Archives de catégorie : Saliceti (Sylvie-E.)

Refuge | Sylvie-E. Saliceti

Photographie – Sylvie-E. Saliceti – Suisse allemande

 

Écrit en écho aux marches en montagne, le texte ci-dessous appartient à un ensemble traduit, et publié prochainement en Turquie, dans une anthologie de poésie française contemporaine.

Sylvie-E. Saliceti

à M. Langlois

 

REFUGE

 

je monte vers le refuge des hommes
la porte ne s’ouvre pas
je marche sous la flambée de l’ombre souillée comme un visage d’enfant bohémien
qui joue dans la poussière
allons saluer le Levant et ses bêtes !

c’est un crépuscule dans l’étranglement du soleil
la falaise est en sang
le fer de ma chaussure frotte la pierre
si tu savais la taille du monde devenu ce cœur froid !
l’étoffe se déchire quand brusquement s’embrasent des milliers de soleils
une autre porte s’ouvre
la pluie rencontre le rocher
les étoiles avec leur vieille âme rougissent au fond des cendres
et l’on croit voir un peuple qui se lève

la lumière des compagnons alors s’agrandit par les nids
il suffit de ranimer le brasier pour être ensemble
nous cuisons le pain de vie et de mort
les miettes d’humanité brûlent nos mains
à dos de yacks est porté le sel de destruction et de survie
et quand les flammes comptent les étincelles – innombrables –
dans nos yeux
le feu devient jaloux – fou comme un poisson pris par le désir de voler

la forêt – plus âgée que le monde – fait tomber les paroles de ses arbres
sur nos fronts
vers un amour plus haut
que l’amour
et nous voilà !
dans l’amitié de la montagne qui s’accroche aux brumes
l’espace se vide
tout devient visage – la lune, la terre
et ce qui me rend heureuse : les oiseaux immortels qui parlent la langue de l’éveil
au-dessus de nos vies
leur vol traverse les nuages petits comme des cerises.

 

 

Sylvie-E. Saliceti Bois Luzy 14 janvier 2022

L’essence d’un travail | Sylvie-E. Saliceti

Un éditeur – excellent éditeur – m’a amicalement demandé hier de définir mon travail en quelques lignes, les voilà ! Et puis à suivre, la chanson du poète Atahualpa Yupanki, «Les frères », chantée magnifiquement par Bïa et la regrettée Lhasa de Sela. 
S.-E. S.

L ‘ ESSENCE D’UN TRAVAIL

Depuis un premier livre de poésie documentaire — écrit en 2011 au retour d’un voyage d’études en Ukraine sur les lieux de la Shoah par balles — je poursuis un travail sur la voix, comme si la recherche initiale de ces voix sous les cendres, au fond n’avait cessé de creuser son sillon. Le particularisme des fosses, anonymes, d’Europe centrale puis la problématique génocidaire, ensemble ont mis en évidence l’enjeu universel, selon moi, de la voix poétique, du visage vocal — au sens de Levinas dans Totalité et infini : « la manière dont se présente l’Autre, dépassant l’idée de l’autre en moi, nous l’appelons … visage ». Dit autrement, la voix désigne l’expérience qui transcende toutes les autres expériences, en ce qu’elle constitue l’expression de l’altérité, et déroute les tentations de ramener autrui vers soi.

Tous les univers concentrationnaires et totalitaires — du goulag de la Kolyma pour Varlam Chalamov jusqu’aux baraquements de Buchenwald pour Jorge Semprun, du génocide Rwandais à l’emprisonnement des moines tibétains dans les prisons chinoises — tous sans exception partagent ce point commun : ils sont le lieu de l’écroulement du langage. Qu’est-ce que la parole sinon l’altérité, sinon « l’expérience de quelque chose d’absolument étranger »?

Depuis ce voyage à l’Est, dont les enjeux mirent plusieurs années à se traduire clairement dans l’acte d’écrire, il en va ainsi :  tenter de comprendre, pour la faire advenir — puis ouvrir ses coulées d’or dans la nuit — la voix dans l’écriture. La voix poétique constitue l’objet essentiel de cette recherche : puisque la poésie sauvera le monde, ainsi que le dit avec un demi-sourire J.-P. Siméon, alors aidons la poésie !

Comment se frayer une voie/voix entre les deux écueils de l’époque ? Comment se faire entendre au lieu de « la foule toujours plus nombreuse, et [de] l’homme toujours introuvable» ? D’un côté, un nihilisme sombre, où rien ne fait sens ? De l’autre, l’éternalisme d’Homo Festivus comme l’autre forme, plus pernicieuse, de l’insignifiance, parfois jusqu’à la tyrannie du divertissement  ?

On sait que tout est observable à l’endroit de la parole humaine, or ce que l’on observe  aujourd’hui est une parole dévoyée – inconséquente, cancanière quand elle n’est pas agressive, voire fielleuse, voire instrument de troc, de propagande, de manipulations. Les sciences humaines démontrent comment cette langue, phénoménologiquement, et de façon ordinaire, produit  ni plus ni moins que la tentation de vivre sans autrui. « Des changements majeurs, accélérés par divers progrès techniques, ont mis à l’épreuve tous les repères jusqu’ici les plus stables dans la vie en société : mariage, procréation, rapports entre les générations, différence sexuelle, passage à l’ âge adulte, etc. On constate une disparition des figures d’autorité, qui se transcrit à tous les niveaux de la société : on assiste à une réelle mutation du lien social. L’équilibre psychique des individus s’en trouve modifié d’une manière inédite dans l’histoire de l’humanité. ». ( Jean-Pierre Lebrun). De sorte que l’altération de l’altérité devient à la fois l’atteinte faite à la langue, et l’autre nom de ce qui l’entretient — à la fois le symptôme et la cause.

 

Comment redonner sa valeur à une parole démonétisée ? Comment redonner ses repères à une parole en somme qui s’est perdue ? « Ce qui est lourd n’a pas d’avenir». Parler de poésie aujourd’hui n’est pas facile ; il est plus audible de la mêler à une «philosophie au pied vif ». Une approche plus légère, qui alterne le propos, fait varier les tons, les sujets, les formes (méthodologie à base notamment de témoignages, d’archives, de recherche archéologique, de photographies voire de comptes-rendus d’expériences personnelles ( nages quotidiennes en mer et en hiver, dans « La voix de l’eau »). Ainsi, du point de vue formel, je poursuis l’exploration selon diverses formes, ce que permet aisément le format des Carnets Numériques, sorte d’atelier ouvert de recherche. La tâche inaugurale par essence est empreinte de gravité ;  il est bon de la mâtiner d’humour, d’intermèdes, de haïkus, de chansons. Une sorte d’archéologie du frivole — l’expression est de Derrida — qui, à l’image de Trenet,  aime à pratiquer l’art du déplacement : sous l’apparente légèreté, est-il besoin de se convaincre de la teneur philosophique d’un répertoire qui comporte la bouleversante Folle complainte ?

