Chapitre VIII

ALORS une femme dit,
Parle-nous de la Joie et de la Tristesse.
Et il répondit : Votre joie est votre tristesse démasquée.
Et votre rire fuse du même puits que vos larmes remplissent.
Et comment pourrait-il en être autrement ? Plus la peine évidera votre être, plus la joie y tiendra.
N’est-ce pas la même coupe celle qui contient votre vin et a été cuite dans le four du potier? Et le luth qui apaise votre âme n’est-il pas fait d’un morceau de bois évidé avec des larmes ? Quand vous êtes joyeux, regardez en profondeur votre cœur et vous remarquerez que c’est seulement ce qui vous a déjà donné de la tristesse qui vous cause de la joie.
Quand vous êtes tristes, regardez à nouveau en votre cœur et, en vérité, vous verrez que vous pleurez sur ce qui fut votre plaisir.
Certains d’entre vous disent, « La joie est plus grande que la tristesse » et d’autres disent «Non, la tristesse est la plus grande. » Mais je vous dis moi qu’elles se révèlent inséparables.

Ensemble elles s’en viennent et quand l’une s’assoit seule à votre chevet, rappelez-vous que l’autre est assoupie dans votre lit.
En vérité vous êtes suspendus comme l’aiguille d’une balance entre votre tristesse et votre joie.
Lorsque vous êtes vides, alors seulement êtes-vous immobiles et équilibrés.
Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son or et son argent, votre joie ou votre tristesse s’élève alors ou retombe.

Khalil Gibran, Le prophète, Collection « Spiritualités vivantes » dirigée par Jean Mouttapa et Marc de Smedt, Format num., Éditions Albin Michel, 1990.

 

 

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