[Ligne du jour] Orihuela

 

 

I.M.
à Miguel Hernandez

Pour Rachel,

 

 

il pleut de l’espace et du temps
un troupeau de sel
dans la tête
un pays d’éclairs fertiles & d’armes
rouillées
au pays des romanceros
dans le compagnonnage des clapiers
et fumiers d’engrais
le jeune berger parle en jetant la poignée des secondes sur l’aire à blé où la mort
joue avec les brebis
il jette les graines du givre clos
dans le mince sillon des terres tranquilles
d’Orihuela

dans son cœur poussent les olives
hautaines
d’un arbre noueux élevé non par un seigneur
mais par ses mains calleuses qui ont arraché aux ténèbres
l’olivier
en plein ciel rouge —

sous les figuiers de barbarie
asseyons-nous dit-il
sur la petite place des soleils verts
au bord des sentes rafraîchies de pupilles de grenadiers
là où les vers vif-argent dans la terre rongent les mûres
asseyons-nous et chantons
la chanson des yeux noirs et des gitans aux pelisses de métal.

Sylvie-E. Saliceti 25 avril 2020

 

Elegia
Auteur : Miguel Hernandez
Compositeur, interprète : Joan Manuel Serrat

[Ligne du jour]Qasida des deux palombes obscures

 

 

 

Le mot que tu cherches, et s’il dormait, paisible sur un seuil, un oiseau aussi tranquille que les neuf vies du chat ? Ce mot, appelle-le blasphème ou arilles enfoncés dans la bouche du roi. Ou fleuve Tartessos. Apelle-le chanson du cavalier sous la lune des brigands. Chante la qasida des deux palombes obscures. Casida de las palomas oscuras, aussitôt la sépulture de l’homme est portée par l’oiseau aux plumes de sa traîne, ou celles de sa gorge. Ce mot, appelle-le ville qui s’éteint. Appelle-le comme bon te semble. Mais ce mot, ne l’appelle pas tristesse. Ce mot, appelle-le paradis clos. Appelle-le grenade.

Tout ce temps passé à chercher un mot perdu. C’est à rendre fou, ou infiniment sage. Toute une vie à retrouver à travers la ville sans sommeil un jeune dieu au visage fatigué.

Sylvie-E. Saliceti 21  avril 2020

 

Casida de las palomas oscuras par Marta Gomez
Auteur : Federico Garcia Lorca

Casida de las palomas oscuras par Carlos Cano Version Divan del Tamarit
Auteur : Federico Garcia Lorca

 

 

[Ligne du jour] Où est la maison du poète?

Je poursuis une quête singulière. Je cherche, et ce que je cherche qui le sait ? Quel philosophe pourrait l’expliquer ? L’instinct le sait. Le lutin et le feu follet de la demeure le savent. Les éclats de la lame dans l’écorce ont frôlé l’énigme. Les coups de court poignard dégainés, et la couleur rouge qui embrase la mer. Je cherche non pas ce qui parle. Mais ce feu or et noir qui chante. Le lieu fantasque où les poissons d’argent brûlent. Où les gazelles matinales vont au marché. L’endroit des mots vieillots et des violettes. Les fumées. Le diamant, la rouille et le visage noirci. De pays en pays, de ville en ville, de place en place, je pourchasse le mystère de La Madone du pavillon. Et aussi bien une ritournelle au rythme de bailaora médiévale surgie dans la poitrine. Et les hanches des danseuses d’un quartier sévillan, à Jerez de la Frontera, ou dans la ville de Cadix et ses puertos. Je savoure le chant profond quand le style s’ignore. Le cliquetis d’étincelles aux chaînes remuantes des sonorités noires. La voix du folkloriste, de l’érudit et du mystère grec. La voix de sang et de vieille culture depuis le sol remontant dans le corps — vers la gorge, ce tempo à fleur de peau qui caresse la plante des pieds …

Je cherche en vérité quelque chose d’insaisissable. Je cherche la maison …

La maison du poète … Est-elle la maison de deux mille pigeons noirs auxquels je tends le sang et les cerises ? Celle du soleil en haillons dans le palais ? Les deux flammes aux cornes de l’Alhambra ? La robe sombre du toro de la ganaderia, tendue entre les berges du Darro sur lesquelles jadis les chercheurs de pépites secouaient les tamis ? Cette demeure, est-elle la terre que tu portes autour de ta taille ?

