Archives de catégorie : Branduardi Angelo

Roda-Gil par Branduardi | Les taupes

 

 

 

Il y a celles d’Edmond Dune, celles de La Fontaine, celles d’Eric Chevillard. Les Taupes de Günther Eich surtout, Maulwürfe, poèmes en prose, brefs, jouant de paradoxes, qui interrogent le langage: « Je suis écrivain. Cela n’est pas qu’un métier, mais la décision de voir le monde comme langage. Me paraît un véritable langage celui dans lequel le mot et la chose coïncident », dit-il en préambule à ses premières Taupes, en 1968.

On trouve encore la taupe de Guillevic dont le poème « s’invente lui-même, à l’image des rochers, des fleurs, de l’épervier, de la taupe, du poulpe » ( Guillevic, Ce Sauvage, poème, coll. Po&Psy, éditions Erès, 2010, p 16.)

 

Pour finir, il y a cette petite taupe de la foire de l’Est. Angelo Branduardi signe la composition musicale et l’interprétation.  Quant au texte de Roda-Gil, il obéit à la structure dite en randonnée, dans laquelle la chanson procède, ici par accumulation, mais ce peut être également par énumération, remplacement, élimination, de sorte qu’entre les situations initiale et finale s’intercalent rencontres, mots et phrases emboîtés. Par-delà son aspect ludique et léger, À la foire de l’Est symbolise un répertoire  de belle facture, servi par un auteur, compositeur, interprète que l’on regrette de ne plus entendre en France depuis de trop longues années ( il a continué ses tournées à l’étranger, notamment en Allemagne).

Initié à la poésie par la lecture de Sergueï Essenine, il a su préserver sa singularité, empruntant diversement des éléments de style aux trouvères, à la musique ancienne, aux chants archaïques et à la tradition chamanique.

Aux dernières nouvelles, il a décidé de venir rencontrer à nouveau le public français, lui confessant avec élégance : « Je me demandais si vous pouviez m’aimer dans la mesure où je ne vous manquais pas. »

Rappelons le talent protéiforme d’Étienne Roda-Gil : auteur (La Porte marine, Ibertao, Mala Pata), scénariste ( adaptation de L’Idiot de Dostoïevski, pour le cinéaste Andrzej Zulawski, dans un film rebaptisé L’Amour braque en 1985), et bien sûr parolier.

Marqué par la dictature espagnole, Roda-Gil affichait pour seule conduite une inaliénable liberté : « Ni Dieu ni maître, à l’exception du poète andalou Machado.».

En 1989, il est honoré du Grand prix de la chanson de la SACEM.

Sylvie-E. Saliceti

 

À la foire de l’Est
Auteur : Étienne Roda-Gil
Compositeur, interprète : Angelo Branduardi

 

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée

Soudain la chatte mange la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée
Soudain la chatte mange la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
Soudain la chienne
Mord la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
Soudain la trique
Frappe la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
Soudain la flamme
Brûle la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
Soudain l’averse
Ruine la flamme
Qui brûlait la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
Soudain la bête
Vient boire l’averse
Qui ruinait la flamme
Qui brûlait la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
Et l’égorgeur frappe
Et tue la bête
Qui buvait l’averse
Qui ruinait la flamme
Qui brûlait la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

C’est l’ange de la mort
Qui saigne l’égorgeur
Qui tuait la bête
Qui buvait l’averse
Qui ruinait la flamme
Qui brûlait la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’Est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée
C’est enfin le Seigneur
Qui emporte l’ange
Qui saignait l’égorgeur
Qui tuait la bête
Qui buvait l’averse
Qui ruinait la flamme
Qui brûlait la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

C’est enfin le Seigneur
Qui emporte l’ange
Qui saignait l’égorgeur
Qui tuait la bête
Qui buvait l’averse
Qui ruinait la flamme
Qui brûlait la trique
Qui frappait la chienne
Qui mordait la chatte
Qui mangeait la taupe
Qu’à la foire mon père m’avait achetée

À la foire de l’est pour deux pommes
Une petite taupe mon père m’avait achetée

Étienne Roda-Gil

 

W.B. Yeats par Branduardi | The fiddler of Dooney

 

 

 

The Fiddler of Dooney

WHEN I play on my fiddle in Dooney,
Folk dance like a wave of the sea ;
My cousin is priest in Kilvarnet,
My brother in Moharabuiee.

I passed my brother and cousin :
They read in their books of prayer ;
I read in my book of songs
I bought at the Sligo fair.

When we come at the end of time,
To Peter sitting in state,
He will smile on the three old spirits,
But call me first through the gate ;

For the good are always the merry,
Save by an evil chance,
And the merry love the fiddle
And the merry love to dance :

And when the folk there spy me,
They will all come up to me,
With Here is the fiddler of Dooney !
And dance like a wave of the sea.

William Butler Yeats, The Collected Poems of W.B. Yeats, The Wind Among the Reeds, Introduction by Cedric Watts, Wordsworth Poetry Library, 2000, p.60.

Auteur :William Butler Yeats
Traducteur, compositeur, interprète : Angelo Branduardi

 

 

Variations sur l’ombre | Anne-Lise Blanchard et Angelo Branduardi

 

 

L’ombre
Auteurs : Luisa Zappa Branduardi / Pierre Grosz
Interprète : Angelo Branduardi

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Adossée au grand mur
dans la lumière
de la vigne vierge
avec réflexion
la jeune fille
écoutait l’ombre
d’Érasme
inventer l’Éloge de la folie

Anne-Lise Blanchard, Le jour se tait, Jacques André Éditeur, 2008

 

ariat

Angelo Branduardi | Le cerisier

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J´étais vieux et sans forces, je l´ai prise avec moi
Et tous les jardiniers comprendront avec moi
Qu´on ne renonce pas quand l´hiver est déjà là

Elle était la plus belle de la terre et des bois
Et entre les cerises, mon cœur battait cent fois
À la dernière des fleurs on ne résiste pas

Mon cerisier fidèle se couvrit de rameaux
Un jour, ma toute belle me réclama ses fruits
« Il me faut quelques cerises car l´enfant viendra bientôt »

Je la voyais sourire, plus belle que jamais
Et je sentais dans mon être que la rage montait
« Demande donc des cerises au père de ton bébé »

Silencieuse et souriante, elle me tourna le dos
Puis marcha vers les arbres comme on se jette à l´eau
C´était ma dernière fleur et l´hiver venait déjà

{x2:}
C´est sa branche maîtresse que l´arbre agenouilla
Ainsi le père avec tendresse, la mère contenta
Ainsi le père avec tendresse, la mère contenta

J´étais vieux et sans forces, pour la prendre avec moi
Et tous les jardiniers comprendront avec moi
Qu´à la dernière fleur on ne renonce pas

 

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Le cerisier
Auteur, interprète : Angelo Branduardi

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