Archives de catégorie : CHANSON D’AUTEUR

Ma maison | Barbara


 

 

barbara-l_integrale_des_albums_studio

Ma maison
Auteur, compositeur, interprète : Barbara

**
*

Ma maison

Je m’invente un pays où vivent des soleils
Qui incendient les mers et consument les nuits,
Les grands soleils de plomb, de bronze ou de vermeil,
Les grandes fleurs soleils, les grands soleils soucis,
Ce pays est un rêve où rêvent mes saisons
Et dans ce pays-là, moi je fais ma maison.

Ma maison est un bois, mais c’est presque un jardin
Qui danse au crépuscule, autour d’un feu qui chante,
Où les fleurs se mirent dans un lac sans tain
Et leurs images embaument aux brises frissonnantes.
Aussi folle que l’aube, aussi belle que l’ambre,
Dans cette maison-là, j’ai installé ma chambre.

Ma chambre est une église et je suis, à la fois
Si je hante un instant, ce monument étrange
Et le prêtre et le Dieu, et le doute et la foi
Et l’amour et la femme, et le démon et l’ange.
Au ciel de mon église, brûle un soleil de nuit.
Dans cette chambre-là, j’y ai couché mon lit.

Mon lit est une arène où l’on mène un combat
Sans merci, sans repos, je repars, tu reviens,
Une arène où l’on meurt aussi souvent que ça
Mais où l’on vit, pourtant, sans penser à demain,
Où les grandes fatigues chantent quand je m’endors.
Je sais que, dans ce lit, j’ai ma vie, j’ai ma mort.

Je m’invente un pays où vivent des soleils
Qui incendient les mers et consument les nuits,
Les grands soleils de plomb, de bronze ou de vermeil,
Les grandes fleurs soleils, les grands soleils soucis.
Ce pays est un rêve où rêvent mes saisons
Mais moi dans ce pays, j’y ai fait ta maison.

 

 

 

 

Un homme sans manteau | Jean-Pierre Siméon


 

 

 

Ce fut ici ou là
réellement cela eut lieu

dans l’amas des rues et
le désordre du silence

un homme sans
manteau ni paroles

étranger à la nuit ou
à sa propre nuit je ne sais plus
en tout cas à quelque chose de pierre
et qui dormait

devant l’oeil blanc d’une impasse
qui le cherchait
il s’arrêta
creusa l’énigme d’un chant pareil
aux boucles des lilas

partout autour de lui les étoiles brûlaient

Jean-Pierre Siméon, Un homme sans manteau, Mailles d’encre de Martine Mellinette, Cheyne éditeur, 2006, p.19.

 

 

 

siméon un homme sans manteau

Mon ami
Auteur, compositeur, interprète : Amélie-les-crayons
4 F Télérama

 

 

 

 

 

 

Claire Elzière chante Leprest | Marabout tabou (Bout-à-bout)

 

 

 

 

 

 

 


claire_elziere-claire_elziere_chante_allain_lepres

Allain Leprest (Album d’inédits posthumes)
Musique : Dominique Cravic

*

« Mets des mots inutiles ou chauds comme l’ardoise, mets-les contre les tuiles, fais des mots qui se croisent » : quand écrire prend des allures de collages, de ces «marqueteries mal jointes» qu’évoque Montaigne, miscellanées modernes et autres poétiques du fragment qui assemblent les bois à visée de charpente ― arbalétriers, entraits et poinçons ― couverte de voliges .

Ce sont là des variétés — toutes ces brindilles et silves de Servius, entendre des Variétés valéryennes avant l’heure, « la silua, est d’abord une forêt composée d’essences diverses qui, par opposition au nemus, bois sacré et bien ordonné, connote le désordre et surtout la variété. »

Son père était charpentier, Allain Leprest confiait avoir appris à écrire exactement ainsi : en regardant l’homme de la maison relier les bouts de quelque chose ; fasciné, il observait le maître d’oeuvre assembler des heures durant les pannes, les chevrons, les fermes. L’enfant comme une abeille tournait autour de lui, flânait dans l’atelier, respirait les odeurs de bois tendre, de bois dur, caressait le châtaignier l’orme le sapin blanc qui fait le papier.