D’un jardin vers un autre, je suis la route des grenadiers. Chaque soir, tel un gitan je cherche un endroit pour dormir. Je vais comme l’eau, je gonfle les ruisseaux. Jusque-là je marche avec trois fois rien en poche. Le pain, la grenade et le livre.

Seul maître de ma maison. Ce que je possède, je l’aime plus que tout. Je ne le justifie pas. Et si vraiment je devais m’en séparer, tiens : je te le donne. Prends. On ne négocie pas ses passions. On ne vend pas son ombre.

Sylvie-E. Saliceti 10 avril 2020

federico-garcia-lorca
Federico Garcia Lorca

Gacela del mercado matutino
Auteur : F.Garcia Lorca
Compositeur, interprète : Nilda Fernandez

Miguel Hernández | Qui emmure une voix ?

 

 
 

 

Non, il n’y a pas de prison pour l’homme.
Ils ne pourront pas m’attacher, non.
Ce monde plein de chaînes
m’est petit et étranger.
Qui enferme un sourire ?
Qui emmure une voix ?
Au loin toi, plus seule
que la mort, que la solitude et moi.
Au loin toi, tu sens
dans tes bras ma prison :
dans tes bras où bat
la liberté de nous deux.
Libre je suis. Sens-moi libre.
Seulement par amour.

 

Miguel Hernández, Mon sang est un chemin, Mi sangre es un camino, Poèmes choisis, Édition bilingue, Poèmes choisis et traduits de l’espagnol par Sara Solivella et Philippe Leignel, Introduction de Jesucristo Riquelme, Éditions Xenia, 2010, pp.251 à 255.

Miguel Hernández par Joan Baez | Il arriva avec trois blessures

 

 

 

 

 

Llegó con tres heridas :
la del amor,
la de la muerte,
la de la vida.

Con tres heridas viene :
la de la vida,
la del amor
la de la muerte.


Con tres heridas yo :

la de la vida,
la de la muerte,
la del amor.

Miguel Hernández, Cancionero y romancero de ausencias (1938-1941)

 

 

Auteur : Miguel Hernández
Compositeur, interprète : Joan Baez
Traduction française : Sara Solivella et Philippe Leignel

 

 

Il arriva avec trois blessures :
celle de l’amour,
celle de la mort,
celle de la vie.

Avec trois blessures il vient :
celle de la vie,
celle de l’amour,
celle de la mort.

Avec trois blessures, moi :
celle de la vie,
celle de la mort,
celle de l’amour.

Miguel Hernández, Mon sang est un chemin, Mi sangre es un camino, Poèmes choisis, Édition bilingue, Poèmes choisis et traduits de l’espagnol par Sara Solivella et Philippe Leignel, Introduction de Jesucristo Riquelme, Éditions Xenia, 2010, pp.106/107.

Juan Ramón Jiménez | Regarde comment le soleil

 

 

En 1956,  Juan Ramón Jiménez reçoit le Prix Nobel.  Zenobia — son épouse malade — meurt trois jours après cette attribution et le poète andalou disparaît, lui, en 1958. Écrire n’est qu’une préparation pour ne plus écrire, pour l’état de grâce poétique, intellectuel ou sensitif. Devenir soi-même poésie, non plus poète disait-il, tandis que Garcia Lorca corroborait cette pensée par ce sentiment personnel : Il y a deux maîtres : Antonio Machado et Juan Jamón Jiménez […] Le second, grand poète troublé par une terrible exaltation de son moi, écorché par la réalité qui l’environne, incroyablement déchiré par des riens, à l’aguet du moindre bruit, véritable ennemi de son exceptionnelle et merveilleuse âme de poète.

