Dimitris Tsaloumas | Chanson d’hiver

 

L’hiver fut long à venir cette année
mais maintenant il est là, pour de bon.

Il s’est installé dans le salon et se balance
tel un talmudiste dans son fauteuil

jambes enveloppées dans une couverture, l’air sévère.
Quand sa barbe raidit avec le froid

il s’endort. C’est dur de
passer la journée sans un mot de sa part.

Quand les nuages se disloquent, le soleil
passe sa langue sous la porte

et l’étale d’un bon yard sur le plancher :
pendant un moment, des lueurs de neige scintillent

jusqu’au fond de la pièce. C’est alors
que le cri monte au cerveau.

Quand le ciel est livide, la neige se met
à tomber doucement sur le tapis, comme des gestes

rapportant les mots de ces jours de
conversation.
(…)

Dimitris Tsaloumas, Un chant du soir, Traduit de l’anglais (Australie) par Pascal Laurent et présenté par Helen Nickas, Orphée La Différence, Collection dirigée par Claude Michel Cluny, 2014, pp.19.

Peter Bakowski | Le coeur à trois heures du matin

 

 

 

Le coeur à trois heures du matin

 

Dehors
des nuages
cherchent la lune
dans un fatras d’étoiles.

J’écoute l’horloge,
lis le livre
de mon sang.

Je m’interroge :
Que sais-je ?

Que l’eau érode la pierre,
que la solitude érode l’être humain.

Je nous vois,
à la croisée des chemins,
dépliant des cartes
de douleur et de désirs.

 

(…)

Je pense que le sens de la vie
est de quitter notre cuirasse :
c’est pourquoi
je pilote mon coeur
sur le papier,
c’est pourquoi
nous nous risquons
aux journaux intimes, aux lits et aux baisers.

Au coin de la rue,
la tristesse mendie.
Il fait froid
et il a
un seul bras.
Nos pièces ne sont pas le soleil,
nos pièces ne sont pas des baisers.

(…)

Peter Bakowski, Le coeur à trois heures du matin, Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol et Pierre Riant, Éditions Bruno Doucey, 2015, pp.45 à 47.