Autre élément autobiographique authentique dans la chanson titrée « Marabout tabou ( bout-à-bout) » : « je fus avant mon âge / je fus lointainement / sur mon échafaudage un peintre en bâtiment / on y apprend l’essentiel et de curieux mélanges / de bitume et de ciel / de nuages et de fange. » Pêle-mêle, les simples  aveux de soi se suivent, ils s’enchaînent à une autre idée apparue, vite advenue comme pour rompre l’apparente légèreté et rappeler notre part infime autant qu’universelle au milieu du monde : il faudrait bien qu’écrire soit le métier de tous, un jour comme mourir ; la mort serait plus douce.

Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

 

 

 

 

Poésie scientifique | Boris Vian & Alphonse Allais


 

 

 

 

 

La java des bombes atomiques
Auteur : Boris Vian
Compositeur : Alain Goraguer
Interprète : Serge Reggiani

**

*

Il est temps de mettre un terme à la fumisterie absurde qui consiste à faire faire des cours dans les facultés par des messieurs de noir habillés et très ennuyeux. Le journal Le Chat Noir s’est adjoint quelques professeurs distingués qui donneront à cette place une série de leçons attrayantes.

Nous commencerons aujourd’hui un cours de  chimie sur l’air connu de : À la façon de Barbari.

(…)

La nature des corps, leur densité, leur équivalent, leur mode de fabrication, tout ce que l’on doit savoir d’eux en un mot, tout tient dans de plaisants petits couplets faciles à retenir et se chantant sur l’air bien connu de la Faridondaine, la Faridondon.
Commençons, si vous le voulez bien, par l’oxygène :

L’oxygène a pour densité
(On peut en faire l’étude)
1,1056 calculé
Avec exactitude.
Il anime la combustion
La faribondaine, la faridondon
C’est lui qui entretient la vie
Biribi
À la façon de Barbari
Mon ami.

 

Voilà pour la nature de l’oxygène.
Tenez-vous à savoir comment on l’obtient, et avec quelles précautions ? Oh ! mon Dieu, ce n’est pas très compliqué :

On le prépare en calcinant
Le potassique chlorate
Mais il faut chauffer doucement
De peur que ça n’éclate, etc.

Alphone Allais, Poésie scientifique & Chronique scientifique, in Par les bois du Djinn, Poésies complètes, Édition de François Caradec, Poésie/Gallimard, 2005, pp.65/66.

 

 

 

___________________________________________________________

Juliette et Norge |Conseils et modes d’emploi en tous genres

**

*

Pour A. T-K. !

Mode d’emploi
Auteur, compositeur, interprète : Juliette


*

Conseils

Ne jetez pas les membres dans la Seine, ça fait des complications. Ne coupez pas le cadavre en morceaux, ça fait des complications. Ne tirez pas, n’empoisonnez pas, ne poignardez pas, ça fait des complications. Persuadez la victime par la douceur, la patience, le dévouement, le sacrifice, l’amour. Elle tombera d’elle-même comme une poire mûre.

Norge, Poésies 1923-1988, Préface et choix de Lorand Gaspar, NRF, Poésie/Gallimard, 2007, p 171

**

*

Léo Ferré & Caussimon par Ousanousava | Ne chantez pas la mort


**

*

 

NE CHANTEZ PAS LA MORT



 

Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit
Les gens du « show-business » vous prédiront le « bide »
C’est un sujet tabou… pour poète maudit
La Mort!
La Mort!
Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles
Il semble que la Mort est la soeur de l’amour
La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours
La Mort
La Mort…

La mienne n’aura pas, comme dans le Larousse
Un squelette, un linceul, dans la main une faux
Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse
En voile de mariée, elle aura ce qu’il faut
La Mort
La Mort…
De grands yeux d’océan, une voix d’ingénue
Un sourire d’enfant sur des lèvres carmin
Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue
Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin
La Mort
La Mort…

