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Dans l’atelier créatif de L. Cohen | Et maintenant

 

 

 

 

 

 

 

15 JANVIER 2007 SICILY CAFÉ

 

(…)

Et les choses que je sais
Laisse-les s’amonceler comme la neige
Laisse-moi demeurer dans la lumière là-haut

Dans la lumière radieuse
Où il y a le jour et il y a la nuit
Et où la vérité est la plus ample étreinte

Qui inclut ce qui est perdu
Inclut ce qui est trouvé
Ce que tu écris et ce que tu effaces

 

Leonard Cohen, The Flame, Poèmes, notes et dessins, Traduit de l’anglais (Canada) par Nicolas Richard, Éditions du Seuil, 2018, pp.37.

 

Hallelujah
Auteur compositeur interprète Leonard Cohen
Live 17 04 2009 Coachella  Music Festival California

 

 

*

 

Extraits de carnets, notes, croquis, poèmes inédits ou textes de chansons… Deux ans après sa mort, les éditions du Seuil publient un recueil posthume du musicien poète. Qui donne l’heureuse impression d’entrer dans son atelier créatif.

(…)
Après l’obscurité, la flamme. Au titre d’un album ultime évoquant les ténèbres, You want it darker, paru juste avant la mort de Leonard Cohen, en novembre 2016, répond deux ans après la lueur du feu. Collecté par son fils Adam, ce recueil posthume, The Flame, est ordonné en triptyque. Une première partie dévolue à des poèmes déclarés « bons à publier ». Dans la deuxième, les textes de ses trois derniers albums, plus celui qu’il écrivit pour Anjani, choriste et compagne d’un temps. Entre poèmes et chansons, la cloison était poreuse, des couplets passent d’un côté à l’autre et on a l’impression d’entrer dans l’atelier de Cohen. Ses créations finies étaient souvent le fruit d’une décantation. Il lui fallait du temps pour que, sous l’impeccable mise en forme, on aperçoive la plus impudique des mises à nu.

Provenant surtout de ses quinze dernières années, les vers inédits oscillent entre la sagesse du moine zen et le désir toujours brûlant des plaisirs et des nuits. Leonard remplissait des carnets qui irriguent la troisième partie, la plus fascinante parce que son contenu échappe à l’auteur. Voici, dans des mots plus relâchés, l’équivalent des autoportraits qui émaillent le livre, croquis assez peu flatteurs. Il se compare à une statue vivante mais de celles qui bougent si on leur donne une pièce. Il reçoit des honneurs mais griffonne ce genre d’épitaphe : « Je suis une putain et un junkie / Si certaines de mes chansons / Vous ont soulagés un moment / De grâce rappelez-vous ceci.» On devrait confier aux poètes leur propre éloge funèbre.

François Gorin, Télérama, 16 octobre 2018.