Archives de catégorie : Montand Yves

Montand chante Apollinaire | Les saltimbanques

 

 

 

 

Saltimbanques

À Louis Dumur

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L’ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Guillaume Apollinaire, Alcools – poèmes 1898-1913NRF, troisième édition, .

 

 

                                  Fernand Botero
                                  Musiciens
                                  Huile sur toile
                                  Photographie S.-E.S.
                                  Botero – Dialogue avec                                              Picasso

 

 

 

Les saltimbanques
Auteur : Guillaume Apollinaire
Compositeur : Louis Bessiière
Interprète : Yves Montand

 

 

 

 

 

Jacques Prévert par Lambert Wilson | Les enfants qui s’aiment

 

 

Seconde chanson du long métrage de Marcel Carné « Les Portes de la nuit », Les enfants qui s’aiment initialement est chantée par Fabien Loris dans le film. Elle fut reprise par Montand, par Juliette Gréco, interprétée aussi sur le plateau d’un soir dans un duo Mouloudji /Yves Simon. À ma connaissance, elle n’a pas fait l’objet de reprise récente. C’est une énigme, tant son intemporalité relève de l’évidence.

Avis aux producteurs, aux interprètes : je les aiderai à résoudre la question des droits d’auteur (si la raison de  cet oubli se trouve là, ce que l’on subodore). Il s’agit donc d’une proposition de les assister simplement pour le plaisir subjectif d’entendre cette chanson dans une version actuelle.

Émettons à cet égard quelques idées, plutôt dans le sens d’un duo. Ce ne sont là que des propositions, mais l’on imagine très bien une interprétation Bénabar / Charlotte Gainsbourg, ou Mélanie Dahan / Émily Loizeau, ou plus rocailleuse : Balbino / Luce Dufault. Et puis Sapho. Les idées ne manquent pas.

On les aurait presque oublier : les Têtes Raides … bien sûr, cette chanson est faite aussi pour le palais de Christian Olivier.

 Croyez-moi si vous voulez : celui qui osera inondera les ondes.

Sylvie-E. Saliceti

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J’écrivais les quelques lignes ci-dessus le 11 novembre 2015. Depuis, Lambert Wilson a rendu justice à la chanson de Prévert et Kosma, dans la belle version que voici :

Les enfants qui s’aiment
Auteur : Jacques Prévert
Compositeur : Joseph Kosma
Interprète : Lambert Wilson

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LES ENFANTS QUI S’AIMENT

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.

Jacques Prévert

 

 

 

Michèle Lesbre évoquant Yves Montand | Une demoiselle sur une balançoire

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Je me suis souvenue alors du silence des photographies de Claude Batho, de ce qu’elle appelait « le moment des choses » . J’ai revu tous ces paysages noyés dans la brume ou dans le saisissement furtif d’une fragile lumière, j’ai revu L’arbre et l’oiseau, et l’une des dernières photographies prises à Héry, peu de temps avant sa mort, où le soleil ne parvient pas à percer un épais brouillard et rend tout espoir impuissant.

J’ai pensé à La Balançoire, toujours à Héry et datant de 1980, une campagne qui semble être de ces endroits élus et aimés où les enfants radieux grandissent en paix, où les objets témoignent de la vie, d’une présence humaine qui n’a nul besoin d’être visible pour être évidente, où derrière les voilages des fenêtres closes la nature continue de hanter les rêves et les cauchemars.  Une nature où se promènent les morts bien après leur disparition.

La Balançoire, surtout, me touche infiniment. Il me suffit de l’évoquer pour que surgissent avec une précision presque parfaite les moindres détails de l’image. Elle est suspendue dans le vide puisqu’on ne peut voir ce à quoi elle est accrochée, immobile au-dessus d’une prairie en pente et voilée dans une brume qui mange un peu de ciel, bordée d’un chemin que de vagues buissons délimitent en s’accrochant aux piquets qui les tiennent. Un enfant venait-il d’en descendre ? Était-elle au contraire figée depuis des années ? Je ne peux m’empêcher de faire un lien entre cet objet immobile et l’envol de l’homme sur le quai du métro, un cruel raccourci entre l’enfance et le grand âge.

La Balançoire de Claude Batho s’est souvent faufilée dans les réminiscences de lointaines scènes de mon enfance, quand ma mère fredonnait, Une demoiselle sur une balançoire se balançait  à la fête un dimanche et que j’imaginais ses jambes blanches sous le jupon noir. Il y avait dans ces mots, me semble-t-il aujourd’hui, une douceur érotique qui troublait la voix de ma mère chantant sur celle de Montand, qu’elle adulait.

Michèle Lesbre, Écoute la pluie, Sabine Wespieser Éditeur, 2013, pp 88/89

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*ecoute-la-pluie-michele-lesbre

Une demoiselle sur une balançoire
Auteur, compositeur : Jean Nohain, Mireille
Interprète : Yves Montand

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