Archives de catégorie : Saliceti Sylvie-E.

Je monte vers le refuge des hommes | Sylvie-E. Saliceti

Photographie – Sylvie-E. Saliceti – Suisse allemande

 

Écrit en écho aux marches de montagne, le texte ci-dessous appartient à un ensemble traduit, et publié prochainement en Turquie, dans une anthologie bilingue de poésie française contemporaine.

Sylvie-E. Saliceti

à M. Langlois

je monte vers le refuge des hommes
la porte ne s’ouvre pas
je marche sous la flambée de l’ombre souillée comme un visage d’enfant bohémien
qui joue dans la poussière
je marche dans le crépuscule pour aller saluer le Levant
ce jour d’étranglement du soleil, la falaise est en sang
le fer de ma chaussure frotte la pierre
si tu savais la taille du monde comme un cœur refroidi !
l’étoffe se déchire quand brusquement s’embrasent des milliers de soleils
une autre porte s’ouvre
la pluie rencontre le rocher
les étoiles avec leur vieille âme en cendre avancent au fond de moi comme un peuple qui se relève

la solitude agrandit la lumière des compagnons
dans les nids
nous ranimons le brasier pour être ensemble
nous cuisons le pain de vie et de mort
ici les miettes d’humanité brûlent les mains
le sel des heures à dos de yacks porte la destruction et l’éternité
les flammes jalouses comptent les étincelles innombrables dans nos yeux
le feu devient aussi fou qu’un poisson qui désire voler

une forêt plus âgée que le monde fait tomber ses paroles des arbres
sur nos fronts
vers un amour plus haut
que l’amour
et nous voilà !
dans l’amitié de la montagne qui monte dans les nuages
l’espace se vide, tout devient visage : la lune et la terre
et ce qui me rend heureuse au-dessus de tout : les oiseaux immortels qui parlent
la langue de l’éveil à travers les âges
et aussi les nuages de ma vie, petits comme des cerises.

 

Sylvie-E. Saliceti Bois Luzy 14 janvier 2022

Sylvie-E. Saliceti | Altamira

 

 

On enterre le crâne du bison au pied
du précipice
on enterre le cœur du bison dans la prairie des grands espaces

on devine l’os de l’oiseau dans la pupille
du chat
le félin enterre le bec et les plumes, quelque part, dans la fosse du ciel

il y a des milliers de crânes d’hommes sous le gravier des villes
derrière la lumière qui délave
les grilles rouillées

la vipère s’abrite sous la montagne
le venin se crache hors de la bouche
la pierre s’en retourne avec l’insulte

le cœur d’une femme est caché où personne ne le trouve.

Sylvie-E. Saliceti 14 mai 2020

 

 

Mark Knopfler & Evelyn Glennie - Altamira recto

Altamira
Mark Knopfler & Evelyn Glennie

 

Mark Knopfler & Evelyn Glennie - Altamira verso

Sylvie-E. Saliceti | Où est la maison du poète?

 

Je poursuis une quête singulière. Je cherche, et ce que je cherche qui le sait ? Quel philosophe pourrait l’expliquer ? L’instinct le sait. Le lutin et le feu follet de la demeure le savent. Les éclats de la lame dans l’écorce ont frôlé l’énigme. Les coups de court poignard dégainés, et la couleur rouge qui embrase la mer. Je cherche non pas ce qui parle. Mais ce feu or et noir qui chante. Le lieu fantasque où les poissons d’argent brûlent. Où les gazelles matinales vont au marché. L’endroit des mots vieillots et des violettes. Les fumées. Le diamant, la rouille et le visage. De pays en pays, de ville en ville, de place en place, je pourchasse le mystère de La Madone du pavillon. Et aussi bien une ritournelle au rythme de bailaora médiévale surgie dans la poitrine. Et les hanches des danseuses d’un quartier sévillan, à Jerez de la Frontera, ou dans la ville de Cadix et ses puertos. Je savoure le chant profond quand le style s’ignore. Le cliquetis d’étincelles aux chaînes remuantes des sonorités noires. La voix du folkloriste, de l’érudit et du mystère grec. La voix de sang et de vieille culture depuis le sol remontant dans le corps — vers la gorge, ce tempo à fleur de peau qui caresse la plante des pieds …

Je cherche en vérité quelque chose d’insaisissable. Je cherche la maison du poète … Est-elle la maison de deux mille pigeons noirs auxquels je tends le sang et les cerises ? Celle du soleil en haillons dans le palais ? Les deux flammes aux cornes de l’Alhambra ? La robe sombre du toro de la ganaderia, tendue entre les berges du Darro sur lesquelles jadis les chercheurs de pépites secouaient les tamis ? Cette demeure, est-elle la terre que tu portes autour de ta taille ?