Misons donc sur la confiance dans la voix poétique, à l’instar du projet du Prix Nobel Odysseus Elytis, dont les mots et le vœu prononcés à Athènes en 1972 m’accompagnent : « je considère la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde que ne peut admettre ma conscience, de telle manière qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie de mes rêves. Je me réfère à une sorte de magie moderne dont la mécanique nous conduit à la découverte de notre vérité profonde».

Au fond, la rencontre avec la voix des sans-voix a initié une quête plus lointaine, plus profonde, plus vaste, où il s’agit d’œuvrer pour soi autant que pour les autres. Où il s’agit de réaffirmer ce que peut la lecture, par la mise en commun de l’expérience initiatique. Où il s’agit en somme de consacrer sa vie à ce que peut la littérature pour apprendre la présence à soi-même, à bien lire en soi, explorer la voix au-delà du chant.

Forte de la conviction que le rapport que nous entretenons avec la parole s’avère fondateur, au point de faire de cette parole notre architecture intime et notre cohésion commune — nos mots  ne sont pas des instruments que l’on s’échange, ni à vendre ni à acheter, mais des «danses mystérieuses»; notre parole dit Novarina, est une «chair spirituelle» — ma recherche s’oriente depuis dix ans sur la question des qualités de la parole dite, puis entendue. Primo Levi soulignait déjà qu’à côté de l’« art de conter solidement codifié par des milliers d’essais et d’erreurs, il existe également un art d’écouter, tout aussi ancien et estimable, duquel toutefois, […] les règles n’ont jamais été définies. Pourtant, toute personne qui parle ou raconte sait par expérience que l’auditeur apporte une contribution décisive à ce qu’elle lui dit. »

Dans un contexte de chaos, par la seule confiance dans le levier de la langue dont la puissance est considérable,  toute ma recherche s’oriente vers ce but :  œuvrer  humblement à la nécessité du réenchantement, en apprenant comment écouter mieux, comment entendre mieux, comment retrouver l’immanence de la poésie, en un mot accueillir le chant du monde, l’autre nom de l’ode — l’Odos — étymologiquement, le chemin.

À l’exemple du grand Atahualpa Yupanqui parlant à ses frères de la valeur inaliénable de la liberté, il s’agit  de connaître son devoir, avant de le faire. Il ne s’agit que de cela,  cette promesse faite à soi-même dans La palabra sagrada  : être « un [poète] d’arts oubliés, qui parcourt le monde pour que personne n’oublie ce qui est inoubliable : la poésie et la musique traditionnelle. Un désir profond existe en moi : être un jour la trace d’une ombre, sans aucune image et sans histoire. Être seulement l’écho d’un chant, à peine un accord qui rappelle à ses frères la liberté de l’esprit ».

Sylvie-E. Saliceti

Lhasa de Sela 

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Los Hermanos
Les frères
Auteur et compositeur : Atahualpa Yupanki
Interprètes : Bïa et Lhasa de Sela
Traduction française : Jean-Yves Sarrat
Extrait du lancement de l’album Nocturno (Mars 2008)

J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter,
Dans la vallée, la montagne,
Sur la plaine et sur les mers.
Chacun avec ses peines,
Avec ses rêves chacun,
Avec l’espoir devant,
Avec derrière les souvenirs.
J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter.
Des mains chaleureuses,
De leur amitié,
Avec une prière pour prier,
Et une complainte pour pleurer.
Avec un horizon ouvert,
Qui toujours est plus loin,
Et cette force pour le chercher
Avec obstination et volonté.
Quand il semble au plus près
C’est alors qu’il s’éloigne le plus.
J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter.
Et ainsi nous allons toujours
Marqués de solitude,
Nous nous perdons par le monde,
Nous nous retrouvons toujours.
Et ainsi nous nous reconnaissons
Le même regard lointain,
Et les refrains que nous mordons,
Semences d’immensité.
Et ainsi nous allons toujours,
Marqués de solitude,
Et en nous nous portons nos morts
Pour que personne ne reste en arrière.
J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter,
Et une fiancée très belle
Qui s’appelle liberté.

 

Traduction française : Jean-Yves Sarrat

Sylvie-E. Saliceti | Altamira

 

 

On enterre le crâne du bison au pied
du précipice
on enterre le cœur du bison dans la prairie des grands espaces

on devine l’os de l’oiseau dans la pupille
du chat
le félin enterre le bec et les plumes, quelque part, dans la fosse du ciel

il y a des milliers de crânes d’hommes sous le gravier des villes
derrière la lumière qui délave
les grilles rouillées

la vipère s’abrite sous la montagne
le venin se crache hors de la bouche
la pierre s’en retourne avec l’insulte

le cœur d’une femme est caché où personne ne le trouve.

Sylvie-E. Saliceti 14 mai 2020

 

 

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Altamira
Mark Knopfler & Evelyn Glennie

 

Sylvie-E. Saliceti | Où est la maison du poète?

 

Je poursuis une quête singulière. Je cherche, et ce que je cherche qui le sait ? Quel philosophe pourrait l’expliquer ? L’instinct le sait. Le lutin et le feu follet de la demeure le savent. Les éclats de la lame dans l’écorce ont frôlé l’énigme. Les coups de court poignard dégainés, et la couleur rouge qui embrase la mer. Je cherche non pas ce qui parle. Mais ce feu or et noir qui chante. Le lieu fantasque où les poissons d’argent brûlent. Où les gazelles matinales vont au marché. L’endroit des mots vieillots et des violettes. Les fumées. Le diamant, la rouille et le visage. De pays en pays, de ville en ville, de place en place, je pourchasse le mystère de La Madone du pavillon. Et aussi bien une ritournelle au rythme de bailaora médiévale surgie dans la poitrine. Et les hanches des danseuses d’un quartier sévillan, à Jerez de la Frontera, ou dans la ville de Cadix et ses puertos. Je savoure le chant profond quand le style s’ignore. Le cliquetis d’étincelles aux chaînes remuantes des sonorités noires. La voix du folkloriste, de l’érudit et du mystère grec. La voix de sang et de vieille culture depuis le sol remontant dans le corps — vers la gorge, ce tempo à fleur de peau qui caresse la plante des pieds …

Je cherche en vérité quelque chose d’insaisissable. Je cherche la maison du poète … Est-elle la maison de deux mille pigeons noirs auxquels je tends le sang et les cerises ? Celle du soleil en haillons dans le palais ? Les deux flammes aux cornes de l’Alhambra ? La robe sombre du toro de la ganaderia, tendue entre les berges du Darro sur lesquelles jadis les chercheurs de pépites secouaient les tamis ? Cette demeure, est-elle la terre que tu portes autour de ta taille ?

D’un jardin vers un autre, je longe la route des grenadiers. Chaque soir, tel un gitan je cherche un endroit pour dormir. Je vais comme l’eau, je gonfle les ruisseaux. Jusque-là je marche avec trois fois rien en poche. Le pain, la grenade et le livre.

