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René Char | Chanson du velours à côtes


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CHANSON DU VELOURS À CÔTES

 

Le jour disait : «Tout ce qui peine m’accompagne, s’attache à moi, se veut heureux. Témoins de ma comédie, retenez mon pied joyeux. J’appréhende midi et sa flèche méritée. Il n’est de grâce à quérir pour prévaloir à ses yeux. Si ma disparition sonne votre élargissement, les eaux froides de l’été ne me recevront que mieux.»

La nuit disait : «Ceux qui m’offensent meurent jeunes. Comment ne pas les aimer ? Prairie de tous mes instants, ils ne peuvent me fouler. Leur voyage est mon voyage et je reste obscurité.»

Il était entre les deux un mal qui les déchirait. Le vent allait de l’un à l’autre; le vent ou rien, les pans de la rude étoffe et l’avalanche des montagnes, ou rien.

René Char, Poèmes en archipel, Anthologie de textes de René Char, Choix et présentation par Marie-Claude Char, Marie-Françoise Delecroix, Romain Lancrey-Javal et Paul Veyne, Poésie/Gallimard, 2013, p.231.

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