D’un jardin vers un autre, je longe la route des grenadiers. Chaque soir, tel un gitan je cherche un endroit pour dormir. Je vais comme l’eau, je gonfle les ruisseaux. Jusque-là je marche avec trois fois rien en poche. Le pain, la grenade et le livre.

Seul maître de ma maison. Ce que je possède, je l’aime plus que tout. Je ne le justifie pas. Et si vraiment je devais m’en séparer, tiens : je te le donne. Prends. On ne négocie pas ses passions. On ne vend pas son ombre.

Sylvie-E. Saliceti 10 avril 2020

federico-garcia-lorca
Federico Garcia Lorca

Gacela del mercado matutino
Auteur : F.Garcia Lorca
Compositeur, interprète : Nilda Fernandez

Oreille musicale | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Il faut une certaine oreille musicale
pour entendre rire le grand architecte ou sangloter
le diable pour une fois
sincère
pour sourire sur la chanson triste de Verlaine
pour entendre les mots hier lancés au fond de l’eau
revenir murmurer par-dessus
notre épaule

pour écouter l’enfant et son grand secret
pour comprendre la langue du chat et du chapardeur de thon
pour déceler dans un graffiti du métro la phrase d’un prophète

il faut être un compositeur-né
pour écrire la partition du temps qui passe jusqu’au soupir
ultime qui éteint la flamme
pour apprendre à discerner la respiration de l’alouette et le bruit sec
des os dans le sac
pour sentir ce qui pulse là dans la poitrine
du côté gauche —
toute la beauté rythmée de la vie

la fumée
les miroirs
le corbeau et l’abeille

il n’y a guère que l’oreille absolue du musicien pour trouver la note juste de l’orage
le tempo de la joie
l’algorithme de la lumière
et l’ordre mathématique du monde.

 

Sylvie-E. Saliceti  23 avril 2020

Smoke and Mirrors
Auteur, interprète : Agnes Caroline Thaarup Obel

Rose-Croix | Sylvie-E. Saliceti

 

I.M. à Saint-Pol-Roux,

ceci est la couleur de mes rêves
les couleurs rougeoyantes et métalliques de Corte Real —
les pays vaincus à l’aube            les clochards du palais
les noces
alchimiques du fer vieilli sous la flamme fraîche
quand l’oiseau fait son nid sur l’échiquier
de neige

ceci est la besace solitaire de l’homme jadis parti très loin
enfin de retour parmi les siens

qu’il vienne, le chevalier de Rose-Croix
parmi les habitants des mouillages et les pêcheurs
de Camaret
qu’il revienne vers la liturgie de la mer
sous le ciel sans pluie crevassé de plaines
sèches

qu’il approche d’ici avec son cœur d’étoffe pourpre griffé
du geste d’ordre
qu’il revienne, fort de ce qu’il porte encore — le rêve simple aux os brisés
contre les douves de Coecilian.

Sylvie-E. Saliceti 30 03 2020 /juin 2021

corte real pays vaincus

Rose-Croix
Auteur, compositeur : Tanguy de Nomazy
Interprètes : Corte Real

Un orage d’avril | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Peindre, est-ce aimer à nouveau ? Avec cette peinture de la bâtisse où se devine, en arrière, le petit pré où l’on courait, les souvenirs reviennent. Nos voix d’enfant résonnent, claires au bord de la source, jusqu’à l’intérieur de la maison. Tu es partie, et la langue des oiseaux est restée. Depuis leur chant est là, toujours sur la branche. La mémoire est intacte. Elle a poussé entre le mandarinier et la menthe. À travers la toile déchirée du ciel surgissent la prairie, les moulins, les papetiers, et le lavoir aux fougères. Ton village est là, dans ce carré vert de l’esprit. Tu dévales la pente comme Lenz. Du fond des ravins montent les chants. Haletante, tu laisses entrer l’orage en toi. L’éclair. Dans la poitrine. Le son perpétuel de la cascade d’eau . Les pas des petits animaux, en cavalcade sur les pierres polies par la rivière. Les bruits de la forêt.

Tu dévales plus vite. À travers les arbres. Les jardins. La lumière déverse son or dans les ruelles du village. Quelqu’un traverse sous la pluie battante, d’un pas bizarrement très lent.
Tu dévales ce carré du pré, tu dévales le brin d’herbe du carré du pré, tu dévales le souffle du brin d’herbe du carré du pré. Tout s’enfuit en tous sens. Sous l’orage, il y a l’âne qui tintinnabule près du chien andalou, il y a le fou avec son poisson noué à l’estomac, il y a des mots qui nagent ainsi que des petites truites de feu, l’eau, la fraîcheur … Les algues flottantes carillonnent d’éclats d’Abri de Maras, il y a le bruit de la plus vieille corde du monde sur une pierre, la voile minuscule de ton bateau de papier sur l’eau, les diables pilés comme des pépins verts, l’envergure intelligente du blé, chaque chose dans un seul brin d’herbe tient sa tête droite, tout et son contraire, rien n’est de trop. L’herbe boit la pluie. Tu dévales et dévales sans fin, ouvrant un chemin entre les têtes des épis.  Tout est à la juste mesure, à hauteur d’enfance. Le monde a la rondeur d’un grain d’orge. Tu sectionnes une tige de blé, la prends entre tes dents. L’univers est petit; il dépasse de ta lèvre.