Apparenté au Petit Prince de Saint-Exupéry, le récit entreprend de suivre le narrateur en compagnie de son âne — Platero — sur les chemins de Moguer, village d’Andalousie, au fil d’un voyage initiatique d’une profonde et lumineuse poésie.

Sylvie-E. Saliceti

 

Voici les escaliers de velours qui descendent en multiples labyrinthes
Grotte du châtaignier 20 février 2020 Phot. S.-E.S.

 

 

XXVIII- Eau morte

 

Attends-moi, Platero … Ou reste un moment à brouter cette herbe tendre, si tu préfères. Mais laisse-moi voir cette belle eau morte que je n’ai pas revue depuis si longtemps…

Regarde comment le soleil, pénétrant l’eau épaisse, éclaire sa beauté profonde, vert et or, que de la rive les asphodèles, frais comme le ciel, contemplent en extase … Voici les escaliers de velours qui descendent en multiples labyrinthes ; des grottes magiques avec tous les aspects idéaux qu’une mythologie de rêve aurait apporté à l’imagination délirante d’un peintre intérieur ; des jardins voluptueux qu’aurait créés l’éternelle mélancolie d’une reine folle aux grands yeux verts ; des palais en ruine, semblable à celui que j’aperçus un soir sur l’océan, tandis que le soleil couchant blessait l’eau basse de ses rayons obliques … Et mille autres choses encore ; tout ce que le rêve le plus exigeant pourrait dérober au tableau recréé d’une heure douloureuse de printemps, dans quelque chimérique jardin d’oubli, en retenant par sa tunique immense la beauté fugitive … Tout cela minuscule, et cependant démesuré sous l’illusion de la distance ; clef de sensations innombrables, trésor du plus ancien des mages de la fièvre …

Cette eau morte, Platero, c’était mon cœur, autrefois. Je le sentais ainsi, merveilleusement empoisonné, dans sa solitude, par de prodigieuses luxuriances immobiles … Mais lorsque l’amour humain le blessa, emportant sa digue, le sang corrompu jaillit, et il resta aussi pur, aussi clair, aussi fluide que le ruisseau des Plaines, en cette heure d’avril plus claire, plus dorée et plus chaude que toutes les autres heures.

Parfois, cependant, une pâle main ancienne le ramène à son eau morte du passé, à son eau verte et solitaire, et l’y abandonne ravi, délirant, répondant aux appels clairs, « pour le tirer de peine », tels ceux d’Hylas à Alcide dans cette idylle de Chénier, que je t’ai lue d’une voix « non entendue et vaine » …

Juan Ramón Jiménez, Platero et moi, Postface de Jean Giono, Traduit de l’espagnol par Claude Couffon, Éditions Seghers, 2009, pp. 60/61.

des grottes magiques avec tous les aspects idéaux [d’une] mythologie
Grotte du châtaignier Phot. S.-E.S.

 

 

Appel aux poètes | Miguel Hernández

 

 

 

Entre vous tous, avec Vicente Aleixandre
et avec Pablo Neruda je prends place dans la terre :
peut-être parce que j’ai senti leur coeur proche
près de moi, presque frôlant le mien.

Avec eux je me suis senti plus enraciné et plus profond,
et, de plus, moins seul. Vous, vous savez déjà
à quel point je suis seul, pourquoi je suis si seul.
En marchant je vais, si seuls moi et mon ombre.

Alberti, Altolaguirre, Cernuda, Prados, Garfias,
Machado, Juan Ramón, León Felipe, Aparicio,
Oliver, Plaja, parlons de ce à quoi nous aspirons :
de ce pour quoi nous devenons fous lentement.

Parlons du travail, de l’amour surtout,
où la toile d’araignée et le scorpion n’habitent pas.
Aujourd’hui je veux m’abandonner, discutant avec vous
de la bonne semence de la terre.

