni Mirabassi et Cyril Mokaiesh :  du côté des naufragés, des étoiles tôt éteintes, plus amplement des sans-voix. Des mots des pauvres gens : « Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid …». Aucune idéalisation dans ce parti : « galerie de sales types, de déglingués et d’allumés, de borderline et bords de routes, à qui je ne confierais pas mes enfants mais qui ont plus d’une fois recueilli mon cœur malade derrière les ongles noirs de leurs mots, de leurs musiques, de leurs arts. Des hommes qui, en tombant, ont fait du bien aux autres. Des femmes qui ont sculpté, dans les sucs abjects de l’humanité, les doudous de nos petites nuits tristes. Ils n’ont pas renoncé. Ils n’ont la plupart du temps pas eu trop de chance non plus. Ils ont bringuebalé, sublimes et admirables, crevards dégénérés jusqu’à nos yeux blessés. Ils étaient peut-être malades mais c’est eux qui nous ont soignés de beauté, la vraie, la pure, celle qui ne renonce à aucune réalité. »

Ci-dessous, le portrait de Daniel Darc, le chanteur qui a traduit, entre deux overdoses, Sergueï Essenine dans une version très confidentielle.

S.-E. S.

DD, c’est un enfant dans le corps d’un vieillard. C’est un poème dans le corps d’une flamme. C’est la torture d’une goutte d’eau qui vous sauve du silence. DD, il fait croire que c’est un punk, un rocker, mais je sais, moi, en vérité je vous le dis, mes petites ouailles, je sais, moi, que tout ce qu’il est tient dans la petite mécanique et dans le ruban tout pourri de sa machine à écrire. La même qu’Artaud, Burroughs et compagnie. Il en a labouré des nuits avant qu’on lui dise merci . DD, l’est pas tout blanc. Ni tout noir. Ni tout gris. Il a la couleur de l’encre qui fout le camp sous la pluie. Il a l’âme délavée et la carcasse tendre. Il est l’empreinte de la plume sur le papier une fois que l’orage a tout bien nettoyé.

DD, il aime Coltrane, la littérature, le rock, Marcel Carné et Saint Augustin. Il sait bien, lui, que « les enfants qui s’aiment s’embrassent debout contre les portes de la nuit», comme dit la chanson de Prévert.

Ce qui compte dans cette phrase, c’est le mot debout.

Thomas Vinau, 76 Clochards Célestes ou presque, Préface d’Éric Poindron, Dessin de couverture de François Matton, Castor Astral, 2016, pp.70/71.

Daniel_Darc-La_Taille_de_mon_ame

La taille de mon âme
Auteur, interprète : Daniel Darc