Quand tu rentreras ce soir, tu feras sécher la Terre au-dessus du poêle.

Sylvie-E. Saliceti, 14 avril 2020 / Avril 2021- Village de l’enfance.

 

Gavotte
Compositeur : Pachelbel
Violon : Amandine Beyer

 

 

 

Lettre ouverte de R. Johnson aux négriers | Sylvie-E. Saliceti

 


Sylvie-E. Saliceti
Le Nègre parle de l’or
Éditions du Réalgar
Pour commander

Parution aujourd’hui, aux Éditions du Réalgar, de cette lettre ouverte de R. Johnson aux négriers, où l’un des plus marquants représentants du Delta blues donne à plonger dans la mémoire réelle, jusqu’aux racines de la légende.  Chanteur et guitariste de blues exceptionnel et tourmenté, R. Johnson a laissé un héritage essentiel, fondateur de toute la musique afro-américaine et du blues. Il fut un maître notamment pour Clapton et Dylan. Mort à l’âge de 27 ans dans des conditions énigmatiques (l’hypothèse dominante le présumant empoisonné par un mari jaloux), il a écrit l’essentiel de son œuvre ( 30 morceaux dont le trentième a été perdu) en deux temps de fulgurance créative, qui ont accouché de chefs-d’œuvre, notamment Me and the Devil. Johnson prétendait tirer sa virtuosité d’un pacte avec le diable…Puisque la légende, étymologiquement, désigne ce qui doit être dit, cette adresse posthume prend pour cadre le mystère de la vie du grand bluesman, dont l’histoire individuelle s’avère assez chargée de puissance symbolique pour porter l’histoire collective de la négritude en ce début du vingtième siècle, en  Amérique.

Sylvie-E. Saliceti

Je ne sais plus qui vous parle, Robert Johnson ou la poussière ? Le blues ténébreux, ou le jour dardé encore d’étoiles ? Je ne sais plus qui écrit à l’instant de ces lignes ? Moi, ou ce passant inconnu ? Me voilà en même temps celui qui vous parle et un autre. Qui sait, peut-être suis-je une part de vous ? Je suis hors du temps. Vainqueur et vaincu. Poète, tyran. Plein d’allégresse, et de chaînes au front de l’esclave. Mon fleuve est si vieux qu’à lui seul il comprend le bien et le mal. Ils disent que je joue la musique du démon, le Hoodoo est dans ma voix, le soleil a la couleur de ma peau, je chante ici où le noir est lumière.

Chers négriers, cette lettre est le signe d’une étrange alliance entre vous et moi, celle d’un coup de poing achevé en caresse. Pour avoir donné naissance au blues, je suis ce que vous n’aurez pas réussi à faire de moi.

Je suis le Nègre qui parle de l’or.

Sylvie-E. Saliceti, Lettre de R. Johnson aux négriers (Le Nègre parle de l’or) , Éditions du Réalgar, 2021, p.5.

Cross Road Blues
Auteur, compositeur, interprète : Robert Johnson

 

Me and the Devil Blues (Album Me and Mr Johnson)
Auteur, compositeur : Robert Johnson
Interprète : Eric Clapton

 

 

Sylvie-E. Saliceti | Le soleil est un illusionniste

 

 

Marc Chagall
Rabbin de Vitebsk

le soleil est un illusionniste
il sort de sa manche mon cœur
il le gaspille

le soleil incendie la barque qui traverse d’un versant de la montagne à l’autre où se hèlent
les solitudes mûries sur les hauteurs
à flanc de coteaux
dans le brasier des arbres à grenades
et les parfums
des mandariniers
des sophoras

le vieil astre s’allume
il s’éteint
et c’est un crépuscule
et c’est une aube
magicien métaphysique de l’espace et du temps
il entre dans le logis par la fenêtre
à dos de moineau
pour la célébration du soir
le soleil est un psalmiste habillé avec les franges de la vieille loi du Tanakh
le soleil se balance sous le petit châle de prière taillé dans l’écorce de la terre.

Sylvie-E. Saliceti 2 mai 2020

Le soleil est un psalmiste Phot. S.-E.S.