« Requiem » de Mozart et non « Danse Macabre »
(Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns!)
La Mort c’est la beauté, c’est l’éclair vif du sabre
C’est le doux penthotal de l’esprit et des sens
La Mort
La Mort…
Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause
La Mort est délivrance, elle sait que le Temps
Quotidiennement nous vole quelque chose
La poignée de cheveux et l’ivoire des dents
La Mort
La Mort…

Elle est Euthanasie, la suprême infirmière
Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu
Près du soldat blessé dans la boue des rizières
Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu
La Mort
La Mort…
Le Temps, c’est le tic-tac monstrueux de la montre
La Mort, c’est l’infini dans son éternité
Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre?
Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter
La Mort
La Mort…

La Mort?…

 

**

*

jean-roger-caussimon-et-leo-ferre

Compositeur : Léo Ferré
Auteur : Jean-Roger Caussimon
Interprète : Ousanousava

* *
*

Ousanousava, en créole réunionnais, signifie « Où allons-nous ? » Ensemble créé par les trois frères Joron, à Saint-Pierre en 1984. Ne demeurent aujourd’hui au sein du groupe que deux d’entre eux, chacun auteur-compositeur : Bernard Joron ( Chant, Guitare, Trompette), et François Joron ( Chant, Kayamb ).

Ce titre appartient à un album de reprises sorti en 2012 « Ces artistes qui nous lient : de Brassens à Nougaro », et comportant notamment les titres suivant:

Ne chantez pas la mort (Léo Ferré)
Les p’tits bruns et les grands blonds (Claude Nougaro)
Jeanne (Georges Brassens)
Le déserteur (Boris Vian)
Toi là-haut (C. Nougaro)
Je m’suis fait tout p’tit (G. Brassens)
Les Feuilles mortes (Jacques Prévert & Joseph Kosma)
Les vieux (Jacques Brel)
Armstrong (C. Nougaro)
La Rose, la bouteille et la poignée de main (G. Brassens)
Verte campagne (les Compagnons de la Chanson)
Berceuse pour un petit loupiot (Jean Ferrat)
Le Temps qui reste (Serge Reggiani)
Jardin d’hiver (Henri Salvador)
Bidonville (C. Nougaro)
Tu verras (C. Nougaro)

S.-E.S.

Rainer Maria Rilke par Colette Magny | Heure grave

**

*

Heure grave

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde,
Sans raison pleure dans le monde,
Pleure sur moi.

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit,
Sans raison rit dans la nuit,
Rit de moi.

Qui maintenant marche quelque part dans le monde,
Sans raison marche dans le monde,
Vient vers moi.

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde,
Sans raison meurt dans le monde,
Me regarde.

Rainer Maria Rilke, Le livre d’images, Traduit par Lou Albert-Lasard, Berlin-Schmargendorf, Octobre 1900.

 

**

*Colette_Magny-Melocoton

Heure grave
Auteur : R.M. Rilke
Compositeur, interprète : Colette Magny

Rimes féminines | Olivier Appert & Juliette


**

*

 

In memoriam Martha Washington, Abigail Adams, Dolley Madison, Elisabeth Monroe, Louisa Adams, Anna Harrisson, Letitia Tyler, Julia Tyler, Sarah Polk, Abigail Fillmore, Jane Pierce, Mary Todd Lincoln, Eliza Jonhson, Julia Grant, Lucy Hayes, Lucretia Garfield, Frances Cleveland, Caroline Harrison, Ida Mc Kinley, Edit Roosevelt, Helen Taft, Ellen Wilson, Edith Wilson, Florence Harding, Grace Coolidge, Lou Hoover, Eleanor Roosvelt, Bess Truman, Mamie Eisenhower, Jacqueline Kennedy, Lady Bird Johnson, Pat Nixon, Rosalynn Carter, Nancy Reagan, Barbara Bush, Hillary Clinton, Laura Bush, et pour Michelle Obama,
ce chant de la tribu des Crees :

Silencieuse-Jusqu’au- Dégel

Son nom raconte comment cela se passait avec elle.

La vérité est qu’elle ne parlait pas
en hiver.
Chacun avait appris à ne pas
lui poser de questions en hiver
une fois connu ce qu’il en était.

