Archives de catégorie : Pluhar (Cristina)

Laurent Gaudé et Christina Pluhar | Orphée de sang et de lumière

 

 

Je veux une poésie du monde, qui voyage, prenne des trains, des avions, plonge dans les villes chaudes, des labyrinthes de ruelles. Une poésie moite et serrée comme la vie de l’immense majorité des hommes. Je veux une poésie qui connaisse le ventre de Palerme, Port-au-Prince et Beyrouth, ces villes qui ont visage de chair, ces villes nerveuses, détruites, sublimes, une poésie qui porte les cicatrices du temps et dont le pouls est celui des foules.

Je veux une poésie qui s’écrive à hauteur d’hommes. Qui regarde le malheur dans les yeux et sache que dire la chute, c’est encore rester debout. Une poésie qui marche derrière la longue colonne des vaincus et qui porte en elle part égale de honte et de fraternité. Une poésie qui sache l’inégalité violente des hommes devant la voracité du malheur.

Je veux une poésie qui défie l’oubli et pose des yeux sur tous ceux qui vivent et meurent dans l’indifférence du temps. Même pas comptés. Même pas racontés. Une poésie qui n’oublie pas la vieille valeur sacrée de l’écrit : faire que les vies soient sauvées du néant parce qu’on les aura racontées. Je veux une poésie qui se penche sur les hommes et ait le temps de les dire avant qu’ils disparaissent.

Le territoire de cette poésie, c’est le monde d’aujourd’hui, avec ses tremblements et ses hésitations. Elle s’écrit dans un corps à corps avec les jours. Elle sent la sueur et l’effroi. Elle est charnelle, incarnée. Le monde d’aujourd’hui est épique, tragique, traversé de forces violentes. Il se rappelle à nous avec brutalité. Des failles idéologiques réapparraissent. Des menaces grondent. Il faut dire et tenir ce que l’on est, ce que l’on veut être. L’écriture ne m’intéresse pas si elle n’est pas capable de mettre des mots sur cela. Qu’elle maudisse le monde ou le célèbre mais qu’elle se tienne tout contre lui. Nous avons besoin des mots du poète, parce que ce sont les seuls à être obscurs et clairs à la fois. Eux seuls, posés sur ce que nous vivons, donnent couleurs à nos vies et nous sauvent, un temps, de l’insignifiance et du bruit.

Laurent Gaudé, De sang et de lumière, Poésie, Actes Sud, 2017, pp.7/8.

Orfeo Chaman
Aparicion de Euridice
Auteur : Traditionnel
Arrangements, direction : Christina Pluhar
Voix : Luciana Mancini, Vincenzo Cappezzuto, Nahuel Pennisi

 

Nahum Tate, Henry Purcell, Christina Pluhar | Strike the viol

 

 

Le violoncelliste A.Modigliani

 

Come, ye sons of Art, away !
Come, ye sons of Art, away,
Tune all your voices and instruments play,
To celebrate this triumphant day.
Sound the trumpet, ‘til around
You make the list’ning shores resound.
On the sprightly hautboy play,
All the instruments of joy
That skilful numbers can employ,
To celebrate the glories of this day.
Strike the viol, touch the lute,
Wake the harp, inspire the flute.
Sing your patroness’s praise,
In cheerful and harmonious lays.
The day that such a blessing gave
No common festival should be.
What it justly seems to crave,
Grant, oh grant, and let it have
The honour of a jubilee.
Bid the virtues, bid the Graces,
To the sacred shrine repair,
Round the altar take their places,
Blessing with returns of pray’r
Their great defender’s care,
While Maria’s royal zeal
Best instructs you how to pray,
Hourly from her own
Conversing with the Eternal Throne.
These are the sacred charms that shields
Her daring hero in the field,
Thus she supports his righteous cause,
To his aid immortal pow’r she draws.
See Nature, rejoicing, has shown us the way,
With innocent revels to welcome the day.
The tuneful grove, and talking rill,
The laughing vale, replying hill,
With charming harmony unite,
The happy season to invite.
What the graces require,
And the Muses inspire,
Is at once our delight
And our duty to pay.

(Source : Document Cité de la musique avec l’autorisation d’Erato Disques)

 

Strike the viol
Paroles attribuées à Nahum Tate
Henry Purcell /William Christie
Christina Pluhar & L’Arpeggiata
Music For A While : Improvisations on Purcell

 

 

L’aile pourpre | Nicolas Dieterlé

 

 

 

Cela veut jaillir, car cela est jaillissement, profusion, fontaine éclaboussante
Photographie S.-E. Saliceti

Cela veut jaillir, car cela est jaillissement, profusion, fontaine éclaboussante, torrent cascadant sur les pierres qui résonnent, monde en soi qui sans cesse se métamorphose, rire liquide ininterrompu Ô le bonheur de cette coulée ruisselante, bravant les peurs mesquines et les joies étriquées. Si seulement elle pouvait retrouver son lit natal où rien ne la retiendrait plus, car tout y est adapté à sa puissance, à sa violence et à sa sauvagerie lumineuse, lumineuse

 

torrent cascadant sur les pierres qui résonnent Photographie S.-E.Saliceti

Rouges sont les barques de la joie
Elles montent sur les vagues de l’air,
L’une après l’autre – on dirait qu’elles dansent
Elles sont chargées de peu de poids
De presque rien, une goutte d’eau
Une perle tremblante
Dont la transparence est sans fond

 

Rouges sont les barques de la joie Photographie S.-E.S.

Nicolas Dieterlé, L’aile pourpre, Postface de Régis Altmayer, Éditions Arfuyen, 2004.

Passacaglia della vita
Compositeur : Stefano Landi
Christina Pluhar