Le soleil s’est éteint
Auteur : Sergueï Essenine
Compositeur, interprète : Elena Frolova

 

 

 

 

Chandelle dans la nuit | Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

 

Pour Angélique Ionatos

 

les poètes sont les chandelles dans la nuit
d’Athènes
l’archer de gaieté noire scintille au fond des vallées
de Strefi et d’Ardittou
en plein minuit sous la déloyale concurrence de Vénus
le désespoir tremble moins que la mer
diamantine
tu passes le puits de juillet — portant le panier
des chants grecs
les oliviers et les lunes de fer

tu traverses dans un lieu affranchi de la géographie
un territoire immense pour le petit luth
la corbeille que le maçon
accroche
au clou de la maison
et puis ce fameux potager coloré qui embaume Archiloque et Héraclite

tu traverses mais voilà : quelqu’un prend peur devant les îles
pleines de lumière
peur devant l’espace de l’Égée —

l’oiseau de pluie perché sur l’étoile de paille entre alors

par la fenêtre
il trouve refuge dans ton cou
le cycle de l’eau s’achève et rien ne manque
la poésie habite sur ton épaule
la beauté ne fait pas le deuil des soleils à venir
le moineau dans la main, je longe
le petit mur bordé de mûriers qui écorchent les jambes.

 

Sylvie-E. Saliceti 29 avril 2020

ionatos

O kyklos to nerou Le cycle de l’eau
Auteur : Dimitra Manda
Compositeur : Mikis Theodorakis
Interprète : Angélique Ionatos

Qasida des deux palombes obscures | Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

Le mot que tu cherches, et s’il dormait, paisible sur un seuil, un oiseau aussi tranquille que les neuf vies du chat ? Ce mot, appelle-le blasphème ou arilles enfoncés dans la bouche du roi. Ou fleuve Tartessos. Apelle-le chanson du cavalier sous la lune des brigands. Chante la qasida des deux palombes obscures. Casida de las palomas oscuras, aussitôt la sépulture de l’homme est portée par l’oiseau aux plumes de sa traîne, ou celles de sa gorge. Ce mot, appelle-le ville qui s’éteint. Appelle-le comme bon te semble. Mais ce mot, ne l’appelle pas tristesse. Ce mot, appelle-le paradis clos. Appelle-le grenade.

Tout ce temps passé à chercher un mot perdu. C’est à rendre fou, ou infiniment sage. Toute une vie à retrouver à travers la ville sans sommeil un jeune dieu au visage fatigué.

Sylvie-E. Saliceti 21  avril 2020

 

Casida de las palomas oscuras par Marta Gomez
Auteur : Federico Garcia Lorca

Casida de las palomas oscuras par Carlos Cano Version Divan del Tamarit
Auteur : Federico Garcia Lorca

 

 

Quasheba, Quasheba | Sylvie-E. Saliceti

 

 

native daughters 2

All God’s children need travelling shoes, tous les enfants de dieu ont besoin de chaussures de marche.
Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Tous les enfants s’en vont avec beaucoup de choses à dire, et un seul parle pour tout un pays. Enfants de la rivière Tallahatchie et des lacs. Enfants des plaines d’altitudes. Enfants de Barbados. Tous avec des chaussures de marche s’en vont. Vers où ? Pour trouver quoi ? Personne ne sait. Tous cherchent sans relâche ce mot aussi petit qu’un arille sur la langue. Ils chantent les chansons des femmes d’ici. Partout, le temps de risquer une vie, ils marchent. Et les racines de la musique grandissent en eux. Marching each and every day, March down freedom highway. Marchez chaque jour, tous les jours sur la route de la liberté, marchez …

 

Tu mets les chaussures du voyage, parce qu’il y a quelque part un mot. On ignore quel mot. Est-ce une voix dans un champ de coton ? La lumière blanche et l’obscurité de ton sang ? Une insulte ?  La première loi gravée dans un monolithe de basalte noir extrait des montagnes du Zagros ? Un mot comme Quasheba ?

Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Dans chaque lieu où tu vas, ce que tu vois suffirait pour avoir pitié des pierres. Heureux celui qui a entendu le rhythm and blues, le bluegrass, le gospel, et la soul. Ne crois pas que ceci se passe au sud des États-Unis. Il arrive la même chose sur toute la surface de la Terre. Quelque part et partout, il y a ce mot. On ignore lequel. On ne sait ni pourquoi ni comment cela advint, toujours est-il que ce mot est perdu.

 

Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Il y a un mot perdu. Rhiannon Giddens chante. Le sang et l’or des fleuves s’en vont. Voilà pourquoi on a besoin des chaussures de marche.

