Archives de catégorie : Burger ( Rodolphe )

Michel Deguy par Rodolphe Burger | Rien ni personne


 

 

TU NE TUERAS POINT

en mémoire de Léo Ferré le 14 juillet 2003

Tu ne tueras point
Ni tes camarades de classe, ni tes profs
Ni les voisins tu ne tueras point ni
À Srebrenica ni à Tel-Aviv ni à Jenine
Ni parce que Dieu t’attend en buvant sous la treille
Ni pour ta patrie ni pour tes idées
Tu ne tueras point
— « point » veut dire
Tu ne tueras pas du tout
Tu ne tueras pas le préfet Érignac
Sous aucun prétexte pas même celui de la gloire oubliée
de Paoli
Ni parce que Dieu t’a donné le lopin
Au lendemain de la Genèse
Ni parce que Mahomet et son âne
Ont quitté la terrasse sous les ailes de l’ange
Tu ne tueras pas pour le tiroir-caisse de la boulangère
Ni pour le chant de ton accélération à 3 grammes 5 d’alcool
Ni pour la plage des souteneurs retirés sous les tropiques
Tu ne tueras ni pour jouir
Ni pour te venger
Ni parce que «tu le vaux bien»
Comme te le serine L’Oréal

Avec tes 300 000 ans tu n’as plus l’âge
De faire le malin
Ni parce que les odeurs du voisin traversent le palier
Ou que le dieu d’en face a une trompe ;
Tu ne tueras pas
Non parce que ce fut écrit sur la pierre
Mais parce que tu te le dis à toi-même
Soudain en plein cœur
Et qu’on te le dit : c’est mieux de ne pas tuer,
Crois-nous
(…)
Michel Deguy, Comme si comme ça, , Poèmes 1980/-2007, Poésie/Gallimard, 2012.

 

 

Rien ni personne
Auteurs : Michel Deguy / Rodolphe Burger
Compositeur : Christophe Calpini
Interprète: Rodolphe Burger

 

 

 

 

Pierre Alferi par Rodolphe Burger | Happy hour


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Le livret accompagnant le disque sorti ce 24 février 2017 s’exclame : «Samuel Becket, E.E. Cummings, Pierre Alferi, Olivier Cadiot, Avital Ronell, T.S. Eliott, Georg Buchner et Goethe. Que voilà un impressionnant et éclectique casting de paroliers ! Lui-même homme de lettres mais surtout musicien nourri de littérature, de poésie et de philosophie, Rodolphe Burger a construit ce Good autour d’emprunts à tous ces illustres auteurs, d’horizons et d’époques différentes. Du carburant pour son rock’n’roll lettré et mâtiné de folk qui doit tant au Velvet Underground qu’aux vieux bluesmen du Delta. L’ancien leader de Kat Onoma a coréalisé ce disque avec Christophe Calpini, rencontré par Bashung. Burger a tricoté Fantaisie Militaire et Calpini, avec son duo Mobile in Motion, a étoffé L’Imprudence… Le monde selon Good est une bibliothèque qui flambe, sur laquelle volent des mémoires dispersées. Des voix surgissent de très loin : celle de Sarah Murcia, celle de Patrick Mario Bernard qui chantonne. Des batteries digitales, des insectes électroniques qui énervent de très vieilles guitares. A l’arrivée, on ne sait pas si on a rêvé ou si tout était bien réel. Qu’importe, Rodolphe Burger signe ici son disque le plus touchant, le plus profond, bref le plus beau  ».

Ce disque signe un tournant. Un évènement, tant la poésie la plus contemporaine était quasiment désertée par la chanson. D’autres initiatives récentes me font penser que ce renouveau dont j’avais l’intuition — concernant les relations de la chanson et de la poésie en France — se confirme.

Sylvie-E. Saliceti

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Happy hour
Auteur : Pierre Alferi

Compositeur : Christophe Calpini
Interprète : Rodolphe Burger

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Olivier Cadiot par Rodolphe Burger | Un nid pour quoi faire


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Je vois des formes, dit-elle, ce ne sont pas des paroles, mais des choses avant la musique, des dessins, des plans d’idées, où une flèche suffit à dire très vite le temps…
(…)

La forêt s’épaissit à vue d’oeil, c’est paradoxal, en altitude, l’air se raréfiant, les arbres doivent moins pousser, on s’attend à des clairières en haut, pas du tout, ça se resserre, faut passer le col, on se rétrécit, pour se glisser, on passe dans le noir.

Il y a un moment tout noir.

Il y a des endroits comme ça où on se demande bien pourquoi tout semble suspendu, on entre dans une partie sombre, pas d’air, troncs serrés, spirales d’oiseaux noirs par la lucarne très haut, fragment de ciel blanc.

C’est là que je suis tombé sur le nid

On a entrelacé des branches pour installer un nid, assez grand pour y loger un homme, des branches de noisetier flexibles ou de châtaignier, un nid en haut d’un très grand arbre.

Un nid ?

Même technique que pour fabriquer les petites palissades qui séparaient les légumes ou les fleurs au Moyen-Age.

Qui a bien pu avoir une idée pareille ?

Au beau milieu d’une forêt, on tombe dessus par hasard, pas d’accès prévu, c’est curieux, aucun balisage, aucune trace rouge sur les troncs pour répéter Suivez le guide, rien, aucun signe.

C’est bizarre.

Igloo vert pour dormeur égaré ? refuge pour martien écologiste ? capsule Tarzan ? classe verte pour Laïka, la chienne envoyée au ciel ? singe en orbite ?

On reste là bouche bée.

Comme une corbeille, suspendue face au ciel, on doit être bien dedans, oh, les plumes poussent à vue d’oeil, un berceau sur échasses, un oeuf énorme se fendille, un bébé à plumes ? un frère de lait ?

On volera ensemble.

Olivier Cadiot, Un nid pour quoi faire, P.O.L, 2007.

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Un nid ?
Auteur : Olivier Cadiot
Compositeur, interprète : Rodolphe Burger
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