Archives de catégorie : Vigée (Claude)

Rainer Maria Rilke | Les Sonnets à Orphée (extraits) traduits par Vigée


 

 

Orpheus Franz Von Stuck  1891

 

 

ne me plante pas dans ton cœur. J’y pousserais trop vite.

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Que de lieux de l’espace habitèrent déjà
au fond de moi. Tel vent
m’est comme un fils.

Air, me reconnais-tu, plein de mes lieux anciens ?
Toi qui étais écorce lisse,
rondeur et feuille de mes mots.

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Devance tout adieu, comme s’il se trouvait
derrière toi, pareil à l’hiver qui s’en va.

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Sois mort toujours en Eurydice, — en chantant toujours monte

 

 

Rainer Maria Rilke, Le vent du retour, Traduit de l’allemand par Claude Vigée, Éditions Arfuyen, 2005, p.191/195/197.

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«Respirer, ô poème invisible» sonne net et clair dans notre conscience dilatée à l’infini par le souffle lumineux qu’Orphée libère en chacun de nous. Rilke ne nous offre-t-il point là ce que l’Écriture sainte au livre de l’Exode (ch.35) dans un passage évoquant la construction du sanctuaire au désert, nommait l’intelligence du cœur ?
                                                                   Là tu leur fis éclore un temple dans l’ouïe …

 

Claude Vigée, L’obscurité de Rilke, p. 212.

 

Rilke traduit par Vigée | Œuvres posthumes

 

 

L’espace dans lequel s’engouffrent les oiseaux
n’est pas cet autre, intime, où s’accroît ta stature.
(À l’air libre, là-bas, tu t’éludes toi-même
et tu te perds au loin sans jamais revenir.)

L’espace, hors de nous, gagne et traduit les choses :
si tu veux réussir l’existence d’un arbre,
investis-le d’espace interne, cet espace
qui a son être en toi. Cerne-le de contraintes.
Il est sans borne, et ne devient vraiment un arbre
que s’il s’ordonne au sein de ton renoncement.

(juin 1924)

Rainer Maria Rilke, Le vent du retour, Traduit de l’allemand par Claude Vigée, Éditions Arfuyen, 2005, p.165.

 

 

Claude Vigée | Apprendre la nuit

 

 

Si le retour est d’aujourd’hui, l’exil vient de toujours. C’est sous la menace, entre deux nuits, que se déploie en nous la floraison bénie de la brève lumière.

Raison de plus pour lui rendre grâce et lui demeurer fidèle jusqu’à l’heure de la chute, lorsque s’imposera la traversée insensée des ténèbres futures où nul jamais ne passe, excepté peut-être l’orant de la douzième heure.
Dans cette noce-là aussi, sachons tenir bon jusqu’à la fin, aimantés, orientés, accordés au son de notre petite musique-de-jour-et-de-nuit. Prenant Mozart pour guide, nous répondrons présent à l’appel. Nous oserons danser vers l’abîme.

Claude Vigée, Apprendre la nuit, Arfuyen, 1991, p.45.

 

 

Concerto pour piano N°5 in D Major, K.175
III. Allegro
Compositeur: W.A. Mozart
Piano : Olivier Cavé
Ensemble : Divertissement
Rinaldi Alessandrini
Distinctions : Choc de Classica (octobre 2016) – 5 de Diapason (octobre 2016)

 

Claude Vigée | L’homme naît grâce au cri


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L’acte du bélier 

Qu’est-ce donc que la poésie ? Un feu de camp abandonné,
qui fume longuement dans la nuit d’été, sur la montagne déserte.

Retrait du monde et de moi-même,
Souvent je l’ai entendu germer dans la pierraille de la montagne,
Le grondement muet dont naîtra le tonnerre.

Claude Vigée, L’homme naît grâce au cri, Poèmes choisis (1950-2012), Points/Poésie, 2013, p. 156.

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