 

Sylvie-E. Saliceti 19 avril 2020

 

 

native daughters 1

Quasheba, Quasheba
Our Native Daughters
Rhiannon Giddens
Allison Russell
Leyla McCalla

La grenade | Sylvie-E. Saliceti

 

Sous l’arbre rouge, tu es là Sohrâb je te vois.
En une vision parfois un homme voit toute sa vie. Quand il se donne une fois tel qu’en lui-même, dans cet instant si pleinement présent il s’est donné pour toujours. Où qu’il aille désormais, on le découvre. Et même après sa mort, sous la terre qui l’a ensevelie, il continue d’être ensoleillé.

Tu ouvres une grenade et, en train de détacher les graines juteuses, tu dis qu’il serait bon que les graines soient visibles aussi dans le cœur des gens.

Moi j’ai donné le nom de grenade à cette terre.

Sylvie-E. Saliceti  27 03 2020

La grenade
Auteur, compositeur, interprète : Clara Luciani

 

[Ligne du jour] Trois clefs

 

 

 

le millet
la lumière dans la jarre
le temps qui déborde

trois conquêtes hors des mains

 

le pavot la mémoire
le nom des choses
la loi sur la montagne

trois mondes brisés auxquels vous ne parlerez plus

 

la grille de parole
l’herbe couvrant la source
les barreaux du soleil pour le bec de l’oiseau

trois clefs libres de toute porte

 

 Sylvie-E. Saliceti 17 mars 2020

[Ligne du jour] Suite N° 5 pour violoncelle seul

 

suite N° 5 pour violoncelle seul

 

elle joue la suite N° 5 pour violoncelle seul

dans une pièce vide en apparence

mais en réalité bondée de spectateurs agités

le silence à grand bruit  joue à entrer et sortir

avec l’oiseau par la fenêtre

l’ami est venu avec l’ennemi

la forêt est venue avec le récit du feu

l’ombre change de place à chaque pizzicato

 quelqu’un raconte

les mille et une nuits sauf la dernière

Aleph arrive bras dessus bras dessous avec Guimel

Zéro devise avec Infini

Czeslaw expose un traité de théologie

à Bukowski qui insulte l’amour ce chien de l’enfer

ce violoncelle seul en définitive est très accompagné

une foule de gens vont et viennent sans gêne

quel ramdam !

même les quatre évangélistes ne tiennent pas en place

même  le compositeur Bach en personne va et vient dans l’hésitation

 de l’archet

même Jean-Sébastien le cinquième évangéliste est là.

 

 

15 mars 2020 Sylvie-E. Saliceti

À tous ceux qui sont tombés | Elise Velle chante Bergman

 

 

 

 

 

couvII

 

 

Allégorie de l’homme brisé et de sa renaissance

 

De quel Père du désert du Wadi Natrun ou de Scété viennent-elles, ces pensées ? Elles naissent dans les déserts d’aridité, de ronces, de serpents brûlants et de scorpions, où la soif seule met en chemin.

Ainsi la soif de l’ermite Pacôme né à Esneh en Haute-Égypte, qui sept ans durant fait l’apprentissage de l’ascèse — eau, pain, sel et trop peu de sommeil — apprentissage âpre de l’isolement avant la réunion des solitaires dans les sables de Tabennesi.

Les pèlerins se voulaient anonymes, invisibles comme « un homme qui n’existe pas ». Leur secret dit-on, est aussi dur que la coque de noix que rien ne brise dans les contes, sinon au moment où survient le danger le plus grave.

Un jour la coquille se brise.

Le vestige révèle. Il pose l’univers en équilibre sur le temps.

 

Dans sa verticalité assaillie, il prend valeur d’une allégorie de l’élévation, celle de l’homme brisé puis de sa renaissance. Marcher au cœur des vestiges confronte à l’expérience de la perte et à l’épreuve du sens.

L’espace ouvert des ruines appelle la pierre cachée au fond de soi — le diamant noir. Espace universel. Souveraineté du vide où chaque chose ici trouve à se recréer, puisque  rien en ce lieu jamais ne fut absolument accompli sans s’étioler sous la violence du temps.

Le sens lui-même finit par trouver sa raison d’être dans l’infini des questions que pose la fugacité de toute chose, semblant dire à l’oreille du promeneur : viens avec moi dans les ruines de Ficaghjola ; là-bas tu verras, il y a tout ce qui nous manque.

Sylvie-E. Saliceti, Il a neigé à travers les toits & autres écrits insulaires, A Fior Di Carta, 2019, pp.63/64.

 

 

bergman

À tous ceux qui sont tombés
Auteur : Boris Bergman
Interprète : Elise Velle

 

 

 

Richard Powers | L’arbre monde

 

 

 

 

VOEUX 2020

 

 

Mon vœu renouvelé pour 2020 : que les mots résistent à toute la brutalité du jour.
Puis ce vœu, reprenant la mélodie des choses de Rainer Maria Rilke : «Que ce soit le chant d´une lampe ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le gémissement de la mer, qui t’environne — (que) toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix ».

