Archives de catégorie : Ben Jelloun ( Tahar )

Contre-chant | Andrée Chedid


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L’autre

Au plus loin de toi,
Je te fonde  :                    au large
des blessures reçues et données.

Au plus près de toi,
Je te fonde  :                    au coeur
de nos ombres morcelées.

 

Chair de ton visage,
je te touche.

Te touchant,
je découvre ta durée.

 

Andrée Chedid, Contre-chant, in Poèmes, Flammarion, 2013, p.272.

 

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Tahar Ben Jelloun | Chant


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Éloge de l’autre

Celui qui marche d’un pas lent dans la rue de l’exil
C’est toi
C’est moi
Regarde-le bien, ce n’est qu’un homme
Qu’importe le temps,
La ressemblance,
Le sourire au bout des larmes
L’étranger a toujours un ciel froissé au fond des yeux
Aucun arbre arraché
Ne donne l’ombre qu’il faut
Ni le fruit qu’on attend
La solitude n’est pas un métier
Ni un déjeuner sur l’herbe
Une coquetterie de bohémiens
Demander l’asile est une offense
Une blessure avalée avec l’espoir qu’un jour
On s’étonnera d’être heureux ici ou là-bas.

Tahar Ben Jelloun, Que la blessure se ferme, Poèmes, Gallimard, 2012, p.99.

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Tu es mon autre
Compositeur : R. Allison
Interprètes : Marios Frangoulis / George Perris

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Post-Scriptum

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Celui qui connaît la géographie des sentiments
Qui peut lire le sens caché des choses
Traduire les silences
Et apaiser l’inquiet
Celui qui sait la douleur
L’extrême brûlure
Celui-là a tout compris
Trop tard

Tahar Ben Jelloun, Que la blessure se ferme, Poèmes, Gallimard, 2012, p.84.

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Amor mío, si muero y tú no mueres,
amor mío, si mueres y no muero,
no demos al dolor más territorio :
no hay extensión como la que vivimos.
Polvo en el trigo, arena en las arenas,
el tiempo, el agua errante, el viento vago
nos llevó como grano navegante.
Pudimos no encontrarnos en el tiempo.
Esta pardera en que nos encontramos,
oh pequeño infinito ! Devolvemos.
Pero este amor, amor, no ha terminado,
y así como no tuvo naciemiento.
no tiene muerte, es como un largo río,
sólo cambia de tierras y de labios.

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Mon amour, si je meurs et si tu ne meurs pas,
Mon amour, si tu meurs et si je ne meurs pas,
n’accordons pas à la douleur plus grand domaine :
nulle étendue ne passe celle de nos vies.
Poussière sur le blé, et sable sur les sables
l’eau errante et le temps, et le vent vagabond
nous emportaient tous deux comme graine embarquée.
Nous pouvions dans ce temps ne pas nous rencontrer.
Et dans cette prairie où nous nous rencontrâmes,
Mon petit infini, nous voici à nouveau.
Mais cet amour, amour, est un amour sans fin,
Et de même qu’il n’a pas connu de naissance
Il ignore la mort, il est comme un long fleuve,
Il change seulement de lèvres et de terre.

Pablo Neruda, La Centaine d’amour, édition bilingue, Traduction Jean Marcenac et André Bonhomme, Poésie/Gallimard, 1996.

 

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Cristina_Branco-Post_Scriptum

Ai vida
Auteur, compositeur : Jorge Fernando
Interprète : Cristina Branco