Le premier hiver où cela arriva
nous avons regardé dans sa bouche pour voir
si quelque chose y était gelé. Sa langue
peut-être, ou quelque chose d’autre au-dedans

Mais après le dégel elle se remit à parler
et nous dit que c’était merveilleux ainsi pour elle

Aussi à chaque printemps
nous attendions impatiemment.*

Olivier Appert, Women, Une Anthologie bilingue de la poésie féminine américaine du XXe siècle, Le Temps des Cerises, 2014, p.37/38.

*

* In Partition Rouge, Poèmes & Chants des Indiens d’Amérique du Nord, Florence Delay & Jacques Roubaud, Editions Le Seuil, collection Fiction & Cie.

**

*

Gil Pressnitzer rapporte ainsi la rencontre entre Claude Nougaro et cette jeune chanteuse d’alors :

«Je me souviens de l’affrontement avec Claude Nougaro qui, par principe, refusait toute première partie et ne croit pas au tremplin pour les autres, quand violemment entêté, je lui ai imposé une inconnue avant son tour de chant : «Qui ça Juliette »?

Par amitié — et c’était le jour de baptême de « la Salle » en plus —, il se laissa faire en maugréant, surveillant Juliette d’un œil noir dans les coulisses. Juliette chanta, et au moment de Barcelone ou d’une autre chanson (la version de Juliette diffère de la mienne elle pense que c’était  Que Tal ) Claude apparut sur scène ébloui, et esquissa un duo chorégraphique avec Juliette.
Elle était adoubée, elle devenait une grande. Et du Grand méchant loup aux salles nationales, elle n’aura en rien changé, gardant intacte en elle la pierre dure de la révolte et ses Rimes féminines font toujours claquer le drapeau noir. »

 

**
*
women-anthologie-feminine

Rimes féminines
Auteur, compositeur, interprète : Juliette

**
*

C’est normal (l’incendie) | Areski et Brigitte Fontaine


**

*

Séquence absurde, dans un triptyque entre chanson et poésie : hier «Monsieur » de Norge, quelquefois mis en musique,  aujourd’hui Areski et Fontaine, enfin Eugène Savitzkaya, avec ce titre : « bufo bufo bufo ».

S.-E.S.

Brigitte_Fontaine-Je_ne_connais_pas_cet_homme-Font

C’est normal
Auteurs, compositeurs, interprètes : Areski et Brigitte Fontaine

**

*

Aragon par Ferrat | La complainte de Pablo Neruda

**
*

jean_ferrat-ferrat_chante_aragon_l_integrale

Complainte de Pablo Neruda
Auteur : Louis Aragon

Compositeur et interprète : Jean Ferrat

**
*

Pour R.S.

Je vais dire la légende
De celui qui s’est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit

Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l’injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d’Atacama

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
Ô mon pays de salpêtre
D’arsenic et de guano

Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l’aigle des Yankees

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Absent et présent ensemble
Invisible mais trahi
Neruda que tu ressembles
À ton malheureux pays

Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

**

*

Lhasa de Sela | Ce chant d’os et d’étoiles


**

*

«J’ai cherché à atteindre en composant ce chant d’os et d’étoiles qu’on entend dans la musique arabe, dans les dards de feu du flamenco. La musique est magique, elle déplace l’énergie, soulève les vagues, fait trembler la terre».

Sa présence vocale, son charisme scénique, la beauté de ses textes et la diversité stylistique de son oeuvre inachevée la hissent au rang d’une cantopoète majeure. L’oiseau chante ce qu’il a goûté, dit-elle.

En l’écoutant, on pense à Sergueï Essenine :

Tout le monde ne peut chanter
Il n’est pas donné à chacun
De tomber comme une pomme au pied des autres

Une artiste magnifique, dans la lignée d’Anna Prucnal, puis des cantopoètes contemporaines telles Angélique Ionatos ou Elena Frolova.