Sylvie-E. Saliceti

Phot. S.-E.S. Suisse allemande

 

Elle raconte comment un orme a contribué à déclencher l’Indépendance américaine. Comment un énorme prosopis vieux de cinq cents ans pousse au milieu d’un des déserts les plus arides de la terre. Comment la vue d’un châtaignier à la fenêtre a redonné l’espoir à Anne Franck, dans le désespoir de sa claustration. Comment des semences sont passées par la lune avant de bourgeonner sur toute la Terre. Comment le monde est peuplé de merveilleuses créatures inconnues de tous. Comment il faudra peut-être des siècles pour réapprendre ce que jadis on savait sur les arbres.

Richard Powers, L’arbre monde, traduction de Serge Chauvin, Éditions Le Cherche Midi, 2018.

 

 

Écouter Venise | Gabriele d’Annunzio et Ute Lemper

 

 

 

À A. et H., 

Écouter Venise. C’est dit : nous partirons l’hiver, en février après le bruit et la foule du carnaval. Dessein intermezzo entre les seuils mouvants, longer les ruelles, se perdre dans le dédale des canaux aux « lugubres gondoles » de Liszt — conduire les chants des reposoirs flottants jusqu’à l’entrée du Cannaregio. Au rythme des pas de hasard, écouter battre le cœur de la ville, n’écouter que ce battement dans la blancheur ouatée. Marcher sous la neige — écouter Venise pour entendre le monde.

Échoués sur l’aurore, nous serons là, en ce centre précis contenant tous les lieux, et puis le souvenir de Nietzsche, puisque cherchant un synonyme à “musique”, on ne trouve jamais que le nom de Venise. 

Sylvie-E. Saliceti

 

*

 

L’on parle beaucoup du silence de Venise ; mais ce n’est pas près d’un traghet qu’il faut se loger pour trouver cette assertion vraie. C’étaient sous notre fenêtre, ces chuchotements, des rires, des éclats de voix, des chants, un remue-ménage perpétuel, qui ne s’arrêtaient qu’à deux heures du matin. Les gondoliers, qui s’endorment le jour en attendant la pratique, sont la nuit éveillés comme des chats, et tiennent leurs conciliabules, qui ne sont guère moins bruyants, sous l’arche de quelque pont ou sur les marches de quelque débarcadère… Ajoutez-y quelques jolies servantes profitant du sommeil de leurs maîtresses pour aller retrouver quelque grand drôle à la peau bistrée, au bonnet chioggiote, à la veste de toile de Perse, faisant trimballer sur sa poitrine plus d’amulettes qu’un sauvage n’a de graines d’Amérique et de rassade, et dont les voix de contralto, tour à tour glapissantes et graves, se répandent en flots d’intarissable babil avec cette sonorité particulière aux idiomes du Midi, et vous aurez une idée succincte du silence de Venise.

Théophile Gautier, Voyage en Italie, Œuvres complètes 1, Voyage en Russie ; Voyage en Espagne ; Voyage en Italie , Slatkine , 1978, p.39.

*

Les cloches de San Marco donnèrent le signal de la Salutation angélique, et leurs éclats puissants se dilatèrent en larges ondes sur la lagune encore sanglante, qu’ils laissaient au pouvoir de l’ombre et de la mort. De San Giorgio Maggiore, de San Giorgio die Greci, de San Giorgio degli Schiavoni, de San Giovanni in Bragora, de San Mosè, de la Salute, du Redentore et, de proche en proche, par tout le domaine de l’Evangéliste, jusqu’aux tours écartées de la Madonna dell’Orto, de San Giobbe, de Sant’Andrea, les voix de bronze se répondirent, se confondirent en un seul chœur immense, étendirent sur le muet assemblage des pierres et des eaux une seule coupole immense de métal invisible dont les vibrations semblèrent communiquer avec le scintillement des premières étoiles.

Gabriele d’Annunzio, Le feu, Traduction de Georges Hérelle, Editions des Syrtes, 2000.

Il neige sur Venise
Auteur : Patrice Guirao
Compositeur : Art Mengo
Interprète : Ute Lemper

 

 

Le marais | Sylvie-E. Saliceti

 

Dans le marais où les saules se plaisent — et puisque l’arbre est compagnon de l’arbre —  les saules boivent aux mêmes eaux vertes que les Frênes têtards alignés pour la première haie des conches et fossés. Ils boivent à côté des peupliers de seconde haie, près des aulnes imputrescibles à la chair rouge.

L’herbe se rassemble aux pieds des colosses — autour des troncs sagement rangés, s’entortille et s’agrège un désordre de plantes souples, indisciplinées, de flores sauvages dont chaque nom se prononce comme un fruit cueilli entre les dents. Chaque nom lavé sur la langue rend habitable un pays singulier. Souci d’eau. Salicaire. Oreille d’Âne. Iris. Faux-Acore. Grande Cardère, autrement appelée Fontaine aux Oiseaux, dont les feuilles recueillent les pluies et les rosées bues par les moineaux.