Seul maître de ma maison. Ce que je possède, je l’aime plus que tout. Je ne le justifie pas. Et si vraiment je devais m’en séparer, tiens : je te le donne. Prends. On ne négocie pas ses passions. On ne vend pas son ombre.

Sylvie-E. Saliceti 10 avril 2020

Federico Garcia Lorca
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Gacela del mercado matutino
Auteur : F.Garcia Lorca
Compositeur, interprète : Nilda Fernandez

Oreille musicale | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Il faut une certaine oreille musicale
pour entendre rire le grand architecte ou sangloter
le diable pour une fois
sincère
pour sourire sur la chanson triste de Verlaine
pour entendre les mots hier lancés au fond de l’eau
revenir murmurer par-dessus
notre épaule

pour écouter l’enfant et son grand secret
pour comprendre la langue du chat et du chapardeur de thon
pour déceler dans un graffiti du métro la phrase d’un prophète

il faut être un compositeur-né
pour écrire la partition du temps qui passe jusqu’au soupir
ultime qui éteint la flamme
pour apprendre à discerner la respiration de l’alouette et le bruit sec
des os dans le sac
pour sentir ce qui pulse là dans la poitrine
du côté gauche —
toute la beauté rythmée de la vie

la fumée
les miroirs
le corbeau et l’abeille

il n’y a guère que l’oreille absolue du musicien pour trouver la note juste de l’orage
le tempo de la joie
l’algorithme de la lumière
et l’ordre mathématique du monde.

 

Sylvie-E. Saliceti  23 avril 2020

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Smoke and Mirrors
Auteur, interprète : Agnes Caroline Thaarup Obel

Rose-Croix | Sylvie-E. Saliceti

 

I.M. à Saint-Pol-Roux,

ceci est la couleur de mes rêves
les couleurs rougeoyantes et métalliques de Corte Real —
les pays vaincus à l’aube            les clochards du palais
les noces
alchimiques du fer vieilli sous la flamme fraîche
quand l’oiseau fait son nid sur l’échiquier
de neige

ceci est la besace solitaire de l’homme jadis parti très loin
enfin de retour parmi les siens

qu’il vienne, le chevalier de Rose-Croix
parmi les habitants des mouillages et les pêcheurs
de Camaret
qu’il revienne vers la liturgie de la mer
sous le ciel sans pluie crevassé de plaines
sèches

qu’il approche d’ici avec son cœur d’étoffe pourpre griffé
du geste d’ordre
qu’il revienne, fort de ce qu’il porte encore — le rêve simple aux os brisés
contre les douves de Coecilian.

Sylvie-E. Saliceti 30 03 2020 /juin 2021

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Rose-Croix
Auteur, compositeur : Tanguy de Nomazy
Interprètes : Corte Real

Robert Walser | Retour dans la neige

 

 

 

À mon avis, un beau poème est nécessairement un beau corps, qui doit s’épanouir à partir des mots déposés sur le papier discrètement, distraitement, presque sans idées. Les mots constituent la peau, qui est bien tendue sur le contenu, c’est-à-dire le corps. Le comble de l’art consiste à ne pas énoncer des mots, mais à façonner un corps-poème, autrement dit, à veiller à ce que les mots ne soient que le moyen de former ce corps.

Robert Walser

 

C’est un vaste silence blanc, lui-même bordé d’un léger silence vert ; c’est le lac et la forêt alentour Photographie S.-E. Saliceti  Niesen 12/18

 

Sur le chemin du retour, qui me parut splendide, il neigeait à gros flocons, denses et chauds. Il me sembla presque entendre résonner quelque part un air de mon pays. Mes pas étaient vifs malgré la profondeur de la neige dans laquelle je continuais à progresser avec ténacité. Chaque pas accompli fortifiait ma confiance ébranlée, ce dont je me réjouissais comme un petit enfant. Tout ce qui avait existé autrefois fleurissait et m’enveloppait gaiement d’une roseraie comme un parfum juvénile. Il me sembla presque que la terre entonnait un chant de Noël et presque aussitôt déjà un chant de printemps.

(…)

De quelle manière il m’attire et pourquoi je suis attiré, le bienveillant lecteur le saura s’il continue à s’intéresser à ma description qui se permet de sauter par-dessus les sentiers, les prés, la forêt, le ruisseau et les champs jusqu’au petit lac lui-même où elle s’arrête avec moi et ne peut s’étonner assez de sa beauté inattendue, pressentie en secret. Mais laissons-la parler elle-même dans son exubérance coutumière : c’est un vaste silence blanc, lui-même bordé d’un léger silence vert ; c’est le lac et la forêt alentour, c’est le ciel, un bleu transparent, à demi couvert ; c’est de l’eau, de l’eau si semblable au ciel qu’elle ne peut être que le ciel, et le ciel de l’eau bleue ; c’est un doux silence bleu et chaud et c’est le matin ; un beau, un beau matin.

Robert Walser, Retour dans la neige, Traduit de l’allemand par Golnaz Houchidar, Éditions Zoé, 1999.

 

 

 

Variations de funambule| Angélique Ionatos chante Caussimon

 

 

 

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Le funambule
Auteur  : Jean-Roger Caussimon
Interprète : Angélique Ionatos

Compositeur : Francis Lai

 

 

La destinée serait-elle ce pas éphémère ? Bref état de grâce sur un fil d’acier ? Que signifie Devenir ? Le verbe s’apparente à une chanson nomade. Pour A. Ionatos, il aura souvent signifié l’exil, loin de la langue, loin de la maison grecque donc – puisque la langue est le cœur de la patrie. Devenir, ce sont les points de départ et d’arrivée. Le lieu d’une naissance où l’on revient toujours.  Un pas sur le fil du temps.

La métaphore du funambule évoque l’incertitude, l’oscillation. L’équilibre à ce point de subtilité où l’artiste de Jean-Roger Caussimon — si peu sûr de son pas — ressent le besoin de se retirer, à distance du grand jour. Il ne réapparaît que le soir venu, quand le public est parti, et que la lune dehors à travers les trous de la vieille toile, allume un ciel empli d’étoiles.

À cet instant, pour lui commence la vraie vie : le funambule soudain devient gracieux, agile. Sur une corde tendue d’étoile à étoile, il montre mille prodiges. Funambule-somnambule, il accomplit ses talents en dormant.

De sorte que sa déambulation est toujours quelque peu onirique et nocturne … , et pour cause : elle s’appelle devenir ! Fluente, non pas itinérante : telle est la musique, nous dit Jankélévitch.

Mais voilà : la chute attend le saltimbanque. Chute morale. Inéluctable.

Or face à ce destin qui sombre, résonne le silence lumineux des amis du cirque forain, dont aucun jamais ne révèle au danseur que chaque nuit, il se lève dans son sommeil.

Que faut-il considérer de cet étrange non-dit ?

Dans ce murmure des âmes est enclose une valeur sacrée, mais laquelle ?