Sylvie-E. Saliceti

 

**

*

lhasa_de_sela-the_living_road

Pa’Llegar a tu Lado
Auteur, compositeur, interprète : Lhasa de Sela

**
*

Je remercie ton corps de m’avoir attendue
il a fallu que je me perde pour arriver jusqu’à toi
je remercie tes bras d’avoir pu m’atteindre
il a fallu que je m’éloigne pour arriver jusqu’à toi
je remercie tes mains d’avoir pu me supporter
il a fallu que je brûle pour arriver jusqu’à toi

Lhasa de Sela

**

*

Boris Vian par Les Frères Jacques | Le tango interminable des perceurs de coffres-forts


**

*

Le tango interminable des perceurs de coffres-forts

 

Nous sommes partis par une nuit plutôt nocturne
Nous quatre Dudule le gros Victor et l’Amnésique
Nous avions collé des semelles crêpes à nos cothurnes
J’portais les outils la pince monseigneur l’chalumeau oxhydrique

J’étais rencardé sur un boulot plutôt pépère
Trois kilos de diams de la perlouse et puis du jonc
C’est pas si souvent que l’on dégote une bonne affaire
Ce soir entre tous fallait pas faire les cornichons

Attention ! Garez-vous ! Ce soir on les attaque
Les bourgeois, les salauds, va bien falloir qu’ils raquent
On n’est pas sur le tas pour jouer d’l’ophicleïde
On va prendre un gros coffre et lui percer le bide

On perce !
L’gros Victor, prends la chignole
Toi Dudule fais pas l’mariole
Tu la boucles ou bien sans ça
On perce !
L’amnésique a la courante
Ils se mettent tous en quarante
Ma parole c’est bien des tantes
Perverses
Si ces crétins continuent
Je les renvoie dans la rue
Avec un coup d’pied dans l’cul
Ça berce !
L’chalumeau s’met à rôtir
L’coffre-fort il va souffrir
On va l’mettre sans mollir
On perce !

Nous sommes sortis avec du fric plein nos chaussettes
Ce vieux coffre-fort était bourré comme un baron
Y avait d’quoi s’offrir de la tortore et des fillettes
Mais au coin d’la rue v’la Dudule qui s’écrie : les mecs on est marron

Les poulets grouillaient comme à Houdan un jour de foire
L’Amnésique ému s’est mis à pleurer comme un veau
Il ne manquait plus à la basse-cour que les canards
Et voilà l’Aurore qu’arrive avec le Figaro

C’est fini les poteaux ce soir on couche au gnouf
Plus d’osier, plus de filles et surtout plus de bouffe
Les barreaux de la cage se referment sur nous
Mais demain pour ma part j’commence à faire un trou

On perce !
J’ai démonté mon plumard
Pour y prendre une petite barre
Et du matin jusqu’au soir
Je perce !
Dans la cellule d’à côté
L’Amnésique en train d’gratter
Va bosser jusqu’à c’que ça
Traverse !
L’gros Victor ce vieux feignant
Reste sur son pieu tout l’temps
A chanter l’marché Persan
Ça berce !
Si on a un p’tit peu d’pot
Spécialistes du boulot
Sûr qu’on s’ra sortis bientôt
On perce !

Nous avons creusé pendant deux ans sauf le dimanche
Y a rien de plus dur que cette salop’rie d’béton
Nous quatre Dudule on peut pas dire qu’on soye des manches
Mais j’aim’rais mieux faire, comme les marchands d’gruyère, des trous dans du from’ton

Et puis un beau jour en limant l’dernier bout d’ferraille
Par le trou du mur j’ai vu soudain luire le beau blond
Vrai, ça fait plaisir, un résultat quand on travaille
C’est la récompense des gars honnêtes et ça c’est bon

Attention les poteaux ce soir on met les voiles
Attachons bout à bout nos jolis draps de toile
C’est l’moment de montrer qu’on est les rois du sport
On était bien soignés mais on est mieux dehors

On perce !
L’gros Victor descend l’dernier
Comme ça s’il fait tout péter
Nous autres on sera passés
On perce !
On a d’la veine les amis
Car tout le jour d’aujourd’hui
Il tombait une de ces pluies

A verse
(*) Ça y est nous voilà sauvés
Mais maint’nant i faut foncer
Y a un job à préparer
Commerce
Pendant qu’ j’étais au mitard
J’ai monté un coup mastard
On berce !
Bonsoir !

