Cette matière-émotion appelée poème 3/5 | La peur

 

 

 

L’émotion n’est pas un état purement intérieur, mais un mouvement de l’âme et du corps qui fait sortir de soi le sujet qui l’éprouve. Elle pousse à écrire, car elle ne peut s’exprimer qu’en s’incarnant dans la chair du monde et des mots : un aphorisme de René Char fait du poème une « matière-émotion ». En traçant un trait d’union fulgurant entre le plus « objectif » et le plus « subjectif », cette formule nous invite à nous affranchir d’une pensée dualiste et à dépasser les clivages qui figent encore trop souvent le débat contemporain sur la poésie, opposant les tenants d’un « nouveau lyrisme » à ceux de l’« objectivisme », du « littéralisme » ou du « matérialisme ». Michel Collot tente ici d’échapper à cette fausse alternative, en montrant comment dans l’alchimie du verbe entrent en fusion et en interaction le moi, le monde et les mots. Il interroge notamment les œuvres de Reverdy, Supervielle, Michaux, Ponge, Senghor, Dupin, Gaspar et Bernard Noël, à la lumière de la poétique, de la thématique, de la psychanalyse et de la génétique. L’étude des manuscrits complète celle des textes : elle permet de surprendre l’inscription de l’émotion dans la matière même de l’encre et du papier, et dans le geste de l’écriture.

Michel Collot, La matière-émotion, 4ème de couverture, PUF/ Écriture, 1997, Format numérique non pag. , 2014.

J’ai peur
Auteur : Allain Leprest
Récitant: Jehan (Jean-Marie Cayrecastel)

 

Jacques Prévert par Jehan


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Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied
Auteur : Jacques Prévert
Interprète : Jehan

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Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied

Un immense brin d’herbe
Une toute petite forêt
Un ciel tout à fait vert
Et des nuages en osier
Une église dans une malle
La malle dans un grenier
Le grenier dans une cave
Sur la tour d’un château
Le château à cheval
A cheval sur un jet d’eau
Le jet d’eau dans un sac
A côté d’une rose
La rose d’un fraisier
Planté dans une armoire
Ouverte sur un champ de blé
Un champ de blé couché
Dans les plis d’un miroir
Sous les ailes d’un tonneau
Le tonneau dans un verre
Dans un verre à Bordeaux
Bordeaux sur une falaise
Où rêve un vieux corbeau
Dans le tiroir d’une chaise
D’une chaise en papier
En beau papier de pierre
Soigneusement taillé
Par un tailleur de verre
Dans un petit gravier
Tout au fond d’une mare
Sous les plumes d’un mouton
Nageant dans un lavoir
A la lueur d’un lampion
Éclairant une mine
Une mine de crayons
Derrière une colline
Gardée par un dindon
Un gros dindon assis
Sur la tête d’un jambon
Un jambon de faïence
Et puis de porcelaine
Qui fait le tour de France
A pied sur une baleine
Au milieu de la lune
Dans un quartier perdu
Perdu dans une carafe
Une carafe d’eau rougie
D’eau rougie à la flamme
A la flamme d’une bougie
Sous la queue d’une horloge
Tendue de velours rouge
Dans la cour d’une école
Au milieu d’un désert
Où de grandes girafes
Et des enfants trouvés
Chantent chantent sans cesse
A tue-tête à cloche-pied
Histoire de s’amuser
Les mots sans queue ni tête
Qui dansent dans leur tête
Sans jamais s’arrêter

Et on recommence
Un immense brin d’herbe
Une toute petite forêt…

etc., etc., etc.

Jacques Prévert

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