Archives de catégorie : Aznavour Charles

Des mots | Aznavour


 

 

 

 

Des mots
Auteur, compositeur, interprète : Charles Aznavour

 

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Cette philosophie de l’expression [ celle de Brice Parain ] s’achève en effet sur une théorie du silence. (…) la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde.

Albert Camus, Oeuvres complètes, Sous la direction de Jacqueline Lévi-Valensi, Gallimard/La Pléiade, Tome I, 2009, p.908.

 

 

Vélimir Khlebnikov | Le verbe vit d’une double vie ( sur la poésie chantée )

 

 

Le verbe vit d’une double vie.

Tantôt il croît simplement comme une plante, il engendre une druse de pierres sonores, voisines, et, à ce moment, le principe du son vit d’une vie indépendante, tandis que la part de la raison, appelée verbe, se tient dans l’ombre, tantôt le verbe entre au service de la raison, le son cesse d’être « tout-puissant » et « souverain » : le son devient un « nom » et accomplit docilement les ordres de la raison, alors cette dernière, dans un jeu éternel, fleurit en une druse de pierres qui lui sont semblables.

Tantôt la raison dit : « J’obéis au son », tantôt le son pur dit la même chose à la raison pure.
Cette lutte de deux univers, ce combat entre deux pouvoirs qui se déroule constamment dans le verbe, donne la double vie de la langue : deux orbites de planètes.

Dans un genre de création, la raison tourne autour du son en décrivant des itinéraires circulaires ; dans l’autre, c’est le son qui tourne autour de la raison.
Parfois, le soleil, c’est le son et la terre, la notion ; parfois, le soleil, c’est la notion, et la terre, le son.

C’est, ou bien le pays de la raison rayonnante, ou bien le pays du son rayonnant.
Et voici que l’arbre des mots se revêt tantôt de ce bruissement, tantôt d’un autre ; tantôt, avec la somptuosité d’un cerisier, il se pare des vêtements d’une efflorescence verbale, tantôt il apporte les fruits des plantureux légumes de la raison. Il n’est pas difficile de remarquer que le temps du chant verbal est le temps nuptial de la langue, le mois des fiançailles des mots tandis que le temps des mots gonflés de raison, quand vont et viennent les abeilles du lecteur, est le temps de l’abondance automnale, le temps de la famille et des enfants.

(…)

Vélimir Khlebnikov, Nouvelles du Je et du Monde, traduit du russe par Jean-Claude Lanne, Paris, Imprimerie Nationale, 1994.

 

Pour essayer de faire une chanson
Auteur, compositeur, interprète : Charles Aznavour

 

 

 

 

La mer à boire | Mélanie Dahan chante Bernard Dimey

 

 

 

Ce constat banal pour commencer : notre chair est baignée d’eau. Partant, pourquoi la pensée, la parole, ne naîtraient–elles pas, de ce fond d’eau, de cette histoire liquide ? L’écrivain riverain, penché sur l’écoulement de ce flux qui le traverse sait que « le dieu du bien écrire est un dieu liquide, l’eau parlante laissée venir, laissée passer, laissée courir. » Et du coup, il voudrait « que les mots [le] traversent et [le] lavent, facilement, qu’ils [lui] viennent d’amont et qu’ils descendent le cours du temps sans heurt ni retenue, soi fluide pour laisser dire, lège, impondérable, livrant passage et souriant à la coulée, oublié par la parole allée seule.

Ludovic Janvier, Des Rivières plein la voix (Promenade), L’arbalète/Gallimard, 2004.

 

mel II

La mer à boire
Auteur: Bernard Dimey
Compositeur: Charles Aznavour
Interprète : Mélanie Dahan