Archives de catégorie : Ionatos ( Angélique)

Variations de funambule| Angélique Ionatos chante Caussimon

 

 

 

Angelique_Ionatos-Reste_la_lumiere

Le funambule
Auteur  : Jean-Roger Caussimon
Interprète : Angélique Ionatos

Compositeur : Francis Lai

 

 

Ce 9 12 2019,
Pour Angélique Ionatos

 

 

 

La destinée serait-elle ce pas éphémère ? Bref état de grâce sur un fil d’acier ? 

Que signifie Devenir ? Devenir, le verbe s’apparente-t-il à une chanson nomade ? À l’exil loin de sa maison, sa langue, sa patrie ? Au lieu d’une naissance où il nous faudra retourner ?

Un pas sur le fil du temps. La métaphore du funambule plus avant évoque l’incertitude, l’oscillation. L’équilibre à ce point de subtilité où le funambule-somnambule de Jean-Roger Caussimon — si peu sûr de son pas — ressent le besoin de se retirer, à distance du grand jour.

Il ne réapparaît que le soir venu, quand le public est parti, et que la lune dehors à travers les trous de la vieille toile, allume un ciel empli d’étoiles.

À cet instant seulement, pour lui commence la vraie vie : le funambule soudain devient gracieux, agile. Sur une corde tendue d’étoile à étoile, il montre mille prodiges. Funambule-somnambule, il accomplit ses talents en dormant.

De sorte que sa déambulation est toujours quelque peu onirique et nocturne … , et pour cause : elle s’appelle devenir ! Fluente, non pas itinérante : telle est la musique, nous dit Jankélévitch.

Mais voilà : la chute attend le saltimbanque. Chute morale. Inéluctable.

Or face à ce destin qui sombre, résonne le silence lumineux des amis du cirque forain, dont aucun jamais ne révèle au danseur que chaque nuit, il se lève dans son sommeil.

Que faut-il considérer de cet étrange non-dit ?

Dans ce murmure des âmes est enclose une valeur sacrée, mais laquelle ?

Ce silence s’avère — étymologiquement — bouleversant : le secret ainsi maintenu — à l’endroit de la fragilité de l’homme sur un fil — ce secret ouvre un mystère infiniment métaphysique. On y entend que la nuit est tendre, peut-être, et qu’il s’agit d’ouvrir les yeux des vivants avec douceur … aussi doucement que si nous fermions les yeux d’un mort.

Nuit. Soleil crépusculaire. Puis lumière aurorale. L’ineffable affleure, et qui pour le dire ? La musique, comme la poésie, dit ce qui ne peut être dit, libère la fluidité, conduit le figé vers le mouvement d’une présence pure qui lave les âmes.

Il s’agit bien sûr d’être là, mais au-delà, il s’agit de passer ; et le temps de passer, de mesurer ce qui a changé, puis continue de changer.

Leçon de funambule : la force demeure au devenir  … Oui, les gens du voyage sont des gens très bien.

 

Sylvie-E. Saliceti

 

Odysseus Elytis par Angélique Ionatos | Omorphi ke paraxeni patrida

 

 

ionatos

Omorphi Ke Paraxeni Patrida
Auteur : Odysseus Elytis
Compositeur, interprète, traducteur: Angélique Ionatos

 

Όμορφη και παράξενη πατρίδα
ω σαν αυτή που μου “λαχε δεν είδα
Ρίχνει να πιάσει ψάρια πιάνει φτερωτά
στήνει στην γη καράβι
κήπο στα νερά
κλαίει φιλεί το χώμα ξενιτεύεται
μένει στους πέντε δρόμους αντρειεύεται
Όμορφη και παράξενη πατρίδα
ω σαν αυτή που μου “λαχε δεν είδα
Κάνει να πάρει πέτρα την επαρατά
κάνει να τη σκαλίσει βγάνει θάματα
μπαίνει σ” ένα βαρκάκι πιάνει ωκεανούς
ξεσηκωμούς γυρεύει θέλει τύρρανους
Όμορφη και παράξενη πατρίδα
ω σαν αυτή που μου “λαχε δεν είδα

**

*

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée
Elle jette les filets pour prendre des pois­sons
Et c’est des oiseaux qu’elle attrape
Elle construit des bateaux sur terre
Et des jar­dins sur l’eau
Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée
Elle menace de prendre une pierre
Elle renonce
Elle fait mine de la tailler
Et des miracles naissent
Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée
Avec une petite barque
Elle atteint des océans
Elle cherche la révolte
Et s’offre des tyrans
Belle mais étrange patrie…

Odysseus Elytis, Traduction d’Angélique Ionatos.

La poésie n’est pas ce que l’on imagine | P. & A. Ionatos


 

 

Où l’on parle de vie, de vie comme la pierre unique taillée dans la matière dense de la langue. « C’est la langue que nous parlons, c’est la langue qui nous sculpte », nous dit T. Vinau.