Ce pays-là naît dans le grand marécage où les plates — petites barques conduites par des perches qui passent — les plates murmurent des raisons de porter des flambeaux au cœur des ténébreuses rivières,
en fendant leurs eaux muettes.

Sylvie-E. Saliceti 29 03 2020

 

 

Pierre de Bethmann Trio - Chant des marais

La chant des marais
Moorsoldatenlied (chanson des soldats de marécage)
Compositeur : Rudi Goguel
Interprète : Pierre de Bethmann Trio

 

Calanques | Myriam Eck (extraits)


 

 

 

 

Calanques de Marseille Février 2019 Photographies S.-E.S.

 

Les oiseaux ne volent pas pour la vue

Libre c’est trop
Loin

*

La lumière n’attend pas le sol
Pour tomber

Quand elle n’atteint pas le sol c’est que le vent l’a séparée

*

Ce que le vent vient bouger en moi ce n’est pas le paysage mais

Ma place
Dedans

*

Je retire mes mains du paysage

La mer en morceaux

Myriam Eck, Calanques, Dessins de Paul de Pignol, Éditions Centrifuge, 2018.

Calanques de Marseille Février 2019 Photographies S.-E.S.

 

 

 

Gustave Roud | Bouvreuil

 

Bouvreuil

Je crois que l’homme au plein de sa vigueur et de sa force, et qui le sent assez pour ne douter pas de son regard, de son ouïe, est, à la lettre, un aveugle et un sourd. Je crois que seuls certains états extrêmes de l’âme et du corps : fatigue (au bord de l’anéantissement), maladie, invasion du cœur par une subite souffrance maintenue à son paroxysme, peuvent rendre à l’homme sa vraie puissance d’ouïe et de regard. Nulle allusion, ici, à la parole de Plotin : « Ferme les yeux, afin que s’ouvre l’œil intérieur. »

Il s’agit de l’instant suprême où la communion avec le monde nous est donnée, où l’univers cesse d’être un spectacle parfaitement lisible, entièrement inane, pour devenir une immense gerbe de messages, un concert sans cesse recommencé de cris, de chants, de gestes, où tout être, toute chose est à la fois signe et porteur de signe. L’instant suprême aussi où l’homme sent crouler sa risible royauté intérieure et tremble et cède aux appels venus d’un ailleurs indubitable.

L’univers cesse d’être un spectacle parfaitement visible Gustave Roud
Photographie S.-E. S. 29/12/2018

 

De ces messages, la poésie seule (est-il besoin de le dire) est digne de suggérer quelque écho. Souvent elle y renonce en pleurant, car ils sont presque tous balbutiés à la limite de l’ineffable. Elle s’éveille de sa connaissance, les lèvres lourdes encore de paroles absentes ou folles qu’elle n’ose redire – et qui contiennent pourtant la vérité. Ou si elle ose les redire, c’est qu’elle semble avoir oublié leur origine, leur importance. Elle divulgue en deux vers un secret bouleversant, puis se tait.

Gustave Roud, Air de la solitude et autres écrits, Préface de Philippe Jaccottet, Poésie/Gallimard, 2003, pp 78/79.

Novalis | Les Disciples à Saïs

 

 

2 mai : jour anniversaire de Novalis !

Certains poètes, certains êtres ont vocation de pérennité, voire d’éternité dans l’art, leur discipline s’attachant à « reconnaître et [de] suivre leur vie au voisinage le plus proche de l’essentiel ». La traductrice du poète allemand établit cette échelle de valeurs toute personnelle  : « il serait abusif de croire que ceux-là soient nés pour l’illustration et la gloire des littératures :  quelle que soit leur voix et quelle que soit leur langue, où que soit, dans le temps, le moment de leur passage sur la terre, rien n’est plus, autour d’eux, qu’un immense concours afin que leur présence, une fois qu’on la découvre, vous entre dans le souffle et ne vous quitte plus. »

Ces voix poétiques sont douées d’une vertu d’initiation, de présence, de consolation et l’on se voudrait auprès d’elles —  disciple à Saïs.

Éminemment contemporain et visionnaire, Novalis emprunte son chemin spirituel à la Nature .

Sylvie-E. Saliceti

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(…) avant tout la lumière avec ses couleurs, ses rayons et ses ondes, — l’apaisement et la douceur de son omniprésence quand elle est le jour qui se lève?
C’est elle, ainsi que l’âme intime de la vie, que respire l’univers géant des astres inlassables, et il nage en dansant dans l’azur de ses flots ; c’est elle que respirent l’étincelante pierre en éternel repos, et la plante médicinale qui est toute succion, et le sauvage, l’ardent, le multiforme animal (…)

Novalis, Hymnes à la nuit in Les Disciples à Saïs / Hymnes à la nuit / Chants religieux, Traduction et présentation d’Armel Guerne, Poésie/Gallimard, 2016, pp.119.

