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Novalis | Les Disciples à Saïs

 

 

2 mai : jour anniversaire de Novalis !

Certains poètes, certains êtres ont vocation de pérennité, voire d’éternité dans l’art, leur discipline s’attachant à « reconnaître et [de] suivre leur vie au voisinage le plus proche de l’essentiel ». La traductrice du poète allemand établit cette échelle de valeurs toute personnelle  : « il serait abusif de croire que ceux-là soient nés pour l’illustration et la gloire des littératures :  quelle que soit leur voix et quelle que soit leur langue, où que soit, dans le temps, le moment de leur passage sur la terre, rien n’est plus, autour d’eux, qu’un immense concours afin que leur présence, une fois qu’on la découvre, vous entre dans le souffle et ne vous quitte plus. »

Ces voix poétiques sont douées d’une vertu d’initiation, de présence, de consolation et l’on se voudrait auprès d’elles —  disciple à Saïs.

Éminemment contemporain et visionnaire, Novalis emprunte son chemin spirituel à la Nature .

Sylvie-E. Saliceti

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(…) avant tout la lumière avec ses couleurs, ses rayons et ses ondes, — l’apaisement et la douceur de son omniprésence quand elle est le jour qui se lève?
C’est elle, ainsi que l’âme intime de la vie, que respire l’univers géant des astres inlassables, et il nage en dansant dans l’azur de ses flots ; c’est elle que respirent l’étincelante pierre en éternel repos, et la plante médicinale qui est toute succion, et le sauvage, l’ardent, le multiforme animal (…)

Novalis, Hymnes à la nuit in Les Disciples à Saïs / Hymnes à la nuit / Chants religieux, Traduction et présentation d’Armel Guerne, Poésie/Gallimard, 2016, pp.119.

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Si l’homme comprenait la musique intérieure de la Nature et possédait un sens de l’harmonie extérieure ! Mais c’est à peine déjà, s’il sait que nous appartenons toutes les unes aux autres et qu’aucune ne peut, sans les autres, subsister. Il ne peut rien laisser en place ; tyranniquement, il nous sépare et, dans des dissonances criardes, il cherche à saisir (…)

On entendait, toutes proches, des voix humaines ; les grandes portes s’ouvrirent à deux battants sur le jardin, et quelques voyageurs vinrent s’asseoir sur les marches du grand escalier, à l’ombre de l’édifice (…).

Celui qui ne veut pas, celui qui n’a plus la volonté de soulever le voile, celui-là n’est pas un disciple véritable, digne d’être à Saïs (…).

Que ce soit dans ses oeuvres ou dans ses faits et gestes, l’homme a toujours exprimé une philosophie symbolique de son être. Il s’annonce lui-même et se prédit ( Fragment de la fin de l’été 1798)

Novalis, Les Disciples à Saïs, Traduction et présentation d’Armel Guerne, Poésie/Gallimard, 2016, pp.62/ 63/42.