Laissons le musée, la bibliothèque, la salle de cours
sans émotion, sans terre, glaciale, pour un autre temps.
Je sais déjà que dans ces endroits-là grelottera demain
mon coeur gelé en plusieurs tomes.

Débarrassons-nous du paon et de la suffisance,
de la parole en toge, de la panthère à l’affût.
Nous allons parler du jour, de l’émotion du jour.
Abandonnons la solennité.

Ainsi nous descendrons de notre piédestal,
de notre pauvre statue. Et nous rentrerons chanter
dans une cave à vin, dans une poitrine, ou au fond de la terre,
sans l’éclat de la lentille poussiéreuse.

Il est là Federico : asseyons-nous au pied
de sa blessure, sous son jet assassiné,
que je veux retenir comme s’il était mien,
et il saute, et ne s’apaise pas au milieu des fontaines.

Toujours nous fûmes, nous, des semeurs de sang.
Pour cela nous nous sentons semblables au blé.
Nous ne nous reposons jamais, et c’est ce que fait le soleil,
et la famille de l’amoureux.

Étant de cette famille, nous sommes le sel de l’air.
Aussi sensibles au climat que le sel lui-même,
une rafale d’automne nous laisse mourants
sur la trace des enterrés.

Eh oui : nous sommes quelque chose. Nos cinq sens
en tout s’enracinent, demandent possession et folie.
Nous agressons le temps avec l’heureuse cigale,
avec le terrestre songe que nous alimentons.

Parlons Federico, Vicente, Pablo, Antonio,
Luis, Juan Ramón, Emilio, Manolo, Rafael,
Arturo, Pedro, Juan, Antonio, León Felipe.
Parlons du vin et de la récolte.

Si vous le voulez, nous nagerons d’abord dans ce bassin,
dans cette mer qui aspire à rendre transparents les corps.
Je verrai si nous parlons ensuite avec la vérité de l’eau,
qui délave les lèvres de ceux qui ont menti.

 

Miguel Hernández, Mon sang est un chemin, Poèmes choisis et traduits de l’espagnol par Sara Solivella et Philippe Leignel, Édition bilingue, Introduction de Jesucristo Riquelme, Éditions Xenia, 2010, pp.263 &S.

 

 

Leopoldo Maria Panero | Peter Punk

 

 

 

Apparition

Messager qui entres en ouvrant les murs de ma chambre
es-tu de l’homme, es-tu du néant ?
Moi, je peux seulement te dire l’Évangile
de la vie, te dire
si tu es tombé, ne te relève pas
embrasse le sol sacré
et si tu es un homme, écoute les lamentations de l’esclave
qui demandent à vivre et qui réclament
avec de doux accents l’aumône
de la vie dans la chambre où mon âme
féroce se tord comme un serpent
et demande aux dormeurs de la voir
éveillée pour toujours et transie
avec les oiseaux qui lui volent au-dessus
et l’aboiement d’un chien qui l’alerte
et dit : regarde, homme tombé, regarde le jour
(…)

Leopoldo Maria Panero, Peter Punk ou Contre l’Espagne & autres poèmes pas d’amour, Traduit de l’espagnol par Céline Demangeot, Fissile, 2017, p.17.

 

 

Maria-Mercè Marçal | Voiles d’oignon ou la danse secrète

 

 

 

 

Près de l’évier
des mains de femme dénudent
des danses de voiles
d’oignon, racines
de jour et d’ombre
apprise et désapprise,
toiles d’araignée
en feu
pelures
de fleur de cuivre
secrète.

Des mains de femme
tissent
et détissent
un désir translucide
— près de l’évier —
mantille de mariée nue et défendue,
d’enfant né
dans les langes
d’une intacte
promesse.

Des mains de femme savent,
mais désistent :
tous les jours elles ferment
et aveuglent et oublient
— près de l’évier —
la danse secrète.

Maria-Mercè Marçal, Trois fois rebelle, traduit du catalan par AnnieBats, Éditions Bruno Doucey, 2013, p.83.

