Les chevaux rebelles | Jean-François Deniau par M. Le Forestier


 

Trois choses que je crains
Trois choses :
Le feu qui n’a pas d’amis
La source tarie
Celui qui me connaît et détourne les yeux

 

Trois choses que je crains
Une que je redoute :
Les chevaux rebelles
Les chevaux rebelles
Les chevaux rebelles qui refusent la bride et le mors

 

Trois choses que je respecte
Trois choses :
La mer qu’on appelle libre
Le vent que n’arrête aucun mur
Celui qui me connaît et qui meurt sans rien dire

 

Trois choses que je respecte
Une que j’admire :
Les chevaux rebelles
Les chevaux rebelles
Les chevaux rebelles qui refusent la bride et le mors

 

Trois choses que j’aime
Trois choses :
Celle que j’ai connue
Celle que j’ai perdue
Celle qui me connaît et qui m’aime quand même

 

Trois choses que j’aime
Une qu’il me faut :
Les chevaux rebelles
Les chevaux rebelles
Les chevaux rebelles qui refusent la bride et le mors

 

 

 

Les chevaux rebelles
Auteur:  Jean-François Deniau
Compositeur, interprète : Maxime Le Forestier

 

Lors d’une soirée pour les droits de l’homme, j’entends: « Forestier, faut qu’on se voie ! J’ai envie de faire des chansons. » C’était Jean-François Deniau. Il m’a donné Les Chevaux rebelles. Le texte, qui évoque les peuples en lutte, pointe « celui qui me connaît et détourne les yeux… » Car Jean-François avait traversé la frontière entre l’Iran et l’Afghanistan déguisé en Afghan et s’était fait arrêter par une patrouille russe. L’officier l’a d’abord regardé, puis il a détourné les yeux. Pour Deniau, cela signifiait soit « Je ne t’ai pas vu », soit « Je vais te tuer et je ne peux pas te regarder en face. »

Maxime le Forestier

Le temps pur des chansons et la petite fugue | Festina lente

 

 

annie ernaux l'écriture comme un couteau.jpg

 

Puissance de la présence. C’était dans la maison familiale. Autour du piano. La petite fugue relate une scène d’enfance vécue maintes fois par M. Le Forestier aux côtés de ses deux soeurs. L’émotion de la ritournelle oeuvre au rappel de la mémoire passée. Quelques notes suffisent. La chanson rend compte de la puissance de l’instant face au temps en fuite — opposition que la thématique et l’art musical de la fugue à cet égard rendent plus tangible encore.

On songe aux propos d’Annie Ernaux (dans son livre d’entretiens L’écriture comme un couteau), propos sur la chanson dont l’une des magies dit-elle oeuvre précisément à réhabiliter ce «temps à l’état pur» : «Il y a peu de textes où je n’évoque pas des chansons, parce qu’elles jalonnent toute ma vie et que chacune ramène des images, des sensations, une chaîne proliférante de souvenirs, et le contexte d’une année : La Lambada de l’été 1989, I Will Survive de 1998, Mexico et Voyage à Cuba de 1952. Ce sont des « madeleines » à la fois personnelles et collectives. Les photos, elles, me fascinent, elles sont tellement le temps à l’état pur. Je pourrais rester des heures devant une photo, comme devant une énigme.»

On songe aussi à l’adage latin que l’imprimeur humaniste de Venise Alde l’Ancien — Alde Manuce — avait fait sien : Festina lente. Hâte-toi lentement.

Sylvie-E. Saliceti

 

La petite fugue
Auteur : Catherine Le Forestier
Compositeur : Nachum Heiman
Interprètes : J.J Goldman, M. Mathy, Marc Lavoine  ( Public)