Odysseus Elytis par Angélique Ionatos | Comme un jardin la nuit

 

 

 

Opus remarquable d’Angélique Ionatos accompagnée par Katerina Fotinaki. La chanteuse grecque accomplit là un travail complet d’adaptation musicale  du texte poétique,  viatique en vérité de ce que la cantologie poétique — matière délicate, savante et ignorée par la critique — exigerait méthodiquement, c’est-à-dire un savoir-faire à chaque étape du changement de forme : traduction, composition, interprétation. L’on remarque au passage la vie du texte, ses évolutions naturelles au gré de la voix et de la mélodie : j’ai quelque chose à dire de transparent, j’ai quelque chose à dire d’inconcevable, comme le chant d’un oiseau en plein chant de bataille

Plongez au cœur de l’expérience toujours mouvante de la poésie dite, chantée, traduite. Et comparez la traduction avec celle — écrite — du livre couronnant le disque, livre titré Le soleil sait, une anthologie vagabonde d’Odysseus Elytis parue dans la belle collection D’une voix l’autre dirigée par J.-B. Para aux Éditions Cheyne.

En vérité, voici l’oeuvre — exemplaire — d’Angélique Ionatos : oeuvre sur l’oeuvre dont la portée, du point de vue de l’artisanat et de la pertinence critique, fait figure de modèle — aux côtés d’Elena Frolova en Russie, puis en France de Babx, Les Têtes Raides, Arthur H. et quelques autres : tous font la matière au sens le plus littéral du poiein grec. Ils ont jeté les fondations d’un art, les ont esquissées si bien que voilà ce groupe de cantopoètes devenu sans crier gare référence pure et simple du domaine si spécifique —  donc appelant un besoin de théorisation pour l’heure absent — du poème chanté.

Et l’on n’a plus de doute  : le chant  garde la poésie vivante — le soleil sait.

Sylvie-E. Saliceti

 

 

odysseus elytis le soleil sait

 

 

J’ai quelque chose à dire de limpide et d’inconcevable
Comme un chant d’ oiseau en temps de guerre

 

*

Je prends le printemps avec précaution et je l’ouvre :

Me frappe une chaleur arachnéenne
un bleu qui embaume l’haleine du papillon
toutes les constellations de la marguerite mais aussi
beaucoup de reptiles ou volatiles
petites bêtes, serpents, lézards, chenilles et autres
monstres bigarrés aux antennes en fil de fer
écailles lamées or rouge et paillettes

On dirait que tout ce monde est prêt à se rendre au bal masqué d’Hadès.

Journal d’un avril invisible, 1984.

 

Odysseas Elytis, Le soleil sait, Traduit par Angélique Ionatos, Postface de Ioulita Iliopoulou, Édition bilingue, Collection D’une voix l’autre, Cheyne, 2015, pp. 60/61 et 98/99.

 

Ouverture ( Comme un jardin la nuit)
Auteur : Odysseus Elytis
Angélique Ionatos & Katerina Fotinaki : Voix, guitares, arrangements

 

Odysseus Elytis par Katerina Fotinaki | Doukou doukou mihanaki

 

 

 

 

ΝΤΟΥΚΟΥ ΝΤΟΥΚΟΥ ΜΗΧΑΝΑΚΙ

Σκίζει η πλώρη τα νερά
κι αντηχάνε τα βουνά.
Ντούκου ντούκου μηχανάκι,
ντούκου το παλιό μεράκι.

Τρίτη, Πέμπτη και Σαββάτο
μες της θάλασσας τον πάτο.
Ποιος θα ρίξει, ποιος θα πάρει
τ’ ασημένιο το φεγάρι.

Και Δευτέρα και Τετάρτη
ποιος θ’ ανέβει στο κατάρτι
κι άχου την Παρασκευή
ποιος θα κάτσει στο κουπί.

Βρε παπά το θυμιατό σου
γύρισέ το κατα δω
και με το βασιλικό σου
ράντισε μας το νερό.

Να βγουν και να περπατήσουν
σαν κορίτσια οι νερατζιές
κι όλ’ οι άντρες ν’ αγαπήσουν
μια και δυο και τρεις φορές.

Ντούκου ντούκου μηχανάκι

Χάιντε, χάιντε βρε παιδιά,
πάμε στην Άγια Μαρίνα.
Πάμε στην Άγια Μαρίνα
με την όμορφη.
Χάιντε, χάιντε βρε παιδιά,
πάμε στην Άγια Μαρίνα.
Πάμε στην Άγια Μαρίνα
με την όμορφη μπενζίνα.

Odysseus Elytis

 

*

D o u k o u  d o u k o u  m i h a n a k i

L’étrave pourfend les eaux
et les montagnes lui font écho
Doukou-doukou fait le moteur
Doukou lui répond mon coeur
Mardi, jeudi et samedi
au plus profond de la mer, qui
y jettera la lune argentée,
et qui ira la rechercher ?

lundi et mercredi
qui grimpera au mât
Et — pardi — le Vendredi
qui tirera à la rame ?
Bénissez-nous, mon père
et faites que les bigarades
comme des jeunes filles paradent ;
faites que les hommes puissent aimer
une et deux et trois fois !…
En avant, les gars,
allons jusqu’à Sainte Marina
avec notre jolie barque.

Odysseus Elytis, Traduction française d’Angélique Ionatos

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Auteur : Odysseus Elytis
Traduction française : Angélique Ionatos
Composition, voix, guitares : Katerina Fotinaki
Percussions classiques & orientales : Yousef Zayed
Ensemble Edgar Varèse sous la direction de Jean-Louis Forestier