Archives de catégorie : Youssef(Dhafer)

Tahar Bekri et Dhafer Youssef | Désert au crépuscule

 

 

 

Chanson vibrante

XXX

Revenant à toi sans cesse
Mais suis-je jamais parti
Les bras chargés de paniers d’osier
Je t’emportais chanson vibrante
L’opulence réduite et tourbeuse
Cela suffisait pour partager l’embellie
Jus de palmier suave pêches et dattes à l’envi
Cette aire pour libérer la poussière
De sa léthargie cours criais-tu à l’animal
L’herbe se mérite l’orge récompense
L’effort et le poids du jour
Sans rechigner aux obstacles
Leurs leurres toujours dressés et renversés

 

Tahar Bekri, Désert au crépuscule, Al Manar / Poésie, 2018, XXX.

Dhafer Youssef
Wind and Shadows
(Live)

 

Joël Vernet | La nostalgie vénère ce qui n’est pas encore

 

 

 

Un appel. Une vision. Un mouvement fragile, peut-être une voix, certainement une voix très basse, la fulgurance d’un instant, le passage soudain d’un oiseau, un linge au loin dans un jardin abandonné juste le temps d’accueillir la lumière qu’est une ombre, ce que l’on nomme une image, comme si la vie n’était jamais que du papier ou de l’oubli. Je ne sais pour vous, mais j’entends là-dessus, là-dessous, le merveilleux silence du soleil. Depuis l’enfance à nous observer de son beau rire un brin malicieux, nous offrant la pluie, l’orage quand il le souhaite, quand les nuages viennent en rempart contre lui et nous. Nous offrant le souvenir, comme si toutes nos traces devenaient très vite des mouvements du Passé, alors que ce qui nous convoque au plus haut, c’est l’avenir. La nostalgie est belle si elle va de l’avant, si elle nomme l’ancien pour fonder le nouveau, le sans cesse renouvelé. Ce tambour des yeux, du cœur, résonne dans l’espace. Oui, la nostalgie est un pont vers l’avenir. Cette phrase trottine depuis si longtemps dans la forêt des pages d’un carnet à l’abri dans la poche. La nostalgie vénère ce qui n’est pas encore. Elle n’est pas seulement rappel de l’ancienne trace. Nous reprenons les chemins des vieilles bêtes, des habitants des cavernes, car ils nous ont légué des trésors en héritage. Nous aimons les grottes où les ténèbres nous éclairent.

Joël Vernet, Le silence du soleil, Peintures de Jean-Gilles Badaire, Le Réalgar, 2018, pp.11/13.

Ode Melancholia
Dhafer Youssef
All compositions and arrangements by Dhafer Youssef
Album Diwan Of Beauty And Odd
Récompenses Qobuz

 

 

Hawad | Tamajaght

 

 

 

TAMAJAGHT

Elle garde ses chèvres
sur les dunes lissées par le vent
Elle a laissé sa tente
au creux de la falaise
où rôdent hyènes, renards, charognards
sous le vélum des étoiles cieux
ternis par la fumée des usines
qui déchiquettent les entrailles de la terre
Son bébé incrusté sur le dos
grain de beauté
peau tannée par le soleil
ocre visage ridé
par les rêves suspendus
le sursaut des cauchemars
elle est assoiffée
maigre, grande, cou élancé
antilope
Elle porte un collier de croix
géométries où le cosmos est réduit
en bulles de lumière
Elle est sauvage
prête à s’effaroucher
comme l’autruche chatouillée
par une araignée
Ses yeux sont aigus
comme ceux d’un fennec
qui sort de son trou au crépuscule
Ses mains sillonnées de veines
bleuies par la famine angoisse

Elle tresse une natte en feuilles de palmes
pour son mari qui a conduit la caravane
hors des frontières
agenouillé par les chaînes des prisons
et le brasier des tortures

ou pour son frère en exil
errant d’une étoile à une autre
pour éviter le manteau étroit des cités
et leurs cellules d’asile

Non
Natte trame
qui raccommode le tissage des mythes
Espoir qui détresse les douleurs
Gestes qui tisonnent la lueur des souvenirs
pour démêler les nœuds coulants
d’une vie étranglée entre sa couche et ses puits

Soigne les ailes brisées du souffle en vol
entre son gîte et sa destinée liberté
mélodie qui tranche enficelages et entraves
Ô mouvement de l’archet
Aiguise les lames de l’aurore
et fends la grimace des serres machines
qui troussent les jupons de la nuit
où se love le sommeil
des enfants touaregs

Hawad, Furigraphie, Poésies 1985/2015, Traduit du touareg (tamajaght) par l’auteur et Hélène Claudot-Hawad, Préface d’Hélène Claudot-Hawad, Poésie/Gallimard, 2017, pp.29/30/31.

Fly shadow fly
Dhafer Youssef