Ce silence s’avère — étymologiquement — bouleversant : le secret ainsi maintenu — à l’endroit de la fragilité de l’homme sur un fil — ce secret ouvre un mystère infiniment métaphysique. On y entend que la nuit peut-être est tendre , et qu’il s’agit d’ouvrir les yeux des vivants avec douceur, aussi doucement que si nous fermions les yeux d’un mort.

Soleil crépusculaire. Nuit, puis lumière aurorale. L’ineffable affleure, et qui pour le dire ? La musique, comme la poésie, dit ce qui ne peut être dit, libère la fluidité, conduit le figé vers le mouvement d’une présence pure qui lave les âmes.

Il s’agit bien sûr d’être là, mais au-delà, il s’agit de passer ; et le temps de passer, de mesurer ce qui change. Leçon de funambule : la force demeure au devenir.

Oui, les gens du voyage sont des gens très bien.

 

Sylvie-E. Saliceti

 

Lettre ouverte de R. Johnson aux négriers | Sylvie-E. Saliceti

 


Sylvie-E. Saliceti
Le Nègre parle de l’or
Éditions du Réalgar
Pour commander

Parution aujourd’hui, aux Éditions du Réalgar, de cette lettre ouverte de R. Johnson aux négriers, où l’un des plus marquants représentants du Delta blues donne à plonger dans la mémoire réelle, jusqu’aux racines de la légende.  Chanteur et guitariste de blues exceptionnel et tourmenté, R. Johnson a laissé un héritage essentiel, fondateur de toute la musique afro-américaine et du blues. Il fut un maître notamment pour Clapton et Dylan. Mort à l’âge de 27 ans dans des conditions énigmatiques (l’hypothèse dominante le présumant empoisonné par un mari jaloux), il a écrit l’essentiel de son œuvre ( 30 morceaux dont le trentième a été perdu) en deux temps de fulgurance créative, qui ont accouché de chefs-d’œuvre, notamment Me and the Devil. Johnson prétendait tirer sa virtuosité d’un pacte avec le diable…Puisque la légende, étymologiquement, désigne ce qui doit être dit, cette adresse posthume prend pour cadre le mystère de la vie du grand bluesman, dont l’histoire individuelle s’avère assez chargée de puissance symbolique pour porter l’histoire collective de la négritude en ce début du vingtième siècle, en  Amérique.

Sylvie-E. Saliceti

Je ne sais plus qui vous parle, Robert Johnson ou la poussière ? Le blues ténébreux, ou le jour dardé encore d’étoiles ? Je ne sais plus qui écrit à l’instant de ces lignes ? Moi, ou ce passant inconnu ? Me voilà en même temps celui qui vous parle et un autre. Qui sait, peut-être suis-je une part de vous ? Je suis hors du temps. Vainqueur et vaincu. Poète, tyran. Plein d’allégresse, et de chaînes au front de l’esclave. Mon fleuve est si vieux qu’à lui seul il comprend le bien et le mal. Ils disent que je joue la musique du démon, le Hoodoo est dans ma voix, le soleil a la couleur de ma peau, je chante ici où le noir est lumière.

Chers négriers, cette lettre est le signe d’une étrange alliance entre vous et moi, celle d’un coup de poing achevé en caresse. Pour avoir donné naissance au blues, je suis ce que vous n’aurez pas réussi à faire de moi.

Je suis le Nègre qui parle de l’or.

Sylvie-E. Saliceti, Lettre de R. Johnson aux négriers (Le Nègre parle de l’or) , Éditions du Réalgar, 2021, p.5.

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2021/03/01-Cross-Road-Blues-Remastered.mp3?_=7

Cross Road Blues
Auteur, compositeur, interprète : Robert Johnson

 

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2021/03/04-Me-And-The-Devil-Blues.mp3?_=8

Me and the Devil Blues (Album Me and Mr Johnson)
Auteur, compositeur : Robert Johnson
Interprète : Eric Clapton

 

 

Babx | Dans le paysage contemporain de la poésie mise en musique

 

 

Pour P. A., musicien, poète, chanteur

Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la Poésie et des Correspondances de Manosque, lui demanda une mise en musique de ses œuvres fétiches, et ce fut « Cristal Automatique », au titre emprunté à Césaire. Sur ce premier album produit personnellement, Babx conviait Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Waits, Artaud …

UNE INDÉPENDANCE FAROUCHE

« Bisonbison », le label fondé par Babx, emprunte à ce vers de Miron : « Moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir la tête en bas comme un bison dans son destin. » Prise de risque, quête de liberté, il éclaire ainsi sa voie : « Lorsque je me suis séparé de ma maison de disque, j’ai eu besoin de retrouver un sens profond à exercer mon métier. Aujourd’hui, la manière dont la musique se monnaye, soumise au marketing, m’enlevait cette envie, à l’endroit pile où je me sentais inattaquable… ».

D’une indépendance farouche, il livre un travail d’une grande maturité artistique quant à la définition du poème mis en musique, objet impur, musical certes, poétique surtout : « Je viens de la poésie, dit-il, je viens des mots, de ces textes précieux, qui t’apprennent à parler, viennent te chercher là où tu ne te connais pas encore, qui te révèlent à toi-même : ma genèse ».

C’est une vie en poésie : seul ou au fil de collaborations exigeantes (avec «L» tout récemment), il met en musique ou en chanson, ici Celan et Genet, là la «Marche à l’amour» de Miron. Des voies/voix très différentes en somme, mais qu’importe le chemin d’approche puisqu’il est de l’essence du poème de choisir son lecteur au moment opportun.

LE PROCESSUS D’ADAPTATION

Le prélude du disque, emprunte les mots de Léo Ferré – eux-mêmes remaniés depuis Hugo : « il ne faut pas déposer de la musique le long de n’importe quel vers ». Ce qu’il s’agit d’entendre surtout, c’est le désir irrépressible du texte voulant sortir de sa page. Cette urgence appelle la réminiscence de signes, à l’instar de la magie noire d’Artaud : « Pour moi, la poésie relève du vaudou, on égorge des poulets à chaque mot, sourit Babx. Artaud parle des « signes ». Le poète écrit pour les tribus oubliées ; il laisse des traces de sa présence, comme les hommes préhistoriques dans la Grotte Chauvet… »

RÉVÉLATEUR PHOTOGRAPHIQUE

Cristal Automatique « révèle la musique du texte, comme on révèle un négatif en photo », et décrit ce processus du passage de la page écrite vers l’œuvre sonore en ces termes : « je ne sais que partir des mots, pour aller vers la musique, jamais l’inverse. Après lectures, il me reste ce substrat, la lie, le tannin. La trace, l’odeur dans l’air que laisse la pluie après l’orage… Plus qu’une histoire de sens, il s’agit de sons, de sensations… Le texte, même en langue étrangère, devient instrument. On joue de lui, comme on jouerait du piano. Certains comportent déjà des indications musicales, des références, une pulsation. D’autres, en revanche, se suffisent à eux-mêmes, se satisfont du silence… »

« La langue de Kerouac, cymbale nerveuse ; Arthur Rimbaud, organiste vaudou saturé ; Gaston Miron, bison élégiaque, etc. (…) S’ils dialoguent en permanence à travers les siècles et les influences, chacun d’eux possède, pour moi, une forme totémique, une fonction naturelle, comme les Dieux de la pluie, de la chasse, etc.».