 

 

Federico Garcia Lorca | Chanson de l’oranger mort


**

*

 
Chanson de l’oranger mort

Bûcheron.
Coupe-moi de mon ombre.
Libère-moi du supplice
de me voir sans oranges.

Pourquoi suis-je né parmi des miroirs?
Le jour m’inverse, me retourne.
Et la nuit me reproduit
dans toutes ses étoiles.

Je veux vivre sans me voir.
Et fourmis et aigrettes,
je rêverai que ce sont
mes feuilles et mes oiseaux.

Bûcheron.
Coupe-moi de mon ombre.
Libère-moi du supplice
de me voir sans oranges.

Federico Garcia Lorca, Grenier d’étoiles, [Chanson de l’oranger mort], Traduit de l’espagnol par Danièle Faugeras, Col. Po&psy, Editions Erès, 2012

*

**

Antonio Gamoneda | Pierres gravées


**

*

Pierres gravées

De leurs lèvres coulait un sourire incertain et des mots brefs qu’ils s’arrachaient maladroitement du coeur. Ils descendaient à la ville et dans leurs mains brûlaient l’ordure, et la tendresse. Lents dans l’ivresse, l’éclat du mépris sur leurs visages, ils rentraient à la tombée du jour. Ils traversaient, passée une ceinture de scories et de thym, la décharge de l’hôpital.

Des semaines s’écoulèrent. La ville était belle face aux brasiers de l’automne (or et silence sur le profil du fleuve), mais les semaines sont noires aux yeux des mendiants. Comme un châle mortel, l’hiver tomba sur leur corps amoureux.

Antonio Gamoneda, Pierres gravées, Traduit de l’espagnol par Jacques Ancet, Éditions Lettres Vives, Collection Terre de Poésie, 1996, P. 57.

*

**

Federico García Lorca | Romancero gitan


**

*

Romancero gitan

Passés les mûres sauvages,
Les épines et les joncs,
Elle a défait ses cheveux,
Aplani pour nous la rive.
J’ai enlevé ma cravate.
Elle a enlevé sa robe.
Moi, ceinture et revolver,
Elle, ses quatre corsages.
Odorant nard, coquillages,
Rien ne se peut voir si fin.
Ni le miroir sous la lune
N’éblouit de cet éclat.
Ses cuisses, qui m’échappaient
Comme des poissons surpris,
C’était le feu tout entier,
Et aussi la fraîcheur même.
Cette nuit-là, j’ai couru
Dans le meilleur des chemins,
Montant pouliche de nacre,
Sans étriers et sans brides.
Je n’ose dire, étant homme,
Les choses qu’elle m’a dites.
Le grand jour de la raison
M’incite à plus de réserve.
Je la ramenai salie
Par les baisers et le sable.
Contre le vent bataillaient
Les iris et leurs épées.

Federico García Lorca, Romancero gitan, Traduit de l’espagnol et annoté par Alice Becker-Ho, édition bilingue, Points/Poésie, 2008, p 37 à 39.

*

**

Maria-Mercè Marçal | Mon amour sans maison


**

*

Mon amour sans maison.
L’ombre de mon amour sans maison.
La balle qui traverse l’ombre de mon amour sans maison.
Les feuilles recouvrant la balle qui traverse l’ombre de mon amour sans maison.
Le vent qui arrache les feuilles recouvrant la balle qui traverse
l’ombre de mon amour sans maison.
Mes yeux qui s’enracinent dans le vent qui arrache les feuilles
recouvrant la balle qui traverse l’ombre de mon amour sans maison.
Mon amour se reflétant dans les yeux qui s’enracinent dans le vent
qui arrache les feuilles recouvrant la balle qui traverse l’ombre
de mon amour sans maison.

Maria-Mercè Marçal, Trois fois rebelle, traduit du catalan par Annie Bats, Éditions Bruno Doucey, 2013, p.83.

*

**