En écho de cette appréhension de la langue comme une architecture intime, voici encore ce chant allégorique, magnifique d’ A. et P. Ionatos, qui hissent la poésie au rang d’initiation : « sauvez-la du renard, vous n’en avez pas d’autre ».

Sylvie-E. Saliceti

Il était poète
E. Lemaire/Angélique Ionatos, 1975
Interprète : Angélique et Photis Ionatos
Album : Il faut que je te dise
 

 

 

 

 

Odysseus Elytis par Katerina Fotinaki | Doukou doukou mihanaki

 

 

 

 

ΝΤΟΥΚΟΥ ΝΤΟΥΚΟΥ ΜΗΧΑΝΑΚΙ

Σκίζει η πλώρη τα νερά
κι αντηχάνε τα βουνά.
Ντούκου ντούκου μηχανάκι,
ντούκου το παλιό μεράκι.

Τρίτη, Πέμπτη και Σαββάτο
μες της θάλασσας τον πάτο.
Ποιος θα ρίξει, ποιος θα πάρει
τ’ ασημένιο το φεγάρι.

Και Δευτέρα και Τετάρτη
ποιος θ’ ανέβει στο κατάρτι
κι άχου την Παρασκευή
ποιος θα κάτσει στο κουπί.

Βρε παπά το θυμιατό σου
γύρισέ το κατα δω
και με το βασιλικό σου
ράντισε μας το νερό.

Να βγουν και να περπατήσουν
σαν κορίτσια οι νερατζιές
κι όλ’ οι άντρες ν’ αγαπήσουν
μια και δυο και τρεις φορές.

Ντούκου ντούκου μηχανάκι

Χάιντε, χάιντε βρε παιδιά,
πάμε στην Άγια Μαρίνα.
Πάμε στην Άγια Μαρίνα
με την όμορφη.
Χάιντε, χάιντε βρε παιδιά,
πάμε στην Άγια Μαρίνα.
Πάμε στην Άγια Μαρίνα
με την όμορφη μπενζίνα.

Odysseus Elytis

 

*

D o u k o u  d o u k o u  m i h a n a k i

L’étrave pourfend les eaux
et les montagnes lui font écho
Doukou-doukou fait le moteur
Doukou lui répond mon coeur
Mardi, jeudi et samedi
au plus profond de la mer, qui
y jettera la lune argentée,
et qui ira la rechercher ?

lundi et mercredi
qui grimpera au mât
Et — pardi — le Vendredi
qui tirera à la rame ?
Bénissez-nous, mon père
et faites que les bigarades
comme des jeunes filles paradent ;
faites que les hommes puissent aimer
une et deux et trois fois !…
En avant, les gars,
allons jusqu’à Sainte Marina
avec notre jolie barque.

Odysseus Elytis, Traduction française d’Angélique Ionatos

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Auteur : Odysseus Elytis
Traduction française : Angélique Ionatos
Composition, voix, guitares : Katerina Fotinaki
Percussions classiques & orientales : Yousef Zayed
Ensemble Edgar Varèse sous la direction de Jean-Louis Forestier

 

 

Odysseus Elytis par Angélique Ionatos | L’espace de l’Égée

 

 

L’espace de l’Égée

Un homme qui se réveille à l’aube devant un petit port mauve et qui aurait voulu n’avoir jamais appris à lire et écrire — quel miracle ! Il descend au petit rocher détacher la barque. Bientôt, l’une des crêtes de la montagne va rougir. D’un moment à l’autre le Kouros apparaîtra, et derrière lui les lignes des autres îles,  la goélette délestée, une chapelle consacrée au prophète Élie. Puis, tout s’éteindra, et il restera le visage brun et pur, aux grands yeux, du pêcheur au panier, ton voisin d’aujourd’hui, mais aussi l’éternel Apôtre, pêcheur des trésors — et des hommes.

Odysseus Elytis, L’espace de l’Égée, Images d’Etel Adnan, Traduit du grec par Malamati Soufarapis, L’échoppe, 2015, p.25.

*

Je considère la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde que ne peut admettre ma conscience, de telle manière qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie de mes rêves. Je me réfère à une sorte de magie moderne dont la mécanique nous conduit à la découverte de notre vérité profonde.

Odysseus Elytis, Athènes, 27 mars 1972.

O Erotas
Compositeur, interprète : Angélique Ionatos

Érotas

I

Éros
l’archipel
et la proue de l’écume
et les mouettes de leurs rêves
Hissé sur le plus haut mat
le marin fait flotter un chant
Éros
son chant
et les horizons de ses voyages
et l’écho de sa nostalgie
sur le rocher le plus mouillé la fiancée
attend un bateau
Éros
son bateau
Et la douce nonchalance de son vent d’été
et le grand foc de son espoir
sur la plus légère ondulation une île se berce
le retour.

