Éluard par Barbara

 
 
 
 
 
 

S. et C. Suisse allemande Mai 2019 Printemps blanc

 
 
 
 
 
 

Printemps
Auteur : Paul Éluard
Interprète : Barbara

Printemps

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

Paul Éluard, Le Phénix in Derniers poèmes d’amour, Préface de Jean-Pierre Siméon, Seghers, Format numérique non pag., 2013.

 
 
 
 

Photographies S.-E. S.

 
 
 
 
 
 

Paul Eluard par Gérard Pitiot | Le sourd et l’aveugle

 

 

Gagnerons-nous la mer avec des cloches
Dans nos poches, avec le bruit de la mer
Dans la mer, ou bien serons-nous les porteurs
D’une eau plus pure et silencieuse ?
L’eau se frottant les mains aiguise des couteaux.
Les guerriers ont trouvé leurs armes dans les flots
Et le bruit de leurs coups est semblable à celui
Des rochers défonçant dans la nuit les bateaux.
C’est la tempête et le tonnerre. Pourquoi pas le silence
Du déluge, car nous avons en nous tout l’espace rêvé

Pour le plus grand silence et nous respirerons
Comme le vent des mers terribles, comme le vent
Qui rampe lentement sur tous les horizons.

 

Paul Éluard, Capitale de la douleur, Mourir de ne pas mourir.

 

Le sourd et l’aveugle
Auteur : Paul Éluard
Interprète : Gérard Pitiot

Variations sur Picasso | Eluard et Reggiani


Première du monde


A Pablo Picasso

 

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
Il a fermé les yeux pour s’en prendre à ton rêve,
Il a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l’herbe
Les routes perdent leur reflet.
Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête ?

Ne peux-tu prendre les étoiles ?
Écartelée, tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s’en multiplie.

De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.
 

Paul Éluard, Capitale de la douleur, Gallimard

*

Pablo
Auteur Claude Lesmesle
Interprète Serge Reggiani