{Variante, reprise à (*): }

Nous voilà enfin planqués
Les diams sont récupérés
Et une barrique vient d’claquer
En perce !
L’Amnésique se fixe à Niort
Dudule en Corée du Nord
Et l’gros Victor choisit l’port
D’Anvers

Ils veul’nt continuer l’boulot
Mais moi je trouve ça idiot
J’vais laisser tomber mollo
L’commerce

Et comme j’aime les fleurs des champs
J’ai choisi un coin charmant
J’me retire à Ispahan
En Perse !
Sur les ro-o-ses.

**

*

freres-jacques

Auteur : Boris Vian
Compositeur : Jimmy Walter
Interprète : Les frères Jacques

**

*

Des mots | Aznavour


**

*

Imprimer

Des mots
Auteur, compositeur, interprète : Charles Aznavour

 

**

*

Cette philosophie de l’expression [ celle de Brice Parain ] s’achève en effet sur une théorie du silence. (…) la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde.

Albert Camus, Oeuvres complètes, Sous la direction de Jacqueline Lévi-Valensi, Gallimard/La Pléiade, Tome I, 2009, p.908.

**

*

La mer à boire | Bernard Dimey par Mélanie Dahan (Aznavour compositeur)


**

*

Ce constat banal pour commencer : notre chair est baignée d’eau. Partant, pourquoi la pensée, la parole, ne naîtraient–elles pas, de ce fond d’eau, de cette histoire liquide ? L’écrivain riverain, penché sur l’écoulement de ce flux qui le traverse sait que « le dieu du bien écrire est un dieu liquide, l’eau parlante laissée venir, laissée passer, laissée courir. » Et du coup, il voudrait « que les mots [le] traversent et [le] lavent, facilement, qu’ils [lui] viennent d’amont et qu’ils descendent le cours du temps sans heurt ni retenue, soi fluide pour laisser dire, lège, impondérable, livrant passage et souriant à la coulée, oublié par la parole allée seule.

Ludovic Janvier, Des Rivières plein la voix (Promenade), L’arbalète/Gallimard, 2004.

**

*

mel II

La mer à boire
Auteur: Bernard Dimey
Compositeur: Charles Aznavour
Interprète : Mélanie Dahan

**

*

 

La langue du bois | Césaire


**

*

Ma poésie est celle d’un déraciné, et d’un homme qui veut reprendre racine. Et l’arbre, qu’on retrouve avec tous ses noms dans tous mes poèmes, est le symbole de ce qui a des racines. L’état d’un homme équilibré est celui d’un homme « raciné ». La poésie est un enracinement, au sens où Simone Weil, juive et victime de la Diaspora, entendait ce mot.

Aimé Césaire, cité par Ngal dans Georges Ngal, Aimé Césaire : un homme à la recherche d’une patrie, Paris, Présence africaine, 1994, p. 119.

**

*

Les Martiniquais ne l’ont pas oublié [ John-Antoine Nau].
Nul n’a décrit plus amoureusement nos paysages.
Nul n’a plus sincèrement chanté les « charmes » de la vie créole : langueur, douceur, mièvrerie aussi. Saint-Pierre… le volcan …« la hauteur »,  « les matins de satin bleu », « les soirs mauves ».

(…)
Les professeurs coloniaux continuent à trouver ça très bien. (…) Allons, la vraie poésie est ailleurs. Loin des rimes, des complaintes, des alizés, des perroquets. Bambous, nous décrétons la mort de la littérature doudou. Et zut à l’hibiscus, à la frangipane, aux bougainvilliers.

La poésie martiniquaise sera cannibale ou ne sera pas.

 

*

Qu’est-ce que le Martiniquais ?

— L’homme plante.