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Si l’homme comprenait la musique intérieure de la Nature et possédait un sens de l’harmonie extérieure ! Mais c’est à peine déjà, s’il sait que nous appartenons toutes les unes aux autres et qu’aucune ne peut, sans les autres, subsister. Il ne peut rien laisser en place ; tyranniquement, il nous sépare et, dans des dissonances criardes, il cherche à saisir (…)

On entendait, toutes proches, des voix humaines ; les grandes portes s’ouvrirent à deux battants sur le jardin, et quelques voyageurs vinrent s’asseoir sur les marches du grand escalier, à l’ombre de l’édifice (…).

Celui qui ne veut pas, celui qui n’a plus la volonté de soulever le voile, celui-là n’est pas un disciple véritable, digne d’être à Saïs (…).

Que ce soit dans ses oeuvres ou dans ses faits et gestes, l’homme a toujours exprimé une philosophie symbolique de son être. Il s’annonce lui-même et se prédit ( Fragment de la fin de l’été 1798)

Novalis, Les Disciples à Saïs, Traduction et présentation d’Armel Guerne, Poésie/Gallimard, 2016, pp.62/ 63/42.

 

 

Ne pas oublier l’archet | Annie Salager

 

 

 

Ne pas oublier l’archet, car la vie irrigue la création. Ne pas oublier l’art, car la vie s’incarne là, entière et rassemblée dans ces sonates et partitas pour violon seul.

Ne pas oublier Bach puisque ces compositions passèrent inaperçues au temps de leur création, au point que quelques partitions furent sauvées, échappant in extremis au lot des paperasses entassées, qui servirent de papier d’emballage dans une crémerie de Saint-Pétersbourg .

Ne pas oublier ni la Chaconne ni Maria Barbara ni l’ombre de mort qui plane sur la lumière. Bach, c’est l’inachevé au sens d’un silence qui ouvre l’infini.

Cette énergie — puissante autant qu’insaisissable, solide autant qu’éphémère — de son langage musical charge le maître des chapelles d’une force d’expression proprement poétique.

Bach est un poète, le portrait du Cantor de Leipzig appelle une dimension subtile des fondations ; une délicatesse derrière l’architecture. À l’instar des édifices qui chantent chez Valéry, le monument devient vivant sous l’archet, et « à l’instar de L’Art de la fugue, “inachevé”, la force principale des sonates et partitas correspond à leur non-dit. Elles mettent en valeur la limite du langage dans le domaine de l’expression, la limite de l’intelligence dans de domaine du savoir, et présentent l’humilité, le recueillement, la réflexion, l’effort, la foi, l’esprit puis finalement la transe, la sensibilité, l’imagination comme les moyens qui transcendent cet état intolérable.
Bach est avant tout un poète ! Sa science, qui aveugle et paralyse si souvent l’analyse moderne, n’est que le trompe l’oeil de la fragilité de l’homme, de son impuissance ».

Voici un sommet du territoire baroque revisité magistralement par Amandine Beyer : l’ intégrale des Sonates & Partitas BWV 1001-1006, auxquelles est adjointe la Sonate pour violon solo de Pisendel.

Unanimité des distinctions : Diapason d’or de l’année (novembre 2011), Diapason d’or, Choc de Classica, Choc Classica de l’année, Hi-Res Audio. L’on propose ici le quatrième mouvement Presto de la Sonate BWV 1001.

Ne pas oublier l’archet car il offre cet intense bonheur d’écoute, de ceux qui me font penser à ce mot d’un autre poète : « sans Bach, nous ne saurions pas ce qu’un moineau pense » .

Sylvie-E. Saliceti

J.S. Bach
Sonate BWV 1001 /IV Presto
Amandine Beyer

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Ne pas oublier l’archet

Se joignent-elles en vol d’oiseaux
les musiques d’une vie, souvent
inconnues d’avoir été oubliées

pour improviser l’exil du vivre dans
le cri du bec bleu de l’oiseau
ouvert contre le ciel et en lutte avec lui

seraient-elles le bois du violon,
son âme, musiques pianissimo
d’une tension entre mort et beauté

leur chambre d’échos
où le mal s’oublie les rendra
demain à la transparence

vida breve
c’est de soi
qu’il faut rire
tel est l’archet

Annie Salager, Pas d’ici, pas d’ailleurs, Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, Présentation et choix Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire, Préface Déborah Heissler, Voix d’encre, 2012, p.20.