Rimbaud à Marseille | G. Chelon

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Ma chère maman, ma chère soeur,

Après des souffrances terribles, ne pouvant me faire soigner à Aden, j’ai pris le bateau des Messageries pour rentrer en France.  Je suis arrivé hier, après treize jours de douleurs. Me trouvant par trop faible à l’arrivée ici, et saisi par le froid, j’ai dû entrer ici à  l’hôpital de la Conception, où je paie dix fcs par jour, docteur compris.
Je suis très mal, très mal, je suis réduit à l’état de squelette par cette maladie de ma jambe gauche qui est devenue à présent  énorme et ressemble à une énorme citrouille. C’est une synovite, une hydarthrose, etc., une maladie de l’articulation et des os.
Cela doit durer très longtemps, si des complications n’obligent pas à couper la jambe. En tout cas, j’en resterai estropié. Mais je  doute que j’attende.

La vie m’est devenue impossible. Que je suis donc malheureux ! Que je suis donc devenu malheureux !  J’ai à toucher ici une traite de fcs 36 800 sur le Comptoir national d’Escompte de Paris. Mais je n’ai personne pour s’occuper de  placer cet argent. Pour moi, je ne puis faire un seul pas hors du lit. Je n’ai pas encore pu toucher l’argent. Que faire. Quelle triste  vie ! Ne pouvez‐vous m’aider en rien ?

Rimbaud.
Hôpital de la Conception.
Marseille.

Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, 1979, p. 665 + note p. 1179., indiquant notamment que dans sa détresse, Rimbaud fait erreur, datant sa lettre du vendredi 23 mai alors que le cachet de la poste marseillaise porte la date du jeudi 21 mai 1891.

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Rimbaud
Auteur, compositeur, interprète : Georges Chelon

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