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Voix de poète | Louise Glück lisant ses textes

 

 

THE HAWTHORN TREE

Side by side, not
hand in hand : I watch you
walking in the summer garden—things
that can’t move
learn to see ; I do not need
to chase you through
the garden ; human beings leave
signs of feeling
everywhere, flowers
scattered on the dirt path, all
white and gold, some
lifted a little by
the evening wind ; I do not need
to follow where you are now,
deep in the poisonous field, to know
the cause of your flight, human
passion or rage : for what else
would you let drop all you have gathered ?

 

 

L’AUBÉPINE

Côte à côte, pas
main dans la main : je vous observe
vous promener dans le jardin d’été – les choses
qui ne peuvent se mouvoir
apprennent à voir ; je n’ai pas besoin
de vous chasser à travers
le jardin ; les êtres humains laissent
des traces de sentiments
partout, fleurs
éparpillées sur un chemin de terre, toutes
blanches et dorées, certaines d’entre elles
à peine soulevées par
le vent du soir ; je n’ai pas besoin
de vous suivre là où vous êtes à présent,
dans les profondeurs du champ empoisonné, pour connaître
la cause de votre fuite, passion
humaine ou rage : pour quoi d’autre
laisseriez-vous tomber
tout ce que vous avez réuni ?

Louise Glück, L’iris sauvage, Poèmes, Édition bilingue, Traduit de l’anglais (États-Unis) et préfacé par Marie Olivier, NRF / Gallimard, 2021, pp.36&37/ 105&106.

Louise Glück | L’Iris sauvage ( extraits )

 
 

 
 
MATINES

Le soleil brille ; près de la boîte aux
lettres, les feuilles
du bouleau pliées, plissées comme des
nageoires.
En dessous, les tiges creuses des
jonquilles blanches, Ailes de glace,
Cantatrices ; les feuilles
sombres de la violette sauvage.

 
 

MARGUERITES

Vas-y : dis ce que tu penses. Le jardin
n’est pas le monde réel. Les machines
sont le monde réel. Dis honnêtement
ce que n’importe quel idiot
pourrait lire sur ton visage : nous éviter,
résister à la nostalgie
a du sens. Ce n’est
pas assez moderne, le bruit que fait le vent
dans un champ de marguerites : l’esprit
ne peut briller à sa poursuite. Et l’esprit
eut briller, de façon brute, comme
les machines brillent, plutôt
qu’aller en profondeur, comme, par exemple, des racines.
 
 
 

VÊPRES

Je ne me demande plus où tu te trouves.
Tu es dans le jardin ; tu es où se trouve John,
dans la poussière, abstraite, tenant sa truelle verte.
Voici comment il jardine : quinze minutes d’effort intense,
quinze minutes de contemplation extatique. Parfois
je travaille à ses côtés, à gratter dans l’ombre,
à désherber, à éclaircir les laitues ; parfois j’observe
depuis le porche vers le haut du jardin, jusqu’à ce que
le coucher du soleil
transforme les premiers lys en candélabres : et pendant tout
ce temps,
la paix ne le quitte jamais. Mais ça s’élance en moi,
pas comme le feu nourri que la fleur brandit
mais comme une lumière ardente à travers l’arbre nu.

 

Louise Glück, L’iris sauvage, Poèmes, Édition bilingue, Traduit de l’anglais (États-Unis) et préfacé par Marie Olivier, NRF / Gallimard, 2021, pp. 87/129/133-134.