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Joë Bousquet par Y. Yché | La connaissance du soir

 

 

 

 

 

Très beau travail de mise en chanson par Y. Yché et Gilles Baissette, en sobriété et respect des poèmes de Joë Bousquet, tous tirés du recueil « La connaissance du soir ». Pour exemple, ces deux fossoyeurs dont on jurerait que l’adaptation musicale a épousé formellement la musique intérieure du texte. À noter la grande rareté des mises en chanson du poète de Carcassonne.

S.-E. S.

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Mon nom n’est pas sur ma porte
Mais chacun sait mon métier
Je prends du sable aux mers mortes
Et des clous à vos souliers

— Prête-moi tes gants de laine
Pour ferrer mon cheval noir
Je suis l’époux d’une reine
Qui m’a fait roi sans me voir

— Dans un chantier sous la terre
J’ai mes outils d’emballeur
Et vends à l’homme des pierres
Qu’il me paye avec des fleurs

— Dis-moi tes noms que je donne
La nuit aux ombres qu’ils sont
Et que Dieu leur taille un trône
Dans le poids de ta maison

— Mon parrain passait du sable
« Quel est-il » on l’appelait
Il ajustait ses semblables
à de grands trous qu’il taillait

Et les voyant dans leur cendre
Entrer sur les pas d’autrui
Il leur donnait à comprendre
Ce que je chante aujourd’hui

— J’écris mon nom sur ta bière
Où repose on ne sait qui
Un homme n’est que son frère
Puisque son frère c’est lui

Joë Bousquet, La connaissance du Soir, Préface d’Hubert Juin, Poésie/Gallimard, 2012, pp.84/85.

 

Les Deux fossoyeurs
Auteur : Joë Bousquet
Mise en musique : Yvette Yché
Arrangements :Gilles Baissette
Chant : Y. Yché
Piano : Gilles Baissette

 

 

 

Joe Bousquet | Traduit du silence


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À chaque instant il me semble que le ton de mes écrits va changer. C’est en se transformant que mon style s’applique à manifester des choses vraies et profondes.
Il est peut-être vrai que le style c’est l’homme, mais dans la mesure où l’homme n’est rien. Mettons un peu de clarté autour de cette phrase : il ne faut pas considérer l’écrit comme une traduction littéraire des choses qui, en elles-mêmes, sont. On ne représente pas les choses en les décrivant, on les achève; on leur fait prendre forme, car le monde est à créer, c’est sûr, il veut se faire une idée.
Il en résulte que pour un temps donné il n’est pour chaque chose, pour chaque ordre de sentiments qu’une seule expression possible. Tout se passe comme si l’homme devait envisager les choses nées avec lui sous l’angle de ce qui ne passe pas. On n’écrit que pour effacer son ombre de ce qu’on écrit.
Ainsi, s’employant sans cesse à dégager du réel, le style d’un écrivain doit, à chaque instant, se renouveler. Il ne doit être limité par aucune règle. Aucune idée préconçue du genre ne doit, même de loin, le guider.
Le coeur bat plus largement dans ce qu’on écrit que dans ce qu’on pense…
L’activité poétique devrait conduire à la découverte d’un rythme autre que le temps.

Joë Bousquet, Traduit du silence, Gallimard/L’imaginaire, 2010, p 74

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