DISQUE-OBJET

Cristal Automatique légitimement se revendique d’utilité sociale, en outre il consacre le disque-objet : voici 350 exemplaires luxueux, sertis des illustrations de Laurent Allaire, précieusement reliés par Laurel Parker. «Une idée du geste, un travail de la main ».

Sylvie-E. Saliceti

 

Babx en Concert littéraire

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2016/06/8eccd-01-08-babx-tom_waits-128.mp3?_=9

Watch Her Disappear
Auteur : Tom Waits
Compositeur : K. Brennan
Interprète : Babx

Distinction Qobuz et 4f Télérama

 

 

 

Last night I dreamed that I was dreaming of you
and from a window across the lawn I watched you undress
wearing a sunset of purple tightly woven around your hair
that rose in strangled ebony curls
moving in a yellow Bedroom light
The air is wet with sound
The faraway yelping of a wounded dog
and the ground is drinking a slow faucet leak
Your house is so soft and fading
as it soaks the black summer heat
a light goes on and a door opens
and yellow cat runs out on the stream of hall light
and into the yard

a wooden cherry scent is faintly breathing the air
I hear your champagne laugh
you wear two lavender orchids
one in your hair and one on your hip
a string of yellow carnival lights
comes on with the dusk
circling the lake in a slowly dipping halo
and I hear a Banjo tango

and you dance into the shadow of a Black Poplar Tree
I watch you as you disappear
I watch you as you disappear
I watch you as you disappear…

 

 

 

Le dernier jour de l’eau | Sylvie-E. Saliceti

 

 

Imagine  … ce serait le dernier jour de l’eau – exactement comme l’on parle du dernier jour de l’automne  – ce serait le dernier jour des offrandes  de l’eau, quelques gouttes de pluie sur la terre, la terre assoiffée, la terre reconnaissante. La terre infinie rencontrerait sa limite. Imagine …

Et que ferions-nous alors ?

Nous creuserions, nous creuserions à la recherche des sources. Nous irions chercher une autre vérité plus profonde, plus lointaine, vers un ailleurs, vers un autre territoire que rien n’arrête. Nous irions toucher le sol de l’océan, toucher le fond de la mer, là dans les abysses où poussent les fleurs de corail. Nous irions visiter le cœur de la Terre pour découvrir je ne sais quelle autre pierre cachée ? Qui sait ?

Qui sait quelle autre pluie d’étoiles, tombées au fond de l’eau, et que nous rendrions au ciel de la nuit ?

Sylvie-E. Saliceti, 4 mars 2021

 

 

Sylvie-E. Saliceti | Le soleil est un illusionniste

 

 

Marc Chagall
Rabbin de Vitebsk

le soleil est un illusionniste
il sort de sa manche mon cœur
il le gaspille

le soleil incendie la barque qui traverse d’un versant de la montagne à l’autre où se hèlent
les solitudes mûries sur les hauteurs
à flanc de coteaux
dans le brasier des arbres à grenades
et les parfums
des mandariniers
des sophoras

le vieil astre s’allume
il s’éteint
et c’est un crépuscule
et c’est une aube
magicien métaphysique de l’espace et du temps
il entre dans le logis par la fenêtre
à dos de moineau
pour la célébration du soir
le soleil est un psalmiste habillé avec les franges de la vieille loi du Tanakh
le soleil se balance sous le petit châle de prière taillé dans l’écorce de la terre.

Sylvie-E. Saliceti 2 mai 2020

Le soleil est un psalmiste Phot. S.-E.S.
https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2017/01/55614-01-12-le_soleil_s_est_eteint_the_sun_has_gone_-128.mp3?_=10

Le soleil s’est éteint
Auteur : Sergueï Essenine
Compositeur, interprète : Elena Frolova

 

 

 

 

Chandelle dans la nuit | Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

 

Pour Angélique Ionatos

 

les poètes sont les chandelles dans la nuit
d’Athènes
l’archer de gaieté noire scintille au fond des vallées
de Strefi et d’Ardittou
en plein minuit sous la déloyale concurrence de Vénus
le désespoir tremble moins que la mer
diamantine
tu passes le puits de juillet — portant le panier
des chants grecs
les oliviers et les lunes de fer

tu traverses dans un lieu affranchi de la géographie
un territoire immense pour le petit luth
la corbeille que le maçon
accroche
au clou de la maison
et puis ce fameux potager coloré qui embaume Archiloque et Héraclite

tu traverses mais voilà : quelqu’un prend peur devant les îles
pleines de lumière
peur devant l’espace de l’Égée —

l’oiseau de pluie perché sur l’étoile de paille entre alors

par la fenêtre
il trouve refuge dans ton cou
le cycle de l’eau s’achève et rien ne manque
la poésie habite sur ton épaule
la beauté ne fait pas le deuil des soleils à venir
le moineau dans la main, je longe
le petit mur bordé de mûriers qui écorchent les jambes.

 

Sylvie-E. Saliceti 29 avril 2020

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2020/04/angelique-ionatos-o-kyklos-tou-nerou.mp3?_=11

O kyklos to nerou Le cycle de l’eau
Auteur : Dimitra Manda
Compositeur : Mikis Theodorakis
Interprète : Angélique Ionatos

Qasida des deux palombes obscures | Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

Le mot que tu cherches, et s’il dormait, paisible sur un seuil, un oiseau aussi tranquille que les neuf vies du chat ? Ce mot, appelle-le blasphème ou arilles enfoncés dans la bouche du roi. Ou fleuve Tartessos. Apelle-le chanson du cavalier sous la lune des brigands. Chante la qasida des deux palombes obscures. Casida de las palomas oscuras, aussitôt la sépulture de l’homme est portée par l’oiseau aux plumes de sa traîne, ou celles de sa gorge. Ce mot, appelle-le ville qui s’éteint. Appelle-le comme bon te semble. Mais ce mot, ne l’appelle pas tristesse. Ce mot, appelle-le paradis clos. Appelle-le grenade.

Tout ce temps passé à chercher un mot perdu. C’est à rendre fou, ou infiniment sage. Toute une vie à retrouver à travers la ville sans sommeil un jeune dieu au visage fatigué.