II

Les eaux joueuses
les traversées ombreuses
disent l’aube avec ses baisers
qui commence
horizon –
Et la sauvage colombe
fait vibrer un son dans sa caverne
bleu éveil dans le puits
du jour
soleil –
Le noroît offre la voile
à la mer
caresses de chevelure
pour ses rêves insouciants
rosée –
Vague dans la lumière
à nouveau donne renaissance aux yeux
Là où la vie cingle vers le large
Vie
vu du lointain –

III

La Mer fait glisser ses baisers sur le sable caressé – Éros
la mouette offre à l’horizon
sa liberté bleue
Viennent les vagues écumantes
questionnant sans trêve l’oreille des coquillages
Qui a pris la jeune fille blonde et bronzée ?
la brise de la mer avec son souffle transparent
fait pencher la voile du rêve
Tout au loin
Éros murmure sa promesse – Mer qui glisse.

Odysseus Elytis, De la mer Egée. Traduction de Gil Pressnitzer sur son site Esprits Nomades, auquel il est renvoyé pour un dossier complet sur le poète.

 

 

Mes soeurs sorcières Angélique Ionatos | O αδελφέç µου µάγισσεç

Pour Anna

Mes sœurs sorcières

Ô mes sœurs sorcières, mes vieilles compagnes
Les enfants et les hommes ont déserté vos maisons.
Vos charmes se sont évanouis, vos cheveux ont blanchi,
Les jasmins se sont fanés et votre feu s’est éteint.

Ô mes sœurs sorcières, avec cette ride profonde entre vos sourcils
comme un sillon accablé, le sillon de la douleur.
Ô mes sœurs sorcières, mes pauvres servantes orphelines à présent
vous comptez les chagrins,les heures et les jours.

Ô mes sœurs sorcières, mes fées oubliées
Prenez des filaments de lune dorés et argentés
Brodez des étoiles brillantes, des gouttes de rosée
Des rêves et des espoirs sur nos ailes froissées.

 

*

 

 

0 αδελφέ< µου µάγισσε<
Ώ αδελφέ< µου µάγισσε< , παλιέ< µου φιλενάδε< Αδειάσανε τά σπίτια σα< από παιδιά κι από άντρε<
Λυθήκανε τά µάγια σα< κι ασπρίσαν τά µαλλιά σα< Μαράθηκαν τά γιασεµιά κι έσβησε η φωτιά σα<.
Ώ αδελφέ< µου µάγισσε< µέ τή βαθιά ρυτίδα
ανάµεσα στά φρείδια σα< τού πόνου η σφραγίδα.
Ώ αδελφέ< µου µάγισσε< φτωχέ< µου παρακόρε< τώρα µετράτε τού< καηµού< , τί< µέρε< καί τί< ώρε<.
Ώ αδελφέ< µου µάγισσε< , νεράïδε< ξεχασµένε< πάρτε κλωστέ< τού φεγγαριού χρυσέ< , µαλαµατένιε<
Κ < δροσοσταλίδε<
ωµένα µα< φτερά , ονείρατα κι ελπίδε<.

Angélique Ionatos,  Si l’arbre brûle, reste la lumière, Livret 2015.

 

Angelique_Ionatos-Reste_la_lumiere

Mes soeurs sorcières
Auteur, compositeur, interprète : Angélique Ionatos

 

Angélique Ionatos | Et si l’arbre brûle, reste la lumière Αισιοδοξια (Κι αν το δεντρο καιγεται)


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OPTIMISME

Et si l’arbre brûle, reste la lumière – Αισιοδοξια, Κι αν το δεντρο καιγεται

Et si l’arbre brûle reste la cendre et la lumière
dans le désert les cactus prennent racine.
Si les sources se sont taries il pleuvra à nouveau
le jeune fils reviendra
à la maison abandonnée.
Sous la neige épaisse les graines veillent
à la frontière de la cour le vent mauvais s’épuise.
Et si nous sommes restés nus et entourés de loups
notre décision de nous battre reste intacte.

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Αισιοδοξια (Κι αν το δεντρο καιγεται)
Κι άν τό δέντρο καίγεται µένει τό φώc κι η στάκτη στήν απότιστη ερηµιά ριζοβολάν οι κάκτοι.
Οι πηγέc άν στέρεψαν πάλι θέλει βρέξει στ΄ορφανεµένο σπιτικό νιόc θά ξεπεζέψει.
Κι άν χιονιάc επλάκωσε είναι θαµµένοι οι σπόροι στήc αυλήc τό σύνορο σπάει τό ξεροβόρι.
Κι άν γυµνοί αποµείναµε , λύκοι µάc έχουν ζώσει γιά τό καινούργιο πάλεµα η απόφασή µαc πόση !
Κι άν τό δέντρο καίγεται……

Dimitris Mortoyas, Traduction du grec Angélica Ionatos, Livret « Reste la lumière -ΜΕΝΕΙ ΤΟ ΦOΣ », 2015.

 

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Angelique_Ionatos-Reste_la_lumiere

Optimisme ( Si l’arbre brûle)
Auteur: Dimitris Mortoyas
Compositeur, interprète : Angélique Ionatos

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