Archives de catégorie : Pierron ( Gérard )

Allain Leprest | Les p’tits enfants d’ verre

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Une pensée ce soir pour Allain Leprest, poète et chanteur, l’un des plus doués de sa génération, volontairement discret, discrétion qui seule explique qu’il n’aura pas eu de son vivant la carrière de Brassens, Brel ou Nougaro. Il en avait sans conteste le talent et est aujourd’hui enseigné à la Sorbonne. Malgré les quelques années qui nous séparent de sa disparition, il m’accompagne. Je pense souvent, très souvent à lui.

Demeure cette évidence au-delà de sa voix éteinte : les p’tits papiers et les p’tits enfants d’verre font de bien jolies chansons.

J’ignorais l’anecdote rapportée par Véronique Sauger ci-dessous, mais comprends son importance à la lumière d’un autre fait qui advenait lors de nos rencontres avec « le moins connu des chanteurs connus » ainsi qu’il s’était lui-même baptisé. Je témoigne humblement ici d’un détail que je relis aujourd’hui comme un écho à son enfance : nous parlions, et parlant, pour peu qu’une main se perde machinalement dans sa poche, Allain Leprest sortait des bouts de papier froissés — un, puis deux, puis trois, et puis encore d’une autre poche … c’est ainsi qu’il écrivait, en griffonnant des morceaux de feuilles dont le sol de son appartement se retrouvait semé …

Sylvie-E. Saliceti

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C’est ainsi qu’un jour … Un jour qu’Allain Leprest se promenait avec son grand-père, épicier à Granville, qu’il adorait, un oiseau s’arrêta au milieu de la route. Son grand-père qui portait un chapeau melon, le retira et le déposa sur l’oiseau.

Ils attendirent un peu, puis son grand-père souleva le chapeau, et l’oiseau s’envola à tire d’ailes. Libre.

Peu après, son grand-père eut une attaque cérébrale.

Muet. Ils ne pouvaient plus rien se dire. Ils correspondirent avec des petits bouts de papier.

Une partie du lien d’Allain Leprest avec l’écriture est certainement là, dans la poésie de cet envol, dans la douleur qui suivit, et la communication par l’écrit.

Véronique Sauger, Allain Leprest/F. Solleville : portraits croisés, Préface de Gérard Pierron, France Musique, 2009, p.141.

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Les p’tits enfants de verre
Auteur, interprète : Allain Leprest

 

 

Y a pas qu’eux sur terre
Les p’tits enfants d’verre
Y a aussi des fois
Les p’tits enfants de bois
Faut pas oublier
Les p’tits en papier
Les p’tits en charbon
Et ceux en carton

 

Allain Leprest

 

Allain Leprest par Gérard Pierron | Le sculpteur et le cerisier

 


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Petit, voici l´heure des fruits mûrs
Combien sont morts contre ces murs?
Jetez aux chiens les confitures
Qui ont endeuillé leurs chemises

On a crié « Plus rien ne bouge! »
Mais sous les gouttelettes rouges
Un sculpteur a posé sa gouge
Espérant que le vent l´aiguise

Depuis l´automne en mois de mai
Au milieu des noyaux mort-nés
Une vieille douille a germé
Comme un affront à la bêtise

Éclos d´une balle rouillée
Au ciel il fuse un cerisier
Qui dit « Je fus un fusillé
Je témoigne des saisons grises »

Qui dit « Petit, je suis témoin
Prends mes racines de fusain
Et trace de tes propres mains
La promesse de mes cerises

Prends la force que je te tends
Je suis le Clément d´un instant
Je suis le gisant qui attend
Que la sève et l´amour l´irisent

Qu´on redanse autour de mon tronc
Un jour, mes bras refleuriront
Les enfants moqueurs changeront
Mes blessures en gourmandises »

Et le sculpteur en s´endormant
À l´ombre de son monument
Rêve dans un sourire gourmand
Qu´il a barbouillé sa chemise

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Le sculpteur et le cerisier
Auteur : Allain Leprest
Compositeur, interprète : Gérard Pierron
Extrait de l’album «Plein chant»

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L’état poétique : je n’ai rien refusé de la tendresse humaine (3)


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L’état poétique est le seul promontoire d’où par n’importe quel temps du jour ou de la nuit l’on découvre à l’œil nu la côte nord de la tendresse. C’est aussi le seul état de la vie qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braises et de tessons ou de traverser à dos de requin un bras de mer en furie.

René Depestre, L’état de poésie, Œuvres poétiques complètes, 1980, p.335.

 

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PLEIN CHANT

Gérard Pierron, est d’abord connu pour avoir exhumé et réinterprété l’oeuvre de Gaston Couté, poète ouvrier de la fin du 19ème siècle. Aujourd’hui il nous livre Plein chant, une anthologie de 28 poèmes auxquels il donne à leur tour une seconde vie musicale. Ce très beau coffret naît en fait de la rencontre de trois univers, celui de la poésie populaire actuelle ou plus ancienne, celui de la chanson d’interprète et enfin celui de la nouvelle scène musicale «néo-folk ». Pierron a en effet choisi de s’entourer des instrumentistes de deux des plus grands groupes de création d’inspiration traditionnelle de la région : Djal et Kordévan. Du texte aux arrangements, et jusqu’aux très belles illustrations d’Ernest Pignon-Ernest, tout est soigné et de grande qualité.

CMTR n° 64 (Centre des musiques traditionnelles)

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Je n’ai rien refusé de la tendresse humaine
Auteur : Gaston Couté
Interprète : Gérard Pierron

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