Sylvie-E. Saliceti 21  avril 2020

 

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2020/04/06-Casida-de-las-Palomas-Oscuras.mp3?_=12

Casida de las palomas oscuras par Marta Gomez
Auteur : Federico Garcia Lorca

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2020/04/carlos-cano-casida-de-las-palomas-oscuras-version-divan-del-tamarit.mp3?_=13

Casida de las palomas oscuras par Carlos Cano Version Divan del Tamarit
Auteur : Federico Garcia Lorca

 

 

Quasheba, Quasheba | Sylvie-E. Saliceti

 

 

All God’s children need travelling shoes, tous les enfants de dieu ont besoin de chaussures de marche.
Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Tous les enfants s’en vont avec beaucoup de choses à dire, et un seul parle pour tout un pays. Enfants de la rivière Tallahatchie et des lacs. Enfants des plaines d’altitudes. Enfants de Barbados. Tous avec des chaussures de marche s’en vont. Vers où ? Pour trouver quoi ? Personne ne sait. Tous cherchent sans relâche ce mot aussi petit qu’un arille sur la langue. Ils chantent les chansons des femmes d’ici. Partout, le temps de risquer une vie, ils marchent. Et les racines de la musique grandissent en eux. Marching each and every day, March down freedom highway. Marchez chaque jour, tous les jours sur la route de la liberté, marchez …

 

Tu mets les chaussures du voyage, parce qu’il y a quelque part un mot. On ignore quel mot. Est-ce une voix dans un champ de coton ? La lumière blanche et l’obscurité de ton sang ? Une insulte ?  La première loi gravée dans un monolithe de basalte noir extrait des montagnes du Zagros ? Un mot comme Quasheba ?

Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Dans chaque lieu où tu vas, ce que tu vois suffirait pour avoir pitié des pierres. Heureux celui qui a entendu le rhythm and blues, le bluegrass, le gospel, et la soul. Ne crois pas que ceci se passe au sud des États-Unis. Il arrive la même chose sur toute la surface de la Terre. Quelque part et partout, il y a ce mot. On ignore lequel. On ne sait ni pourquoi ni comment cela advint, toujours est-il que ce mot est perdu.

 

Quasheba, Quasheba, sang de ton sang, os de ton os, ce mot possède des pouvoirs. Il y a un mot perdu. Rhiannon Giddens chante. Le sang et l’or des fleuves s’en vont. Voilà pourquoi on a besoin des chaussures de marche.

 

Sylvie-E. Saliceti 19 avril 2020

 

 

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Quasheba, Quasheba
Our Native Daughters
Rhiannon Giddens
Allison Russell
Leyla McCalla

La grenade | Sylvie-E. Saliceti

 

Sous l’arbre rouge, tu es là Sohrâb je te vois.
En une vision parfois un homme voit toute sa vie. Quand il se donne une fois tel qu’en lui-même, dans cet instant si pleinement présent il s’est donné pour toujours. Où qu’il aille désormais, on le découvre. Et même après sa mort, sous la terre qui l’a ensevelie, il continue d’être ensoleillé.

Tu ouvres une grenade et, en train de détacher les graines juteuses, tu dis qu’il serait bon que les graines soient visibles aussi dans le cœur des gens.

Moi j’ai donné le nom de grenade à cette terre.

Sylvie-E. Saliceti  27 03 2020

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La grenade
Auteur, compositeur, interprète : Clara Luciani

 

[Ligne du jour] Trois clefs

 

 

 

le millet
la lumière dans la jarre
le temps qui déborde

trois conquêtes hors des mains

 

le pavot la mémoire
le nom des choses
la loi sur la montagne

trois mondes brisés auxquels vous ne parlerez plus

 

la grille de parole
l’herbe couvrant la source
les barreaux du soleil pour le bec de l’oiseau

trois clefs libres de toute porte

 

 Sylvie-E. Saliceti 17 mars 2020

Lhasa de Sela | Ce chant d’os et d’étoiles

 

 

 

Pour le plaisir de l’écouter encore, Lhasa de Sela. J’ai cherché, dit-elle à atteindre en composant ce chant d’os et d’étoiles que l’on entend dans la musique arabe, dans les dards de feu du flamenco. La musique est magique, elle déplace l’énergie, soulève les vagues, fait trembler la terre.

Sa présence vocale, son charisme scénique, la beauté de ses textes et la diversité stylistique de son oeuvre inachevée la hissent au rang d’une cantopoète majeure. L’oiseau chante ce qu’il a goûté, dit-elle.

En l’écoutant, on pense à Sergueï Essenine :

Tout le monde ne peut chanter
Il n’est pas donné à chacun
De tomber comme une pomme au pied des autres

 

Une artiste magnifique, dans la lignée d’Anna Prucnal, puis des cantopoètes contemporaines telles Angélique Ionatos ou Elena Frolova.

Sylvie-E. Saliceti

 

 

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Pa’Llegar a tu Lado
Auteur, compositeur, interprète : Lhasa de Sela

 

Je remercie ton corps de m’avoir attendue
il a fallu que je me perde pour arriver jusqu’à toi
je remercie tes bras d’avoir pu m’atteindre
il a fallu que je m’éloigne pour arriver jusqu’à toi
je remercie tes mains d’avoir pu me supporter
il a fallu que je brûle pour arriver jusqu’à toi

Lhasa de Sela

 

 

À tous ceux qui sont tombés | Elise Velle chante Bergman

 

 

 

 

 

 

 

Allégorie de l’homme brisé et de sa renaissance

 

De quel Père du désert du Wadi Natrun ou de Scété viennent-elles, ces pensées ? Elles naissent dans les déserts d’aridité, de ronces, de serpents brûlants et de scorpions, où la soif seule met en chemin.

Ainsi la soif de l’ermite Pacôme né à Esneh en Haute-Égypte, qui sept ans durant fait l’apprentissage de l’ascèse — eau, pain, sel et trop peu de sommeil — apprentissage âpre de l’isolement avant la réunion des solitaires dans les sables de Tabennesi.

Les pèlerins se voulaient anonymes, invisibles comme « un homme qui n’existe pas ». Leur secret dit-on, est aussi dur que la coque de noix que rien ne brise dans les contes, sinon au moment où survient le danger le plus grave.

Un jour la coquille se brise.

Le vestige révèle. Il pose l’univers en équilibre sur le temps.

 

Dans sa verticalité assaillie, il prend valeur d’une allégorie de l’élévation, celle de l’homme brisé puis de sa renaissance. Marcher au cœur des vestiges confronte à l’expérience de la perte et à l’épreuve du sens.

L’espace ouvert des ruines appelle la pierre cachée au fond de soi — le diamant noir. Espace universel. Souveraineté du vide où chaque chose ici trouve à se recréer, puisque  rien en ce lieu jamais ne fut absolument accompli sans s’étioler sous la violence du temps.

Le sens lui-même finit par trouver sa raison d’être dans l’infini des questions que pose la fugacité de toute chose, semblant dire à l’oreille du promeneur : viens avec moi dans les ruines de Ficaghjola ; là-bas tu verras, il y a tout ce qui nous manque.

Sylvie-E. Saliceti, Il a neigé à travers les toits & autres écrits insulaires, A Fior Di Carta, 2019, pp.63/64.