Comme elle, abandon au rythme de la vie universelle. Point d’effort pour dominer la nature. Médiocre agriculteur. Peut-être. Je ne dis pas qu’il fait pousser la plante ; je dis qu’il pousse, qu’il vit en plante. Son indolence ? celle du végétal. Ne dites pas : « il est paresseux » dites : « il végète », et vous serez doublement dans la vérité. Son mot préféré : « laissez porter ». Entendez qu’il se laisse porter par la vie, docile, léger, non appuyé, non rebellé — amicalement, amoureusement. Opiniâtre d’ailleurs, comme seule la plante sait l’être. Indépendant (indépendance, autonomie de la plante). Abandon à soi, aux saisons, à la lune, au jour plus ou moins long.

 

Suzanne Césaire, Le grand camouflage, Écrits de dissidence ( 1941-1945), Seuil, 2015, pp. 63. et pp.70/71.

**

*

Claude_Nougaro-Embarquement_Immediat

Langue de bois
Auteur, compositeur, interprète : Claude Nougaro

**

*

Claude Nougaro par David Linx | Les mots


**

*

Les mots divins
les mots en vain
les mots de plus
les motus
les mots pour rire
les mots d’amour
les mots dits, pour te maudire
les mots bruissant comme des rameaux
les mots ciselés, comme des émaux
la faim des mots
la soif des mots
qui disent quelque chose
les mots chéris qui sur mes lèvres
n’ont pas trouvé
leur place
les mots muets
les mots buées
comme un baiser sur la glace
les mots bouclés
clés de l’espace
les mots oiseaux qui laissent des traces
les mots qui tuent
les mots qui muent
les mots tissant l’émotion
les mots palis
les mots salis
les mots de prédilection
les mots qui te caressent
comme des mains
les mots divins
les mots devins
les premiers mots
la fin

des mots

**
*

nougaro la note bleue

Les mots
Auteur: Claude Nougaro
Interprète : David Linx

**
*

Neruda | L’exil

**

*

L’exil est rond
Un cercle, un anneau :
tes pieds en font le tour,
tu traverses la terre,
et ce n’est que la terre,
le jour s’éveille
et ce n’est pas le tien,
la nuit arrive :
il manque tes étoiles,
tu te trouves des frères :
et ce n’est pas ton sang .
Tu es comme un fantôme qui rougit
de ne pas aimer plus ceux qui t’aiment si fort,
et n’est-il pas vraiment étrange que te manquent
les épines ennemies de ta patrie,
l’âpre détresse de ton peuple,
les ennuis qui t’attendent,
et qui te montreront les dents dès le seuil de la porte …

Pablo Neruda, Chant libre d’Amérique latine, Mémorial de l’île noire, Gallimard, Paris, 1977.

**

*

Un aller sans retour
Auteur, compositeur, interprète : Juliette

**

*

Censures | Chanson con !


**

*

Dix-sept « con »

Dans les années 1950, le Comité d’écoute de la radiodiffusion française censure avec rigueur toute utilisation de certains mots dans les chansons susceptibles d’être programmées à l’antenne. Le mot «con » suffit à bannir une chanson, comme Georges Brassens en a fait l’expérience avec «Marinette» et son «J’avais l’air d’un con ma mère», interdits en juillet 1956. Après avoir découvert dans un cabaret de la rive gauche les chansons de Guy Béart, Juliette Gréco va lui demander de lui présenter toutes ses compositions. Il lui propose donc «Chandernagor», «Qu’on est bien », «Les Lunettes », mais aussi une de ses premières chansons, qui est l’adaptation d’un poème de Raymond Queneau, et qui s’intitule «Complainte». Le texte est noir, très noir : «Je ne connaîtrai jamais/Le bonheur sur terre/Je suis bien trop con/Tout me fait souffrir/Et tout est misère/Pour moi/Pauvre con.». Dix-sept fois le mot « con » dans une seule chanson ! Guy Béart n’a jamais osé enregistrer ni chanter sur scène cette «Complainte». Mais Gréco l’enregistre et la chante à sa rentrée à l’Olympia. Le disque «Juliette Gréco chante Guy Béart» sort en septembre 1957 avec la mention «interdit aux moins de seize ans» et «Complainte » est, comme prévu, censurée.

 

Bertrand Dicale, Les miscellanées de la chanson française, Éditions Fedjaine, 2009, p. 55/118.

**

*

Chanson con !
Auteur, compositeur, interprète : Juliette

**
*