 

 

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À tous ceux qui sont tombés
Auteur : Boris Bergman
Interprète : Elise Velle

 

 

 

Richard Powers | L’arbre monde

 

 

 

 

VOEUX 2020

 

 

Mon vœu renouvelé pour 2020 : que les mots résistent à toute la brutalité du jour.
Puis ce vœu, reprenant la mélodie des choses de Rainer Maria Rilke : «Que ce soit le chant d´une lampe ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le gémissement de la mer, qui t’environne — (que) toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix ».

Sylvie-E. Saliceti

Phot. S.-E.S. Suisse allemande

 

Elle raconte comment un orme a contribué à déclencher l’Indépendance américaine. Comment un énorme prosopis vieux de cinq cents ans pousse au milieu d’un des déserts les plus arides de la terre. Comment la vue d’un châtaignier à la fenêtre a redonné l’espoir à Anne Franck, dans le désespoir de sa claustration. Comment des semences sont passées par la lune avant de bourgeonner sur toute la Terre. Comment le monde est peuplé de merveilleuses créatures inconnues de tous. Comment il faudra peut-être des siècles pour réapprendre ce que jadis on savait sur les arbres.

Richard Powers, L’arbre monde, traduction de Serge Chauvin, Éditions Le Cherche Midi, 2018.

 

 

Variations de funambule| Devenir dans la musique chez Jankélévitch

 

 

 

 

 

 

Rachmaninov était le dernier des grands poètes russes du piano.

Vladimir Jankélévitch

 

 

Afin de dire le devenir dans la musique, Jankélévitch lui-même ne renierait pas sans doute la métaphore funambulesque : « il n’y a donc plus à expliquer pourquoi toute philosophie de la musique est une périlleuse gageure et une acrobatie continuée. Nous avons refusé à la musique le pouvoir du développement discursif : mais nous ne lui avons pas refusé l’expérience du temps vécu. »

Et d’ailleurs, existerait-il un fil reliant des notions dont la terminologie s’avère si singulièrement atopique et intemporelle chez Jankélévitch — entre le Je-ne-sais quoi et le presque rienl’irréversible et la nostalgie ?

Le philosophe Jankélévitch épouse un mouvement périlleux. Il évolue dans un cadre spatio-temporel aux frontières repoussées, à l’intérieur d’un cadre inachevé. Funambule aux prises avec l’exercice constant d’une recherche de stabilité. Après sa mise en péril volontaire, dans la tension du perpétuel mouvement entre forces contraires, le musicien – poète glisse sur la corde du sens extrême, entre verticalité et horizontalité.

L’on se confronte à un déplacement permanent du lieu et du temps , dont la manifestation nous rapproche d’une lecture de partition — échappée du papier pour migrer vers le jeu d’instrument. Cet exercice d’acrobatie rappelle également — Michel Serres avait souligné ce rapport mathématique au langage — la « différentielle » . En ce qu’elle se rassemble à l’endroit subtil du tout et de l’infime, la philosophie de Jankélévitch rejoint les limites d’un « accroissement infinitésimal », elle contient le tout et le si peu, et par là menace à tout moment — sur un geste à peine esquissé — de basculer de la totalité vers le rien.

Le repère de toute abscisse — dans l’espace hanté par la question morale — chez le philosophe se situe « quelque part » … Quant à l’ordonnée du temps, il faudra se résoudre à la déchiffrer sur la partition de la « mélodie éphémère » de la vie.

Voici un lieu mouvant, incertain. Le penseur le sait, l’assume, le choisit. Est-ce cette caractéristique qui rend sa pensée si émouvante, puis sa voix bien que conceptuelle, si vivante ? Il faut entendre la voix — physique — douce, vive, joueuse de Jankélévitch.

*

Que dit cette métaphore —  qu’apporte-t-elle à notre sujet, la poésie mise en musique — que dit-elle de si essentiel pour rencontrer le funambule avec une si pleine constance chez les chansonniers, les musiciens, les philosophes et les poètes ensemble ?

On se rappelle que «celui qui écrit en vers danse sur la corde. Il marche, sourit, salue, et ceci n’a rien d’extraordinaire jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que cet homme si simple et si aisé fait tout cela sur un fil de la grosseur d’un doigt». Voici convoqué Valéry. Et Jean-Michel Maulpoix à son tour: «Cet homme qui marche sur la terre, sur la tête et sur les mains, a tout d’un acrobate. Il fait des pieds et des mains pour essayer de suivre un chemin juste. Osant le grand écart entre ciel et terre, il va boitant et claudiquant comme font les vers. La vérité du poème tient au difficile maintien de ces trois démarches : marcher sur la terre, sur la tête et sur les mains. Aller, penser et destiner (…) Qu’est-ce donc que le poème, sinon une affaire de trame et de filage, avec des mots « tirés de soi(e) ».

*

La force demeure au devenir, Jankélévitch l’a montré, lui qui appelait ses étudiants à ne pas rater leur matinée de printemps. En 1951, quand il est nommé à la Sorbonne, dans une époque où l’on se moque de la morale, il instruit sur la fraternité. Il enseigne la morale et se garde de la moindre leçon moralisatrice.  La mort de l’homme, la mort de Dieu, la mort de la civilisation déjà sont annoncées, ses mots font sourire, qu’importe ! Le maître incarne son propos, il transmet à qui veut bien l’entendre la leçon bergsonienne qu’il avait jadis reçue de son propre maître : « n’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font. ».

Lui respire, vit et pense d’une façon toute musicale, c’est-à-dire sur le fil du devenir.

Devenir. Entendre la recherche de l’équilibre sur le fil tendu reliant des notions dont la terminologie s’avère si singulièrement atopique et intemporelle.

Entendre lieu&lien, entre Je-ne-sais quoi&presque rien, irréversible&nostalgie.

Devenir serait alors le nom du monde pensé en poète.

Devenir. Et cette folie à l’instant de ces lignes : oser l’espérance ! Croire dans les valeurs de l’art. Croire que «la seule condition requise pour recevoir le message de Rachmaninov est la sincérité — et le consentement à l’ivresse qui nous emporte. Rachmaninov était le dernier des grands poètes russes du piano. Il pensait envers et contre tout  le langage des sources.  Émotion de la musique jaillie. Cœur. Fulgurance. Immédiateté.  Pluie perlée sur la nuit.

Devenir, car là se trouve la dimension où «l’objet se défait sans cesse, se forme, se déforme, se transforme, et puis se reforme». Devenir avec la Grande Raison du corps, dans « la succession des états du corps ». Devenir la limite. L’intime. Le tremblé.

Devenir la seule chose qui ne change jamais : cela même qui toujours change .

Devenir. Précéder. Ouvrir. Un pas glissé. Vers la métamorphose. La mutation. La variation.

Variation, l’autre nom du chant, «le régime par excellence de la musique : le thème qui est l’objet, l’insignifiant objet de la variation, s’annule parmi les réincarnations et les métamorphoses ; la « grande variation» n’est pas modelage d’un objet plastique, mais plutôt modification de part en part, modification modulante, modification sans modes et sans même la substance dont ces modalités seraient les modes, sans l’être dont les manières d’être seraient les manières».

Peut-être cette fluidité temporelle explique-t-elle ailleurs la prédilection de Fauré pour « la souple et ravissante continuité des barcarollesLe Ruisseau, Au bord de l’eau, Eau vivante… »

Sylvie-E. Saliceti

 

 

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2016/03/khatia-buniatishvili-un-violon-sur-le-sable-royan-2017.mp3?_=18

Piano Concerto No. 2 in C Minor, Op. 18
Adagio sostenuto
Compositeur : Serge Rachmaninoff
Piano : Khatia Buniatishvili

 

Écouter Venise | Gabriele d’Annunzio et Ute Lemper

 

 

 

À A. et H., 

Écouter Venise. C’est dit : nous partirons l’hiver, en février après le bruit et la foule du carnaval. Dessein intermezzo entre les seuils mouvants, longer les ruelles, se perdre dans le dédale des canaux aux « lugubres gondoles » de Liszt — conduire les chants des reposoirs flottants jusqu’à l’entrée du Cannaregio. Au rythme des pas de hasard, écouter battre le cœur de la ville, n’écouter que ce battement dans la blancheur ouatée. Marcher sous la neige — écouter Venise pour entendre le monde.

Échoués sur l’aurore, nous serons là, en ce centre précis contenant tous les lieux, et puis le souvenir de Nietzsche, puisque cherchant un synonyme à “musique”, on ne trouve jamais que le nom de Venise. 

Sylvie-E. Saliceti

 

*

 

L’on parle beaucoup du silence de Venise ; mais ce n’est pas près d’un traghet qu’il faut se loger pour trouver cette assertion vraie. C’étaient sous notre fenêtre, ces chuchotements, des rires, des éclats de voix, des chants, un remue-ménage perpétuel, qui ne s’arrêtaient qu’à deux heures du matin. Les gondoliers, qui s’endorment le jour en attendant la pratique, sont la nuit éveillés comme des chats, et tiennent leurs conciliabules, qui ne sont guère moins bruyants, sous l’arche de quelque pont ou sur les marches de quelque débarcadère… Ajoutez-y quelques jolies servantes profitant du sommeil de leurs maîtresses pour aller retrouver quelque grand drôle à la peau bistrée, au bonnet chioggiote, à la veste de toile de Perse, faisant trimballer sur sa poitrine plus d’amulettes qu’un sauvage n’a de graines d’Amérique et de rassade, et dont les voix de contralto, tour à tour glapissantes et graves, se répandent en flots d’intarissable babil avec cette sonorité particulière aux idiomes du Midi, et vous aurez une idée succincte du silence de Venise.

Théophile Gautier, Voyage en Italie, Œuvres complètes 1, Voyage en Russie ; Voyage en Espagne ; Voyage en Italie , Slatkine , 1978, p.39.

*

Les cloches de San Marco donnèrent le signal de la Salutation angélique, et leurs éclats puissants se dilatèrent en larges ondes sur la lagune encore sanglante, qu’ils laissaient au pouvoir de l’ombre et de la mort. De San Giorgio Maggiore, de San Giorgio die Greci, de San Giorgio degli Schiavoni, de San Giovanni in Bragora, de San Mosè, de la Salute, du Redentore et, de proche en proche, par tout le domaine de l’Evangéliste, jusqu’aux tours écartées de la Madonna dell’Orto, de San Giobbe, de Sant’Andrea, les voix de bronze se répondirent, se confondirent en un seul chœur immense, étendirent sur le muet assemblage des pierres et des eaux une seule coupole immense de métal invisible dont les vibrations semblèrent communiquer avec le scintillement des premières étoiles.

Gabriele d’Annunzio, Le feu, Traduction de Georges Hérelle, Editions des Syrtes, 2000.

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2019/10/1_11_Ute-Lemper_Il-Neige-Sur-Venise_5.mp3?_=20

Il neige sur Venise
Auteur : Patrice Guirao
Compositeur : Art Mengo
Interprète : Ute Lemper

 

 

Le souffle dans l’écriture vocale | Autour de Chet

 

 

 

Une chanson de Chet Baker est un frisson de braise et d’eau. Ainsi «thrill is gone », standard jadis chanté par Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald, ici joué par le cuivre d’Erik Truffaz, grand, très grand artiste qui fait mentir ce titre. L’instrument et la voix ensemble — timbre chaud, savamment brisé — ouvragent un silence vibratoire qui n’en finit pas.

Novarina : « Parler c’est faire l’expérience d’entrer et de sortir de la caverne du corps humain à chaque respiration : il s’ouvre des galeries, des passages non vus, des raccourcis oubliés, d’autres croisements ; on avance en écartèlement ; il faut traverser par des chemins incompatibles, les franchir d’un seul pas à l’envers et d’un souffle (…) ».

L’écriture vocale, mise en mouvement par l’émotion, affleure des profondeurs. Le souffle au sens du frisson — étymologiquement ce tremblement qui parcourt le corps féminin les jours précédant la menstruation — arpente le territoire de la peau.

La voix — filet d’air — se fraie une colonne à travers le corps, la voix est emmenée par le sang jusqu’au bord des lèvres, le poème traverse, aborde la rive par le rythme de la respiration. Sous le voile de sueur, le poème trame la corde d’un chant, s’appuie sur l’air, ouvre la chair. Le silence ouvre l’écho, la résonance, le grain de la voix, dont la faille se joue de la lumière.

Timbre éraillé et solaire, voué à la sensualité et tous ses sortilèges : l’haleine réchauffe le souffle, animé.

Psyché, souffle, baiser : de la voix sous la langue advient cette parole à fleur de peau.

Sylvie-E. Saliceti

 

https://sylviesaliceti.com/wp-content/uploads/2019/05/1_1_Camelia-Jordana_The-Thrill-Is-Gone_5.mp3?_=21

The thrill is gone
Auteur, compositeur : Lew brown, Ray Henderson
Interprète : C. Jordana
Trompette : Erik Truffaz

 

Neige | Maxence Fermine

 

 

 

La Neige :
– Elle est blanche . C’est donc une poésie. Une poésie d’une grande pureté.
– Elle fige la nature et la protège. C’est donc une peinture. La plus délicate peinture de l’hiver.
– Elle se transforme continuellement. C’est donc une calligraphie. Il y a dix mille manières d’écrire le mot neige.
– Elle est une surface glissante. C’est donc une danse. Sur la neige, tout homme peut se croire funambule.
– Elle se change en eau. C’est donc une musique. Au printemps, elle change les rivières et les torrents en symphonies de notes blanches.

Maxence Fermine, Neige, Éditions du Seuil, 2000.

Cerisier en fleurs, sous la neige Suisse Mai 2019, S.-E. S.

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Für Fritz (Chaconne in A Minor)
Compositeur : Moondog
Piano : Vanessa Wagner